INCONSCIENT (notions de base)

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Leibniz et les « petites perceptions »

Est-ce parce qu’il est, avec Isaac Newton (1643-1727), l’inventeur du calcul infinitésimal, que Gottfried Leibniz (1646-1716) a construit, dans ses Nouveaux essais sur l’entendement (1763), la théorie des « petites perceptions », ou parce qu’il veut apparaître comme l’adversaire privilégié de Descartes et des thèses cartésiennes prêtant un libre arbitre au sujet pensant ? Le philosophe choisit l’exemple du bruit de l’eau, que ce soit celui des vagues se brisant contre une falaise, ou celui d’une cascade quand elle heurte le plan d’eau sur lequel elle aboutit. Qu’est-ce qui nous permet d’entendre un tel bruit ? Pour que cela soit possible, « il faut bien », écrit Leibniz, « qu’on entende les parties qui composent ce tout, c’est-à-dire le bruit de chaque vague ». Si nous n’étions pas « affectés », pour reprendre le terme utilisé par Leibniz, par le bruit de chaque vague ou de chaque goutte d’eau de la cascade, comment pourrions-nous entendre le bruit émis par l’ensemble des vagues ou par la totalité des gouttes d’eau de la cascade ? Car « cent mille riens ne sauraient faire quelque chose ». Il y a donc bien en nous une « affection » provoquée par chacune des gouttes d’eau, mais le bruit émis par cette goutte d’eau, si elle était unique, nous resterait insensible. C’est la somme, ou si l’on préfère un terme plus mathématique, c’est l’intégrale de ces perceptions inconscientes qui provoque la perception consciente de l’ensemble.

Leibniz va développer une argumentation analogue pour réfuter la théorie cartésienne du « libre arbitre ». Si je suis convaincu que c’est ma volonté qui, à la suite d’une représentation mentale, choisit de m’amener à lever mon bras, c’est parce que je suis aveugle aux « petits mouvements » qui ont commencé à se manifester dans mon corps avant même que ma décision consciente soit prise. C’est l’enregistrement par ma conscience de la somme de ces micromouvements qui déclenche en moi la « volonté » de lever mon bras, volonté illusoire qui ne correspond pas à la réalité de ce qui se déroule dans mon corps.

Lorsque Freud écrit « qu’une chose se passe dans ton âme ou que tu en sois de plus averti, voilà qui n’est pas la même chose », il prolonge et partage la vision de Leibniz.

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Écrit par :

  • : professeur agrégé de l'Université, docteur d'État ès lettres, professeur de khâgne

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Pour citer l’article

Philippe GRANAROLO, « INCONSCIENT (notions de base) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/inconscient-notions-de-base/