INCESTE

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Approches et généralisations

Il n'y a guère de cultures où la prohibition de l'inceste demeure sans justification : ici ce sont des mythes et des rites qui commentent l'interdit, là ce sont des constructions théologiques, ailleurs encore ce sont des générations philosophiques. Dans notre propre culture, on peut distinguer trois types d'explication.

L'impossible consanguinité

L'une des plus courantes, parce que la formulation théorique prête l'apparence de la rigueur à des idées populaires, est que la prohibition de l'inceste serait une mesure de protection visant à mettre l'espèce humaine à l'abri des effets néfastes que produiraient les mariages consanguins. Développé par Lewis H. Morgan et par Henry Maine, ce thème, en réalité, est d'origine récente : on ne le trouve pas attesté avant le xvie siècle. Loin d'être universel, comme il le faudrait, puisque la règle à expliquer est elle-même universelle, il n'est présent que dans un petit nombre de cultures. Le caractère idéologique est patent, du fait qu'il prête à l'humanité primitive une intention contraire à ce qu'elle manifeste depuis le paléolithique : les procédés de reproduction endogamiques, loin d'être évités, sont consciemment recherchés pour perfectionner les espèces. L'exogamie pratiquée par les groupes humains, au surplus, n'a nullement pour but de limiter la variabilité de caractères biologiquement héréditaires ou de réduire les risques de mutations fâcheuses, mais de mettre en communication des segments sociaux distincts. Les mariages exogames sont donc, biologiquement, contractés au hasard. Ils ne peuvent, en conséquence, avoir d'effets bénéfiques ou maléfiques. Les calculs des généticiens montrent, quoi qu'il en soit, que l'interdiction du mariage entre proches parents ne diminuerait, dans une population de quatre-vingts personnes, le nombre des porteurs de caractères récessifs rares que de 10 à 15 p. 100. Les conditions démographiques dans lesquelles se trouvait l'humanité primitive l'empêchaient de recueillir les données du problème, à plus forte raison d'en poser exactement les termes (Lévi-Strauss, Les Structures élémentaires de la parenté).

Les exigences de la « nature humaine »

Un autre type d'explication consiste à dire que la prohibition de l'inceste n'est autre que la traduction, dans l'univers des règles, de tendances ou de sentiments inhérents à la nature humaine. Ainsi pour Havelock Ellis, cette prohibition s'expliquerait par la répugnance qu'éprouveraient des partenaires sexuels possibles, quand l'accoutumance réduit l'excitabilité érotique. Pour E. Westermarck, elle viendrait de la répulsion, ou tout au moins de l'absence d'attraits, que de proches parents peuvent éprouver les uns pour les autres, quand ils sont liés par une vie commune. Formes savantes de préjugés populaires, ces explications de la règle par la sensation ou le sentiment supposent que la répulsion entre proches est universelle. Or il n'en est rien : on sait, depuis S. Freud, combien fort, au contraire, est l'attrait du fils pour la mère, de la fille pour le père, et la sœur pour le frère. Et l'on connaît nombre de sociétés, comme les Azandé, les Chukchee, les Indiens Thompson de la Colombie britannique, où l'on pense que l'attrait et l'affection entre époux ne peuvent naître qu'après une enfance passée en commun. Il y a lieu, surtout, de se demander pourquoi, si la répulsion est si forte qu'on le prétend, une prohibition solennelle est nécessaire, assortie de châtiments rigoureux pour sanctionner l'infraction.

Les impératifs sociaux

L'explication par des causes sociales est apparemment plus satisfaisante. C'est ainsi que pour E. Durkheim (La Prohibition de l'inceste), la prohibition de l'inceste ne serait que la survivance d'un ensemble complexe de règles, imposant aux sociétés humaines les plus primitives la loi de l'exogamie. L'exogamie elle-même s'expliquerait par les interdits spéciaux frappant les femmes du groupe, à l'occasion notamment du sang menstruel. La crainte de ce sang particulier, à son tour, ne serait que l'expression d'une crainte plus générale du sang, liée à la croyance en la consubstantialité des membres du clan avec leur totem. Suggestive, dans la mesure où elle tend à rendre intelligibles des faits variés et apparemment san [...]

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Relations sexuelles avec la mère, la sœur et la fille

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Mariages dans l'Égypte romaine

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Relations prémaritales et mariages consanguins

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Règles du mariage selon la parenté

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  • : conservateur en chef du musée des Arts et Traditions populaires, directeur de recherche au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Jean CUISENIER, « INCESTE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/inceste/