IMMUNOPATHIES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Syndromes pathologiques dus aux complexes immuns

L'introduction d'un immunogène dans l'organisme stimule une réponse immunitaire comportant la formation d'anticorps. Un complexe immun (CI) est ainsi formé chaque fois qu'il y a liaison entre un antigène et l'anticorps correspondant. Il s'agit donc d'un phénomène habituel lors de la réponse immunitaire, généralement bénéfique pour l'hôte, puisqu'il induit la neutralisation ou l'élimination de l'antigène, un agent infectieux par exemple.

Mécanismes

On doit distinguer plusieurs situations selon le type d'antigène en cause et le site de formation. Les CI peuvent être formés par la liaison entre un anticorps et un antigène insoluble, présent par exemple dans la paroi d'une cellule. L'exemple type en est la fixation d'un anticorps sur une bactérie dans le cas d'une maladie infectieuse, ou sur un globule rouge au cours d'une anémie hémolytique d'origine immune. Les CI peuvent également être formés par liaison entre un antigène soluble et l'anticorps correspondant. Une telle réaction peut avoir lieu dans le secteur extravasculaire, ou dans la circulation. On entend généralement sous le nom de pathologie par CI les manifestations induites par le dépôt dans divers sites lésionnels de CI formés dans la circulation. Cette situation est inhabituelle, car, une fois formés, les CI ont une vie brève : ils sont généralement captés par les cellules du système réticuloendothélial, conduisant à la dégradation de leurs composants. Les facteurs qui conditionnent les propriétés physico-chimiques des complexes antigène-anticorps, et donc leur présence éventuelle dans la circulation et leur nocivité, sont nombreux. Les CI formés en large excès d'anticorps sont rapidement éliminés de la circulation en raison de leur taille. Les CI formés en grand excès d'antigène sont en règle générale de petite taille, peuvent persister dans la circulation, mais fixent peu ou ne fixent pas du tout le complément, et n'ont que peu de propriétés inflammatoires. Il semble que les complexes de taille moyenne (formés en léger excès d'antigène) soient les plus pathogènes. En effet, ils persistent dans la circulation et ont la propriété de fixer le complément et d'induire des manifestations inflammatoires.

Cas de la maladie sérique

Bon nombre de nos connaissances sur la pathologie par CI sont dérivées d'études sur la maladie sérique aiguë. Cette affection, observée chez l'homme après injection d'une dose importante de sérum d'origine animale (sérothérapie antidiphtérique ou antitétanique, par exemple), est caractérisée par un intervalle libre de plusieurs jours correspondant au développement de la réponse immunitaire, suivi par l'apparition brutale de manifestations touchant plusieurs organes : arthrite, endocardite, vasculite et glomérulonéphrite. La reproduction expérimentale de cette maladie, le plus souvent chez le lapin à l'aide de protéines étrangères purifiées telles que l'albumine bovine, a permis d'en comprendre le mécanisme, par l'étude du devenir de la protéine étrangère et par l'analyse des réactifs immunologiques présents dans les sites lésionnels. À l'aide de traceurs radiomarqués, il est possible de montrer que la concentration d'une protéine étrangère diminue progressivement selon trois phases. La première est liée à la distribution de la protéine dans son espace de diffusion ; la deuxième, lente, correspond à son catabolisme propre ; la troisième, rapide, aboutissant à l'élimination de la circulation, est liée à l'apparition d'anticorps spécifiques. C'est pendant cette période qu'apparaissent les manifestations pathologiques décrites plus haut. Les données qui permettent de les rattacher au dépôt de CI sont de deux ordres. En premier lieu, c'est à ce stade qu'il est possible de démontrer que l'antigène présent dans la circulation est lié à des Ig, c'est-à-dire sous la forme de complexes immuns. En second lieu, l'analyse des divers sites lésionnels (vaisseaux, parois glomérulaires) met en évidence la présence de CI sous forme de dépôts granuleux d'Ig et d'antigène. Il est possible d'analyser la spécificité de ces Ig, et de montrer qu'elles ont une activité anticorps contre l'antigène qui a été administré. On peut donc raisonnablement admettre que les complexes immuns présents dans la circulation sont déposés dans les parois vasculaires. L'aspect granuleux des dépôts est attribué au fait que les complexes antigène-anticorps sont « pris au piège », au hasar [...]

Maladie sérique aiguë expérimentale

Dessin : Maladie sérique aiguë expérimentale

Maladie sérique aiguë expérimentale : évolution du taux d'antigène circulant (SAB en pourcentage de la dose injectée en ordonnée) en fonction du temps (en jours en abscisse) : relation avec l'apparition de l'atteinte rénale. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 18 pages

Médias de l’article

Déficits immunitaires congénitaux

Déficits immunitaires congénitaux
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Déficits immunitaires acquis

Déficits immunitaires acquis
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Maladie sérique aiguë expérimentale

Maladie sérique aiguë expérimentale
Crédits : Encyclopædia Universalis France

graphique

Lupus érythémateux disséminé

Lupus érythémateux disséminé
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Afficher les 4 médias de l'article


Écrit par :

  • : docteur en médecine, professeur émérite d'immunologie, C.H.U. Necker, Paris
  • : agrégé, maître de conférences à l'université de Paris-VII
  • : professeur de pédiatrie et de génétique médicale, chef de service d'immunologie pédiatrique à l'hôpital des Enfants-Malades, Paris, directeur de l'unité d'immunologie et de rhumatologie pédiatrique (U 132) de l'I.N.S.E.R.M.
  • : maître de recherche à l'I.N.S.E.R.M., hôpital Tenon, Paris
  • : docteur en médecine, docteur ès sciences, directeur de recherche émérite à l'I.N.S.E.R.M., C.N.R.S.

Classification

Autres références

«  IMMUNOPATHIES  » est également traité dans :

ALLERGIE & HYPERSENSIBILITÉ

  • Écrit par 
  • Bernard HALPERN, 
  • Georges HALPERN, 
  • Salah MECHERI, 
  • Jean-Pierre REVILLARD
  •  • 12 543 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Problèmes généraux »  : […] L' allergie clinique pose des problèmes auxquels il est encore difficile de répondre. Pour quelle raison seule une fraction de la population exposée au même environnement se sensibilise-t-elle tandis que le reste demeure indemne ? Pourquoi un individu se sensibilise-t-il à une substance donnée et non à d'autres aussi réactives ? Pourquoi les symptômes de l'allergie se manifestent-ils à tel moment […] Lire la suite

BOUILLAUD MALADIE DE ou RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU

  • Écrit par 
  • François BOURNÉRIAS
  •  • 529 mots

Sous le terme de maladie de Bouillaud ou rhumatisme articulaire aigu, on regroupe un ensemble de manifestations pathologiques, articulaires ou non articulaires, faisant suite à une infection par un streptocoque du groupe A. Un mécanisme immunologique non entièrement élucidé semble à l'origine de cette maladie qui ne se produit que chez un petit nombre des sujets touchés par le streptocoque. La mal […] Lire la suite

CHAÎNES LOURDES MALADIES DES

  • Écrit par 
  • Didier LAVERGNE
  •  • 232 mots

À la suite d'anomalies affectant le génome des immunocytes, ceux-ci peuvent produire des immunoglobulines atypiques. C'est pourquoi certaines hémopathies lymphoïdes ou lymphomatoses entraînent des altérations dans la structure des chaînes d'immunoglobulines, encore appelées « maladies des chaînes » d'immunoglobulines, dites « lourdes » ou « légères » selon les cas d'anomalies qui se présentent. Il […] Lire la suite

CONNECTIVITES

  • Écrit par 
  • Ladislas ROBERT
  •  • 1 752 mots

Dans le chapitre « Historique »  : […] Un pathologiste allemand, Klinge, s'est rendu compte, dès 1920, que les maladies rhumatismales étaient caractérisées non pas par l'affection d'un seul organe bien défini, mais par un système de cellules sécrétant une matrice fibreuse, les tissus conjonctifs. P. Klemperer, aux États-Unis, a repris ce concept et l'a amplifié en regroupant un certain nombre de maladies ayant quelques caractéristiques […] Lire la suite

CRYOGLOBULINES

  • Écrit par 
  • Laurent DEGOS
  •  • 494 mots

Par définition, les cryoglobulines sont des globulines sériques qui précipitent à une température inférieure à 37  0 C. Cette précipitation au froid provoque des troubles liés aux variations de la température. Les extrémités du corps (doigts, orteils, oreilles, nez) exposées au froid deviennent blanches, puis bleues et peuvent même se nécroser. Aucun de ces phénomènes ne survient au chaud. D'autre […] Lire la suite

DÉFICIENCE IMMUNITAIRE AUTO-IMMUNE

  • Écrit par 
  • Chantal GUÉNIOT
  •  • 625 mots

L' immunodéficience est caractérisée par un affaiblissement des défenses immunitaires, qui peut être primitif, présent dès la naissance, comme dans le cas des immunodéficiences d'origine génétique, ou acquis, quand il se déclare à la suite d'un événement pathogène. Ces immunodéficiences acquises peuvent être induites par des médicaments, comme les immunosuppresseurs ou les corticoïdes à forte dose […] Lire la suite

DERMATOMYOSITES

  • Écrit par 
  • Pierre de GRACIANSKY
  •  • 233 mots

Elles associent des lésions dermatologiques, des altérations musculaires et parfois une atteinte viscérale, le rein étant habituellement intact. Les dermatomyosites revêtent le plus souvent une forme aiguë. L'éruption en placards érythématosquameux sous-tendus par l'œdème réalise à la face un aspect en lunette caractéristique. L'atteinte musculaire, souvent douloureuse, tend à être symétrique et à […] Lire la suite

FOIE

  • Écrit par 
  • Jean ANDRE, 
  • Jacques CAROLI, 
  • Yves HECHT
  •  • 15 674 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Rôle des désordres immunitaires dans la pathologie hépatique »  : […] L'intervention de troubles de l'immunité dans les maladies du foie, qui avait pourtant été invoquée dès le début du siècle par N. Fiessinger, est longtemps demeurée méconnue. L'immunohépatologie s'est surtout développée à partir de 1950, et l'on considère actuellement que des désordres immunitaires peuvent être à l'origine de diverses maladies du foie, ou encore être responsables d'une évolution […] Lire la suite

MUSCLES

  • Écrit par 
  • Jean RAIMBAULT, 
  • Bernard SWYNGHEDAUW
  •  • 12 923 mots
  •  • 10 médias

Dans le chapitre « Les myosites »  : […] Les myosites sont, par définition, des maladies inflammatoires des muscles. Elles forment un groupe très hétérogène d'affections difficiles à classer, en raison de leur évolution qui peut être aiguë ou chronique, et leurs manifestations qui sont localisées ou générales et surtout de leur origine. Les unes peuvent en effet être rapportées à un agent pathogène connu – viral, microbien ou parasitai […] Lire la suite

NEURO-IMMUNOLOGIE

  • Écrit par 
  • E. SCHULLER
  •  • 1 270 mots

On désigne par neuro-immunologie l'étude des relations entre immunité et système nerveux, à l'état normal comme au cours des diverses maladies humaines ou animales. Deux observations, toutes deux faites à Paris au xix e  siècle, sont à l'origine de la neuro-immunologie. La première est la description par Cruveilhier (1835) des lésions anatomiques d'une nouvelle maladie du système nerveux, maladie […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Jean-François BACH, Jean-Claude BROUET, Claude GRISCELLI, Pierre VERROUST, Guy-André VOISIN, « IMMUNOPATHIES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/immunopathies/