HYSTÉRIE (histoire du concept)

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Aspects évolutifs et pronostic

Les manifestations hystériques peuvent apparaître comme un accident occasionnel au cours de l'existence ou s'inscrire dans l'évolution d'une névrose hystérique caractérisée. Cette opposition schématique mériterait d'ailleurs d'être nuancée.

Réactions hystériques

Les réactions hystériques sont des accidents isolés survenant à l'occasion d'un traumatisme émotionnel violent ou d'une tension nerveuse prolongée. Elle s'observent surtout chez les sujets frustes ou peu doués présentant des traits caractérologiques d'impulsivité ou de labilité émotionnelle. Les manifestations en sont spectaculaires : crises expressivo-émotives, tremblements, mutisme ; elles sont de courte durée en général, mais il peut y avoir persistance d'un symptôme lorsque le sujet se rend compte des éventuels bénéfices apportés par sa situation de malade. Ces réactions primitives sont fréquentes dans les populations encore peu évoluées sur le plan culturel, où il peut aussi y avoir utilisation secondaire à des fins telles que l'intérêt matériel, le prestige, l'autorité religieuse. Elles sont souvent observées en milieu militaire en temps de paix et en temps de guerre. À longue échéance, le pronostic de ces formes semble très favorable.

Névrose hystérique

Les premières manifestations de la névrose sont fréquemment repérables dès l'enfance : émotivité, suggestibilité, exaltation imaginative, troubles des conduites alimentaires, crises de nerfs, évanouissements, « comédies ».

Les grands accidents hystériques apparaissent par périodes en relation avec des situations vitales que le malade ne peut assumer. Il n'est pas rare de les voir débuter peu après le mariage, ou la naissance du premier enfant. Tout au long de l'existence, les épisodes conflictuels de la vie conjugale ou familiale, les frustrations affectives, les situations d'abandon ou d'isolement pourront être l'occasion de décompensations transitoires ou durables. Qu'il s'agisse d'obligations à éluder, de gratifications narcissiques à obtenir de la part d'un entourage indifférent, de dangers à éviter en particulier dans le domaine sexuel, le refuge dans la maladie constitue pour l'hystérique une solution à laquelle il recourt lorsque ses autres moyens de défense se révèlent insuffisants à lui procurer la sécurité et la valorisation indispensables.

La durée et l'évolution des accidents hystériques sont très variables : tout peut s'observer depuis l'aphonie de quelques jours jusqu'à la paraplégie clouant le malade au lit pendant des années. Si l'on se réfère aux statistiques portant sur des malades hospitalisés, l'on constate que pour un tiers au moins d'entre eux la durée de l'accident dépasse un an, que pour un quart elle se prolonge au-delà de cinq ans. Parfois, il s'agit de phénomènes répétitifs, de courte durée, utilisant chaque fois le même symptôme préférentiel ou changeant de registre à chaque épisode.

L'hystérie est une maladie dont l'évolution est étroitement conditionnée par le milieu. C'est le jeu des relations interpersonnelles avec les parents, le conjoint, l'employeur, qui en modèle la physionomie, détermine les ruptures et les crises, permet des phases de relatif équilibre. Il y a des milieux gratifiants et d'autres rejetants ; des familles hyperprotectrices, des conjoints masochistes entretiennent comme à plaisir des comportements de dépendance régressive dont ils se satisfont. Si l'hystérie n'est pas au départ une maladie iatrogène, le médecin n'en a pas moins parfois un rôle regrettable dans la fixation des troubles. En octroyant aux symptômes un cachet d'organicité, « il gèle la demande ». Certaines erreurs tactiques seront par la suite difficiles à réparer. Rien de plus ardu que de « déchroniciser » un malade qui a organisé son existence de malade chronique et dont l'assistance sociale favorise le style de vie parasitaire. Bien souvent on sera amené avec de tels malades à adopter une politique de compromis. Il faudra toute l'habilité du thérapeute pour allier les gratifications raisonnables et les exhortations invigorantes dans une cure nécessairement de longue durée et dont il n'est pas facile de garder toujours le contrôle. En revanche, lorsque le symptôme a perdu sa raison d'être ou que les bénéfices secondaires sont devenus négligeables, si la situation de malade s'avère inconfortable, on peut assister à une guérison « en coup de foudre » quasi miraculeuse. L'isolement, privant l'hystérique de son public, a souve [...]

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Thérèse LEMPÉRIÈRE, « HYSTÉRIE (histoire du concept) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hysterie-histoire-du-concept/