INDE (Arts et culture)L'art

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Principes et techniques

L'architecture

Le symbolisme architectural

Dans la tradition indienne, la création artistique participe, ainsi que toutes les activités humaines, à l'harmonie universelle. Outre que chacune de ses phases s'accompagne d'actes rituels, elle doit tendre, quelles que soient ses fins, culturelles ou laïques, à la réalisation d'un ensemble cohérent résumant au travers de subtiles équivalences la substance et l'ordonnance du monde. Aussi l'efficacité de tout objet conçu et façonné par l'homme doit-elle être garantie par la stricte observance de règles éprouvées, transmises de génération en génération.

Dans cette perspective, le désir d'innover et toute recherche d'expression personnelle sont inconnus de l'architecte comme de l'ornemaniste. Pour ceux-ci seule compte la valeur symbolique du matériau et de la forme. Le site où s'élèvera le monument est l'objet d'un choix minutieux ; il doit comporter des éléments qui le font regarder comme un véritable microcosme. Le cadre naturel, la structure de l'édifice et son revêtement décoratif suggèrent ensemble l'univers tout entier au centre duquel réside la divinité suprême.

Si, dès l'origine, le symbolisme cosmologique a conféré à l'architecture indienne ses traits spécifiques, c'est au respect des formules traditionnelles qu'elle doit la remarquable continuité de son évolution. Mais ces lois ne s'appliquent pas seulement aux monuments élevés sur le sol de l'Inde ; elles s'étendent aussi à tous ceux qui, en Asie continentale et sud-orientale, datent du temps où de nombreux États bénéficiaient de l'influence culturelle indienne.

L'autel védique

Le sacrifice constituait à l'époque védique l'acte religieux par excellence. Sur la « trame » de sa liturgie complexe, on prétendait renouveler sans fin la création et assurer l'accord permanent des hommes et des « puissances » divinisées. Aux moments désignés par les astrologues se déroulait une série d'opérations préparatoires : fabrication des briques destinées à l'autel ; choix, purification et aménagement de l'aire sacrée ; abattage de l'arbre et taille du poteau auquel serait attachée plus tard la victime animale ; construction des huttes qui abriteraient le sacrifiant et les instruments liturgiques, etc. Et sur l'autel provisoire dressé en plein air on allumait enfin le feu qui porterait aux dieux leur part d'offrande.

D'un foisonnement de notions relatives au sacrifice, quelques-unes sont propres à éclairer, au moins partiellement, les équivalences magico-symboliques sous-jacentes aux mythes et aux rituels ultérieurs de fondation, d'édification et de consécration.

« Chaque fois qu'il est offert, le sacrifice a la taille d'un homme », lit-on dans le Śatapatha Brāhmaṇa. Le sacrifice, c'est l'homme : telle est donc l'idée fondamentale. Un passage célèbre du Ṛgveda explique comment les membres dispersés puis regroupés du « mâle primordial » (le Puruṣa) auraient formé le monde lors du premier sacrifice offert aux dieux par les dieux eux-mêmes. La notion de l'homme dépecé ne se sépare point de celle du démiurge, que ce démiurge se nomme Prājapati (« Maître des créatures », âme du monde) ou Viśvakarma (« Celui dont tout est l'œuvre ») ou qu'il s'agisse du brahman, principe créateur neutre et permanent (qui sera plus tard l'Absolu). Les identifications multiples introduites par les exégètes tendaient à exalter le rôle du démiurge qui, opérant à partir de sa propre substance, est à la fois le sacrifiant et la victime, celui qui différencie et qui fixe la matière. En un mot : l'axe du monde. Son œuvre est assimilée à un travail d'artisan ; elle relève des techniques du charpentier, du forgeron et du tisserand, auxquelles on compare aussi les actes accomplis par les officiants durant la cérémonie.

Le souci qu'avait la communauté d'assurer sa stabilité transparaît dans la notion de l'étai dressé au centre de l'univers et maintenant en place les trois portions du monde (ciel, terre, espace aérien). Corps cosmique et pilier cosmique : les deux concepts se rejoignent, découlant l'un et l'autre du regroupement et de la fixation de forces diffuses. « L'unique, Brahman, lit-on encore dans le Śatapatha Brāhmaṇa, se tient comme un arbre fixé dans le ciel. »

De la notion précédente se dégagèrent peu à peu des spéculations sur l'« ordre » (dharma de la racine sanskrite dhṛ, « souteni [...]

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Mahabharata, enluminure moghole

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Assemblage d'une balustrade de stupa

Assemblage d'une balustrade de stupa
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Femme avec bijoux, Madhya Pradesh, Inde

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Pour citer l’article

Raïssa BRÉGEAT, Marie-Thérèse de MALLMANN, Rita RÉGNIER, « INDE (Arts et culture) - L'art », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/inde-arts-et-culture-l-art/