IENISSEÏ

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L'Ienisseï supérieur, de la source au bassin de Minoussinsk

Le Petit Ienisseï, le plus long, prend sa source dans les montagnes de l'extrême nord de la Mongolie, tandis que le Grand Ienisseï, le plus court, naît dans les monts Saïan de Russie. Le Grand apporte 602 mètres cubes par seconde et le Petit 415 mètres cubes par seconde, et c'est leur confluent qui construit le fleuve. Ce carrefour fluvial a localisé la capitale de la république de Touva, la ville de Kyzyl (109 100 hab. en 2006), construite dans ce territoire nomade par l'armée tsariste en 1914, pour contrôler l'accès aux vallées. De fait, cette république de la Fédération de Russie, peuplée de moins de deux habitants par kilomètres carrés, est tout entière tournée vers l'Ienisseï supérieur et ses vallées affluentes, selon une direction dominante est-ouest.

À la sortie de la république de Touva, l'Ienisseï fait un coude vers le nord pour traverser la chaîne du Saïan occidental en gorges étroites. Malgré de fortes contraintes de situation géographique fondées sur l'éloignement, la difficulté d'accès et le vide démographique, le site en lui-même était favorable à l'édification d'une digue. Construit à partir de 1970, le barrage de Saïano-Chouchensk fut mis en service en 1978 et, en 1985, atteignit sa puissance définitive de 6,4 millions de kilowatts, la première de Russie. Au remplissage maximum, la digue retient un lac de 290 kilomètres de longueur, 220 mètres de profondeur, 621 kilomètres carrés et 31 milliards 340 millions de mètres cubes. Un nouvel évacuateur de crue est en construction depuis 2005 et son achèvement est prévu pour 2010. Les dix générateurs fournissent en moyenne 23,5 milliards de kilowattheures par an. Cette production gigantesque, la deuxième du monde pour une centrale hydroélectrique, se fait dans une région dépeuplée, si bien que l'essentiel est exporté dans toute la Sibérie grâce au raccordement au réseau à haute tension. Une partie est utilisée sur place depuis la mise en service de l'usine d'aluminium de Saïanogorsk, qui fait vivre une ville nouvelle créée ex-nihilo en 1975. Ayant atteint un maximum de 56 000 habitants en 1996, la ville a, depuis, perdu 12 p. 100 de ses habitants (49 300 hab. en 2005) et l'usine a vu sa production chuter de moitié dans les années 1990. Mais sa situation s'est affermie en 2000 par son entrée dans la société par actions Rusal, qui a acquis en même temps l'usine de Krasnoïarsk.

En aval du barrage et des gorges, un fossé d'effondrement, qui éventre les monts Saïan, a attiré les eaux de l'Ienisseï. Ce bassin est le plus grand foyer de peuplement des montagnes de Sibérie méridionale. Le fleuve le partage administrativement entre la république de Khakassie à l'ouest et le kraï de Krasnoïarsk à l'est. Trois villes ont grandi ici, au point que leurs banlieues tendent à se rejoindre pour former une conurbation de 350 000 habitants. La plus grande et la plus ancienne est Abakan (165 000 hab. en 2005). En rive gauche, elle est la capitale de la république de Khakassie et sa fonction administrative dépasse maintenant son activité industrielle, fondée sur sa grosse usine de matériel ferroviaire. En face, en rive droite, Minoussinsk (69 000 hab. en 2005) est le port de la conurbation et la ville a donné son nom à l'ensemble du bassin. C'est le terminus de la navigation fluviale venant de l'embouchure. Au nord, en rive gauche, l'ensemble urbain s'achève par Tchernogorsk (73 000 hab. en 2005, mais 80 000 en 1992). Comptant sur son territoire plusieurs mines de charbon, c'est la ville noire de la conurbation, en crise par son industrie textile vieillissante et son extraction houillère en cours de fermeture. C'est aux portes de cet ensemble urbain tripolaire que commence, vers l'amont, le lac de barrage de Krasnoïarsk.

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Écrit par :

  • : professeur de géographie à l'université d'Orléans, président du C.S.T. du pôle-relais zones humides intérieures

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Pour citer l’article

Laurent TOUCHART, « IENISSEÏ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ienissei/