INFLAMMATION ou RÉACTION INFLAMMATOIRE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Histoire naturelle du phénomène inflammatoire

Causes

L'inflammation peut être déclenchée par les agressions les plus variées. Il peut s'agir par exemple de traumatismes (coupures avec brèche vasculaire, écrasement, entorse, fracture, intervention chirurgicale,...), d'infections microbiennes (bactériennes, virales, fungiques ou parasitaires), d'une réaction immunitaire à médiation humorale (dépendant de l'intervention d'anticorps comme dans l'allergie) ou cellulaire (dépendant de l'intervention de lymphocytes sensibilisés comme dans l'hypersensibilité retardée), d'une agression chimique ou physique (brûlure, gelure, rayons ultraviolets, rayons X, radio-isotopes...).

Une inflammation peut aussi être secondaire à un processus d'une autre nature : tumeur maligne, artériosclérose, arthrose... Dans de tels cas, il est clair que l'inflammation, qui peut être considérée comme un épiphénomène ou, si l'on préfère, une complication du processus primaire, n'est qu'au second plan dans le tableau de l'affection, même si elle peut avoir une incidence sur son évolution et mériter parfois de ce fait une approche thérapeutique particulière.

Étapes

Les pathologies expérimentale et humaine nous fournissent de nombreux exemples de réactions inflammatoires dont le tableau est très variable en fonction surtout de leur étiologie, du terrain sur lequel elles surviennent, et de leurs modalités évolutives. Sous-jacents à cette variabilité existent cependant des mécanismes et des traits communs à la plupart des réactions inflammatoires, ce qui permet de dresser un tableau d'ensemble de leurs manifestations et de leur évolution.

La réaction inflammatoire évolue généralement en trois phases : une phase de latence, une seconde phase dite d'activation ou, si l'on préfère d'amplification, et une troisième phase d'évolution débouchant soit sur la résolution du processus et sa guérison, comme c'est le cas dans l'inflammation aiguë, soit sur sa poursuite et son aggravation, comme c'est le cas dans l'inflammation chronique.

Phase de latence

La phase de latence est celle qui s'écoule entre l'introduction de l'agent déclenchant dans l'organisme (ou son simple contact avec lui) et l'apparition des premières manifestations objectives.

Cette phase de latence, comparable à la période d'incubation d'une maladie infectieuse, est de durée variable pouvant aller, suivant la nature de la cause déclenchante, de quelques secondes ou minutes à plusieurs jours. C'est pendant cette phase qu'a lieu un phénomène essentiel, à savoir la reconnaissance de l'agent déclenchant par l'organisme qui dispose pour ce faire d'un très large éventail de molécules de reconnaissance ou, si l'on préfère, de récepteurs. Parmi ces récepteurs les uns sont humoraux, les autres cellulaires. La réaction agent déclenchant-récepteurs induit l'activation toute initiale de systèmes plasmatiques (complément, système contact...) ou cellulaires (phagocytes, lymphocytes, cellules dendritiques, mais aussi fibroblastes, cellules épithéliales ou endothéliales) auxquels ces récepteurs appartiennent.

Nos connaissances dans le domaine des récepteurs ont fait des progrès considérables ces dernières années. C'est en particulier le cas en ce qui concerne les récepteurs de l'immunité innée [voies alterne et lectinique du complément, Toll Like Receptors (ou TLR) et inflammasomes membranaires et cytoplasmiques des cellules de l'inflammation].

Phase d'activation et d'amplification

C'est à cette phase qu'apparaissent puis s'amplifient les signes visibles de la réaction inflammatoire. Ces signes reflètent deux types de phénomènes : des phénomènes vasculaires, les premiers à apparaître en cas d'inflammation aiguë, puis des phénomènes cellulaires.

Phénomènes vasculaires

La réponse vasculaire est complexe, comportant une vasoconstriction toute initiale très brève de nature réflexe, suivie d'une vasodilatation durable avec ralentissement du courant sanguin et augmentation de la perméabilité vasculaire, fuite de liquide plasmatique dans la matrice interstitielle et œdème.

Ces phénomènes vasculaires sont sous la dépendance de médiateurs qui agissent séquentiellement au fur et à mesure de leur production : histamine produite par les mastocytes tissulaires et les polynucléaires basophiles ; eicosanoïdes (prostaglandines PGE-2 et PGD-2, prostacycline PGI-2 et certains leucotriènes) produits par les cellules de l'inflammation, les leucocytes circulants ou les cellules endothéliales ; anaphylatoxines C3a et C5a générées par l'activation du complément ; PAF-acether et protoxyde d'azote, qui agissent à leur tour sur les fibres musculaires lisses des vaisseaux.

Phénomènes cellulaires

La réponse cellulaire qui, dans l'inflammation aiguë, fait suite à la réponse vasculaire implique surtout les cellules endothéliales et les leucocytes circulants.

Les cellules endothéliales bordant les vaisseaux passant en regard du foyer inflammatoire sont activées sous l'influence de facteurs humoraux tels que l'interleukine-1 (IL-1), le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-á), l'anaphylatoxine C5a,.... Elles prennent alors un phénotype inflammatoire et se mettent à produire des cytokines proinflammatoires, du facteur tissulaire (ou TF, tissue factor) activateur de la voie extrinsèque de la coagulation, des facteurs de croissance, des médiateurs lipidiques et des molécules du complexe majeur d'histocompatibilité (CMH).

Les polynucléaires circulants qui passent en regard du foyer inflammatoire sont attirés vers lui et activés par les facteurs chimiotactiques (chimiokines, anaphylatoxines C3a et C5a du complément) qu'il produit. De ce fait, les polynucléaires circulants se marginalisent puis adhèrent aux cellules endothéliales. Cette adhérence est d'abord lâche, résultant de la réaction entre sélectines de la surface des cellules endothéliales et certains polysaccharides de la surface des polynucléaires ; on dit que les polynucléaires « roulent » à la surface de l'endothélium. L'adhérence devient ensuite forte et étroite, résultant de la réaction entre molécules d'adhérence de la famille des immunoglobulines (VCAM-1, ELAM-1 et ICAM-1), présentes à la surface des cellules endothéliales, et les intégrines, présentes à la surface des polynucléaires ; il y a étalement des polynucléaires qui « rampent » à la surface des cellules endothéliales. Les polynucléaires passent ensuite à travers la paroi vasculaire par diapédèse avec intervention d'une molécule d'adhérence spécifique, la PECAM ; attirés toujours par chimiotactisme vers le cœur du foyer inflammatoire, ils y adhèrent à des composants de la matrice interstitielle tels que l'acide hyaluronique.

Une fois dans le foyer inflammatoire, les polynucléaires phagocytent les substances étrangères opsonisées qui y sont présentes, dont en particulier la ou les substances étrangères déclenchantes telles que les agents microbiens et/ou leurs const [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Écrit par :

  • : médecin, ancien directeur de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale

Classification

Autres références

«  INFLAMMATION ou RÉACTION INFLAMMATOIRE  » est également traité dans :

RÉACTION INFLAMMATOIRE

  • Écrit par 
  • Jean-Marc CAVAILLON
  •  • 4 578 mots
  •  • 5 médias

Après une exposition prolongée au soleil, la peau rougit, devient douloureuse, parfois « cloque » ; puis, en quelques jours, ces signes d’atteinte de la peau disparaissent. Le « coup de soleil » est un exemple de réaction inflammatoire, réponse physiologique normale, immédiate et transitoire à toute agression extérieure compromettant l’intégrité de l’organisme. […] Lire la suite

ABCÈS

  • Écrit par 
  • Jacques BEJOT
  •  • 515 mots

Collection purulente bien limitée qui se forme au sein d'un organe ou d'un tissu, au cours d'une réaction inflammatoire. Un certain nombre d'agents pathogènes, introduits accidentellement en un point de l'organisme, sont capables d'entraîner cette réaction dont le but est de les éliminer. L'exemple le plus typique est réalisé par une blessure septique introduisant des bactéries pathogènes. Au poin […] Lire la suite

ACNÉ

  • Écrit par 
  • Corinne TUTIN
  •  • 3 296 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « L’acné, maladie cutanée très fréquente »  : […] L’acné s’observe chez 70 % à 80 % des adolescents à des degrés divers. Elle dure chez eux, en moyenne, trois ou quatre ans avant de disparaître le plus souvent entre dix-huit et vingt ans. Cependant, l’acné peut aussi persister ou même se développer à l’âge adulte, dans plus d’un quart des cas observés. Cette maladie cutanée n’est ainsi pas si rare chez les femmes adultes où elle se manifeste le […] Lire la suite

ALGODYSTROPHIE

  • Écrit par 
  • Didier LAVERGNE
  •  • 135 mots

Syndrome douloureux ostéoarticulaire accompagnant un remaniement du tissu osseux provoqué par des causes diverses : traumatisme violent (fracture), microtraumatismes (exercice de certaines professions), immobilisation d'un membre pour des raisons thérapeutiques (traitement d'une entorse) ou dans des circonstances pathologiques (suites de paralysie). La région atteinte par l'algodystrophie est le s […] Lire la suite

ALLERGIE & HYPERSENSIBILITÉ

  • Écrit par 
  • Bernard HALPERN, 
  • Georges HALPERN, 
  • Salah MECHERI, 
  • Jean-Pierre REVILLARD
  •  • 12 543 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Les mécanismes de l'hypersensibilité de type retardé »  : […] Dans l'hypersensibilité à médiation cellulaire, ce sont des lymphocytes T qui, par les récepteurs spécifiques de leur membrane cytoplasmique, assurent la reconnaissance de l'antigène et la spécificité de la réaction. Ces lymphocytes T circulent constamment dans les tissus à partir du sang pour traverser les ganglions lymphatiques et rejoindre la circulation sanguine par les vaisseaux lymphatiques […] Lire la suite

ARTÉRITE TEMPORALE ou MALADIE DE HORTON

  • Écrit par 
  • François BOURNÉRIAS
  •  • 262 mots

Appelée actuellement plus volontiers « artérite à cellules géantes », l'artérite temporale, ou maladie de Horton, constitue une affection artérielle inflammatoire de cause inconnue, qui touche presque exclusivement des sujets âgés de plus de soixante-cinq ans et s'accompagne d'occlusions artérielles segmentaires au niveau surtout des artères de petit ou moyen calibre. L'atteinte des artères tempor […] Lire la suite

ARTICULATIONS

  • Écrit par 
  • Claude GILLOT, 
  • André-Paul PELTIER
  •  • 6 080 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Irrigation sanguine et innervation des articulations »  : […] L' irrigation sanguine des articulations est assurée par un réseau artériel qui entre dans la capsule articulaire au niveau de son insertion sur l'os à la jonction entre cartilage articulaire et périoste. Ces artères se divisent en de fines ramifications qui, de la capsule, pénètrent la membrane synoviale qu'elles parcourent de son versant capsulaire vers son versant articulaire, se terminant en […] Lire la suite

ASTHME

  • Écrit par 
  • Philippe GODARD, 
  • François-Bernard MICHEL
  •  • 5 849 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre «  Mécanismes de l’épisode asthmatique »  : […] 1. L' obstruction bronchique procède de plusieurs phénomènes : – un spasme des muscles lisses bronchiques (qui s'associe progressivement à une hypertrophie de ces muscles, responsable d'une augmentation importante de l'épaisseur de la paroi) ; cette anomalie est sensible à l'action de médicaments bronchodilatateurs tels que les bêta2-mimétiques ; – un œdème de la muqueuse, par exsudation à travers […] Lire la suite

ATHÉROSCLÉROSE

  • Écrit par 
  • Loïc CAPRON
  •  • 5 337 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Progression des plaques »  : […] Pour provoquer une ischémie, la plaque doit grandir jusqu'à obstruer l'artère. Deux processus combinés sont sans doute en jeu. Le premier procède des mêmes mécanismes que la formation de la plaque : accumulation lente et régulière de lipides et de tissu fibreux dans l'intima. Le second procède par à-coups intempestifs rythmés par les ruptures de plaque : si elle n'aboutit pas à l'occlusion de l'ar […] Lire la suite

CATARRHE

  • Écrit par 
  • Georges TORRIS
  •  • 211 mots

Inflammation d'une muqueuse et écoulement qui s'ensuit. Ce terme a disparu du vocabulaire médical, après avoir connu un grand succès et être passé dans la langue commune, dès le xv e siècle, sous la forme caterre, et après avoir donné les deux adjectifs catarrheux et catarrhal. Doublet étymologique de « rhume » et de « rhumatisme », il signifiait donc écoulement, flux. Selon les tenants de la thé […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

André-Paul PELTIER, « INFLAMMATION ou RÉACTION INFLAMMATOIRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/inflammation/