HUANG BINHONG [HOUANG PIN-HONG] (1864-1955) & FU BAOSHI [FOU PAO-CHE] (1904-1965)

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Un travailleur infatigable

La formation de peintre de Huang Binhong fut particulièrement favorisée par les circonstances ; il eut la chance de naître dans une famille où l'on cultivait les lettres et les arts depuis plusieurs générations, et, dès son plus jeune âge, il entra en contact avec les chefs-d'œuvre du passé sous la direction de bons maîtres. Sa remarquable longévité lui permit de donner un exceptionnel développement à son génie. Enfin, il se trouva très bien armé pour aborder d'un cœur ferme les crises de la civilisation chinoise contemporaine : né en 1864, c'est en homme complètement mûr et formé qu'il traversa les divers bouleversements spirituels, sociaux et politiques qui agitèrent la Chine du xxe siècle ; les incertitudes et les faux pas des ses cadets lui furent ainsi épargnés ; capable dans son art d'innovations audacieuses, celles-ci s'exercèrent toujours à l'intérieur d'un système de valeurs définitivement acquises, qu'il n'éprouva jamais le besoin de remettre en question ; sur ce roc d'une tradition qui pour lui était encore vivante, il put bâtir l'une des œuvres les plus puissantes, les plus méditées et les plus originales de ce premier demi-siècle ; fût-il né deux décennies plus tard, ce support lui aurait fait défaut, et il aurait été obligé de choisir entre les tâtonnements de la révolution et l'hypocrisie du conservatisme. Mais son mérite est d'avoir su se mettre lui-même à la hauteur de son destin privilégié et tirer parti de tous ses dons en gouvernant son effort avec une rigueur obstinée. D'autres, qui n'étaient peut-être pas moins doués au départ, n'ont guère créé, faute d'une pareille constance.

Le secret de cette puissance de création unique, qu'il ne révéla pleinement que dans ses vieux jours, réside en ce qu'il fut capable de marier génie et labeur. Il a peint inlassablement, tous les jours de sa vie, depuis l'âge de six ans jusqu'aux tout derniers mois de son existence. Rendu momentanément aveugle à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, d'instinct il continuait encore à peindre. Et après qu'une opération lui eut rendu une vision partielle, il produisit des œuvres toujours plus âpres, vigoureuses et neuves. Dans son effort soutenu de près d'un siècle, il n'a pas un instant dévié de sa route ; ignorant les sollicitations du public et les variations de la mode, insoucieux de plaire et indifférent à la notoriété (les honneurs officiels ne lui sont venus qu'à la fin de sa vie, après la Libération), il a obstinément approfondi sa propre voie. Jusqu'à l'âge de soixante-dix ans environ, il ne fit en réalité que forger ses outils ; les œuvres élaborées durant sa longue et lente période de formation ne faisaient guère pressentir l'extraordinaire explosion créatrice des vingt dernières années de sa vie ; elles ne prennent leur sens qu'en fonction de cet ultime épanouissement dont elles constituaient l'ingrate et nécessaire préparation. A posteriori, il est possible d'y reconnaître ces vertus fondamentales d'intelligence, de culture, de discipline et d'intériorité qui devaient ensuite assurer aux audaces des peintures de la vieillesse leur plénitude et leur inébranlable armature. Mais si Huang était mort septuagénaire, sans doute la postérité n'aurait-elle retenu de lui que le souvenir du professeur (il enseigna toute sa vie durant dans diverses écoles des Beaux-Arts, au Anhui, à Shanghai, à Pékin et à Hangzhou, du théoricien (il a publié plusieurs essais sur la théorie esthétique, l'histoire et la technique de la peinture chinoise), du connaisseur (il s'occupa de l'identification et du classement des œuvres de l'ancienne collection impériale à Pékin) et de l'éditeur érudit de la monumentale anthologie des écrits classiques sur les arts (Meishu congshu, 120 fascicules, Shanghai, 1911).

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Écrit par :

  • : reader, Department of Chinese, Australian National University

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Pierre RYCKMANS, « HUANG BINHONG [HOUANG PIN-HONG] (1864-1955) - & FU BAOSHI [FOU PAO-CHE] (1904-1965) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/huang-et-fu/