IDIR (1949-2020)

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Le chanteur et musicien kabyle Idir fut, dans les années 1970, le compositeur et interprète de « A Vava Inouva », le premier succès international maghrébin. Il a traversé les générations et au-delà de la communauté kabyle, rallié autour de lui un public arabophone et français. Le sociologue Pierre Bourdieu disait à son propos : « Ce n’est pas un chanteur comme les autres. C’est un membre de chaque famille. » Idir parlait comme il chantait, d’une voix douce, pesant le sens de chaque mot. « Je dois à la langue française mon discernement », précisait-il. Le chanteur aimait partager ses réflexions sur la marche du monde, les droits des femmes, la laïcité, l’identité berbère, la langue berbère (le tamazight), l’Algérie et la France.

Idir est né le 25 octobre 1949 sous le nom de Hamid Cheriet à Aït Lahcène, un village de la « Grande Kabylie », au nord de l’Algérie. Ses premières notes de musique sortent de la flûte de berger dont, enfant, il apprend à jouer dans sa montagne. Sa famille quitte sa région natale pour Alger, où « en grandissant, il prend petit à petit conscience de la nécessité d’affirmer son identité », écrit Rabah Mezouane, journaliste et ami du chanteur, dans les notes de pochette d’un de ses albums. Il choisit de s’appeler Idir, en référence à une ancienne tradition berbère : « Cela signifie “il vivra”. À l'époque des grandes épidémies, on le donnait aux nouveau-nés pour conjurer le sort. Je l'ai choisi en pensant à ma culture menacée et à ma mère. » Il se souvenait d’elle, regardant un journal télévisé auquel elle ne comprenait rien. « Elle se retrouvait soudain comme exclue de chez elle. J'étais alors révolté par un paradoxe : je vivais dans un pays indépendant, dont les dirigeants tenaient des discours sur la libre expression des peuples, la liberté, et pourtant ne reconnaissaient pas ma culture maternelle. J'avais donc un besoin avide de conserver et de faire connaître mon identité niée par les autorités. »

Ce désir passera par la chanson. En 1973, alors étudiant en géologie, Idir se retrouve embarqué dans une autre vie sans qu’il s’y attende le moins du monde. Dans une émission diffusée sur Radio Alger, on lui demande de remplacer au pied levé la chanteuse Nouara, portée malade, pour interpréter notamment « Ersed a Yides », une berceuse qu'il avait écrite pour elle. Les auditeurs tombent sous le charme. La maison de disques algérienne Oasis lui fait rapidement enregistrer un 45-tours comprenant ce titre ainsi que « A Vava Inouva » (« Mon petit papa »), « une chanson toute bête décrivant simplement l'ambiance d'une veillée au coin du feu, mais que les gens ont prise ensuite comme une sorte d'hymne à l'identité », commentait Idir. Composée sur des paroles de Mohamed Benhamadouche, inspirée d’un conte ancien (Le Chêne de l’ogre), la chanson est adaptée dans une quinzaine de langues, dont le grec, l’espagnol, l’arabe, le français (par David Jisse et Dominique Marge). Elle deviendra un succès mondial, tandis que son créateur fait son service militaire. Libéré de ses obligations, Idir se voit invité par la maison de disques Pathé-Marconi à venir à Paris, en 1975, pour enregistrer l'album A Vava Inouva qui paraît l’année suivante. Il s’installe en France (« mais toujours avec une valise prête dans la tête ») et renonce à son projet de métier dans l’industrie pétrolière. « La chanson m’avait choisi », commentait le chanteur quand il égrenait ses souvenirs. Après A Vava Inouva, paraît Ay Arrac Nney (« À nos enfants ») en 1979, puis il faudra attendre 1993 – une longue parenthèse, le temps de régler juridiquement un différend avec son ancien producteur – pour le suivant, Les Chasseurs de lumières. Idir enregistre en fait avec parcimonie au fil de sa carrière : moins de dix albums studio. Cette même année 1993, il remplit l’Olympia quatre jours de suite. En 1995, pendant le conflit meurtrier opposant les forces gouvernementales algériennes et des groupes islamistes, il chante avec Khaled, l’étoile du raï, sur la scène du Zénith de Paris au cours d’un concert « pour la paix, la liberté et la tolérance ». Il revient en 1998 sur cette même scène pour un hommage à Lounès Matoub, chanteur et poète kabyle assassiné cette même année.

Souvent perçu comme le porte-voix de la culture amazigh (berbère) qu'une grande communauté a [...]

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Patrick LABESSE, « IDIR (1949-2020) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/idir/