STRAVINSKI IGOR FEODOROVITCH

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Musicien cosmopolite ou citoyen du monde

Que Stravinski soit un musicien profondément russe, voilà qui ne peut être mis en doute. Et pourtant, il existe chez lui une tendance inavouée à l'universalisme qui transparaît dans certaines de ses œuvres, notamment celles de la période dite néo-classique et quelques-unes de la dernière partie de sa vie. Parallèlement, ses multiples pérégrinations et ses nationalités successives (il fut tour à tour porteur des passeports russe, français, puis américain) ne peuvent s'expliquer seulement par les circonstances fortuites et par les dures nécessités provoquées par deux guerres. Dans des circonstances semblables, on voit, par exemple, Prokofiev revenir s'installer dans sa Russie natale ; mais Stravinski veut être le citoyen du monde où sa musique est appréciée, et il donne donc l'impression de se déplacer en même temps que ses maxima de célébrité. Cette carrière itinérante commence avec les Ballets russes et à cause d'eux. C'est en effet Diaghilev qui, après avoir entendu le Scherzo fantastique et Feu d'artifice, et après avoir d'abord commandé à Stravinski une orchestration de Chopin (Les Sylphides), lui demande la partition de L'Oiseau de feu et le fait venir à Paris en 1910. Dès lors, et jusqu'à ce qu'il se fixe aux États-Unis, en 1939, l'histoire des déplacements du musicien fournirait, à elle seule, matière à tout un chapitre.

Stravinski et Diaghilev

Photographie : Stravinski et Diaghilev

Le compositeur Igor Stravinski, à droite, et Serge de Diaghilev, le directeur des Ballets russes, en 1921 à Séville. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Igor était le troisième de quatre enfants. Son père, Feodor Ignatievitch, était chanteur à l'Opéra impérial de Saint-Pétersbourg. Remarquablement cultivé, il possédait une bibliothèque de près de vingt mille volumes consacrés essentiellement à la littérature russe et aux recherches sur les chants et les légendes populaires. C'est là que le compositeur devait puiser un grand nombre d'idées, notamment le sujet de Renard (« histoire burlesque chantée et jouée », 1916-1917) et les poésies populaires utilisées dans Les Noces (« scènes chorégraphiques russes », 1917-1923). À travers le cosmopolitisme de Stravinski, ou plutôt à la racine de ce cosmopolitisme, on retrouve un souci constant de retour aux sources, un désir de ne jamais se séparer totalement de sa terre natale. Mais, en tant que père, celui de Stravinski paraît s'être montré assez distant et sévère vis-à-vis de ses enfants. Par les Chroniques de ma vie, nous savons aussi que Stravinski semble en avoir été blessé, et il avoue n'avoir ressenti de réelle tendresse que pour sa nourrice (la niania), son frère cadet (tué au cours de la Première Guerre mondiale) et un oncle qui était un personnage pittoresque aux idées libérales. Cela peut expliquer l'instabilité, le détachement, le souci de ne pas se laisser attacher en un lieu fixe qui paraît caractériser le mode d'existence du musicien. Il n'est pas sans intérêt, par ailleurs, de constater que la musique de Stravinski est demeurée l'une de celles qui sont le plus abondamment jouées dans le monde entier.

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Igor Stravinski, J.-É. Blanche

Igor Stravinski, J.-É. Blanche
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Stravinski et Diaghilev

Stravinski et Diaghilev
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Œdipus Rex

Œdipus Rex
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  • : professeur de composition au Conservatoire national supérieur de musique de Paris

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Pour citer l’article

Michel PHILIPPOT, « STRAVINSKI IGOR FEODOROVITCH », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/igor-feodorovitch-stravinski/