INÉGALITÉS HOMMES-FEMMES, France

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Les pôles de résistance du pouvoir masculin : l'espace public et l'espace privé

À l'opposé du mouvement que nous venons d'évoquer, on a assisté au maintien d'inégalités traditionnelles entre hommes et femmes, entraînant par là même une stagnation de la situation des femmes. On peut repérer deux points forts de résistance de la domination masculine. D'abord au sein de l'espace public, où les hommes continuent à monopoliser l'essentiel des positions de pouvoir. Les débats autour de la parité politique ont permis de souligner l'inégale place des femmes et des hommes dans l'espace politique. Mais les inégalités traditionnelles subsistent aussi largement au sein de l'espace domestique, dont les tâches continuent à être assurées prioritairement par les femmes. Nous insisterons davantage sur ce second aspect, dans la mesure où le débat public sur la « parité domestique » est à peine esquissé contrairement à celui qui a porté sur la parité politique.

Inégalités dans l'espace public

L'antique monopolisation par les hommes de l'espace public s'est pour l'essentiel maintenue jusqu'à présent. Pour s'en tenir à deux chiffres, l'Assemblée nationale élue en 1997 comptait à peine 10 p. 100 de femmes, et au Sénat, il y avait moins de 6 p. 100 de femmes à la même époque. Le Parlement français au seuil du xxie siècle fait ainsi à peine mieux que celui de la république islamique d'Iran. L'essentiel se jouera à l'avenir dans la mise en œuvre effective de la parité désormais encouragée par la Constitution (loi constitutionnelle du 8 juillet 1999). Mais cette domination masculine se vérifie plus largement dans la monopolisation du pouvoir dans d'autres lieux : au sommet des grandes entreprises, dans les organisations syndicales ou les administrations publiques, dont les fonctions de responsabilité restent accaparées, dans leur immense majorité, par des hommes. En outre, l'espace public ne se réduit pas à la seule scène du pouvoir. Il comprend aussi ce qu'on pourrait appeler la scène mondaine : cet espace où les corps des hommes et des femmes se donnent à voir les uns aux autres. Or l'analyse des discours publicitaires, de la mode, des magazines masculins et féminins, de certaines pratiques (comme les seins nus sur la plage) montre que cette scène mondaine demeure dominée par les hommes : le corps féminin y reste pour l'essentiel un objet de contemplation et de convoitise, pour l'œil masculin.

Inégalités dans l'espace privé

En dépit des évolutions indiquées plus haut, notamment la poursuite des études et la montée de l'activité professionnelle, les femmes assurent toujours l'essentiel du travail domestique. Celui-ci inclut diverses activités : tâches ménagères proprement dites, gestion des revenus et du patrimoine de la famille, éducation des enfants ou organisation de l'espace-temps familial. Ces activités représentent une somme de travail énorme, qui dépasse en importance celle qui est mesurée annuellement par le P.I.B. Elle est pourtant longtemps restée invisible.

Le partage des tâches ménagères

Les tâches ménagères désignent les tâches d'entretien matériel des membres de la famille, du logement et de son équipement. Elles constituent l'aspect le plus visible parce que le plus massif du travail domestique. La mécanisation et la socialisation partielle de ces tâches en ont fait disparaître les plus astreignantes, les plus sales et les plus dangereuses. En ce sens, la charge quotidienne de travail domestique, dont les femmes ont supporté le poids des siècles durant et jusque dans les années 1950, s'est incontestablement allégée. Le raccordement des foyers sur les réseaux d'eau courante et d'eaux usées, de gaz et d'électricité, les appareils électroménagers comme le lave-linge hier, le lave-vaisselle aujourd'hui, dispensent les femmes de longues et pénibles tâches quotidiennes, de surcroît peu gratifiantes, ou les réduisent fortement. Le recul de l'auto-production alimentaire et vestimentaire, comme le développement de la restauration hors domicile (sur les lieux de travail ou d'enseignement) a produit des effets analogues de réduction de la charge domestique. Mais, en dépit de ces progrès, c'est aux femmes qu'incombe l'essentiel de ces tâches ménagères d'entretien, malgré leur entrée massive dans le salariat.

Les tâches ménagères sont aussi inégalement réparties quant à leur nature. Bernard Zarca a pu ainsi distinguer trois grandes catégories de tâches. Les « tâches féminines », prises en charge « quasi exclusivement par les femmes », comprennent notamment tout ce qui concerne le linge (lavage, repassage, raccommodage) mais aussi le nettoyage des sanitaires ; les hommes ne les assurent que dans moins de 5 p. 100 des cas, même s'ils peuvent y participer à titre secondaire dans 10 à 20 p. 100 des cas. Les « tâches masculines », prises en charge « très majoritairement par les hommes », comprennent essentiellement le portage du combustible (bois, charbon, mazout), l'entretien de l'automobile (lavage, réparation) et le bricolage ; les femmes prennent cependant plus souvent ces tâches « masculines » en charge (dans 10 à 20 p. 100 des cas) que les hommes ne prennent en charge les tâches « féminines ». Quant aux « tâches négociables », qui « continuent d'être prises en charge par une majorité de femmes, mais [auxquelles] plus d'un tiers des hommes, et parfois même plus des deux tiers [...] participent », elles regroupent notamment les courses, la cuisine, la vaisselle, le ménage, etc. ; « ces tâches peuvent être effectuées à égalité dans une proportion non négligeable de cas : jusqu'à 10,6 p. 100 pour les courses », alors que ce n'est le cas que dans une infime minorité (2 à 3 p. 100) en ce qui concerne les tâches « masculines » ou « féminines ». Seules certaines tâches « négociables » (la vaisselle, les courses, la cuisine) semblent avoir été un peu plus assumées par les hommes depuis les années 1970.

Cette division repose sur des oppositions qui véhiculent une image conventionnelle des attributs et vertus censés être spécifiquement masculins ou féminins. Aux femmes, les travaux « légers », supposant la maîtrise de savoir-faire traditionnels et/ou liés à la propreté (du lieu, des vêtements) ; aux hommes, les travaux de force ou supposant la maîtrise d'objets et d'instruments techniques modernes, et plutôt tournés vers l'extérieur. Tandis que les tâches féminines sont plutôt de l'ordre de la reproduction, impliquant la répétition périodique (quotidienne, hebdomadaire, mensuelle, saisonnière) des mêmes gestes et des mêmes opérations, avec ce que cela implique de routine, de sentiment d'ennui et même de vacuité, les tâches masculines sont davantage de l'ordre de la production, voire de la création, suscitant la fierté de soi et la reconnaissance d'autrui : le résultat d'un bricolage réussi est plus « visible » qu'un tas de linge repassé ou même un ménage bien fait. C'est au contr [...]

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France : accès en terminale des cohortes entrées en sixième en 1973 et 1980

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France : population active par sexe de 1962 à 1994

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Écrit par :

  • : professeur de sociologie à l'université de Haute-Alsace, Mulhouse
  • : professeur de sociologie à l'université Marc-Bloch, Strasbourg

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Pour citer l’article

Alain BIHR, Roland PFEFFERKORN, « INÉGALITÉS HOMMES-FEMMES, France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/inegalites-hommes-femmes-france/