HÔPITAL (HISTOIRE DE L')

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Le développement historique des hôpitaux

L’histoire des établissements hospitaliers s'étend sur au moins deux millénaires en Europe. L'hébergement et le traitement des pauvres, des malades et des invalides sont apparus en réponse aux exigences morales affirmées par les religions et les divers systèmes sociaux, mais peut-être surtout en réponse aux besoins d’ordre et de main-d’œuvre au cours des périodes de prospérité économique puis avec le développement du droit. Diffusant à partir de quelques pays et de quelques cultures, la nécessité des institutions hospitalières s'est imposée dans le monde entier.

Des sanctuaires aux œuvres charitables

Le monde antique a connu des sanctuaires dédiés aux nombreuses divinités guérisseuses, où les malades venaient en pèlerinage pour y chercher la guérison, mais n'étaient pas autorisés à séjourner. Les plus connus sont les asclépieions, dédiés à Asclépios (Esculape, fils d’Apollon foudroyé par Zeus, car il avait ressuscité des morts), construits à partir des années 350 avant J.-C. On y soignait les maux physiques et mentaux ; on y pratiquait la chirurgie ; on enseignait – on dit qu’Hippocrate avait reçu sa formation dans l’asclépieion de l’île de Kos. Les moribonds et les parturientes en étaient cependant écartés. Il ne s’agissait donc ni d’hôpitaux ni d’asiles, et la pratique médicale semble avoir constitué une activité très largement privée. Cependant, des infirmeries pour les soldats de métier et les esclaves des latifundia apparaissent sous l'Empire romain, si bien que, lorsque le christianisme devient religion d’État au ive siècle, l'opinion publique est plus ou moins préparée par l’usage aux œuvres d'assistance déduites du principe de charité. On voit alors apparaître, après 350, des languentia pour malades, à Rome et Ostie, puis ailleurs dans l’Empire.

À Byzance, le concile de Nicée, en 325 apr. J.-C., prescrit aux évêques de disposer dans chaque ville d'un lieu appelé xenodochium, où les voyageurs et les pauvres seront hébergés et soignés (70e canon arabique). Le prototype le plus complet de cette époque initiale est le ptocheion de Césarée de Cappadoce, fondé de 369 à 374 par saint Basile. Il pouvait héberger jusqu’à trois cents malades. Sous le règne de Justinien Ier (525-565), les fondations se multiplient. Leur administration est codifiée par une législation (Novelles) qui servira de modèle à l'Occident pendant des siècles. Une autre vague de fondations hospitalières caractérise le siècle des Comnènes dans l’Empire byzantin (1081-1185). L'organisation de ces hôpitaux influença certainement les pays qui eurent des contacts étroits avec cet empire : l'Occident chrétien d'une part et les Arabes d'autre part.

Dans l’Empire romain d’Occident et ce qui lui succédera, de nombreuses structures hospitalières sont créées à partir du ve siècle. Au cours des siècles de stagnation économique et démographique du haut Moyen Âge, les fondations hospitalières et les confréries charitables sont nombreuses dans l'Occident chrétien, mais les institutions sont de tailles modestes comparées à celles de l’Empire byzantin. Le rôle des pèlerinages n'est pas négligeable dans leur multiplication, et les hospices jalonnent les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, d’autres pèlerinages et les routes de Rome. Les ordres hospitaliers apparaissent au xe siècle, mais il faut attendre le xiie siècle pour que les agglomérations urbaines en croissance soient dotées de structures hospitalières plus importantes. Selon les directives du concile d'Aix-la-Chapelle de 816 (canons 142-143), les hôtels-Dieu flanquent la plupart des églises, cathédrales, grands bâtiments de style gothique... Certains ont subsisté jusqu'à nos jours (Angers, Tonnerre, Lübeck, Bruges, Beaune, etc.).

Salle des malades, hôtel-Dieu de Tonnerre

Photographie : Salle des malades, hôtel-Dieu de Tonnerre

Les établissements hospitaliers se multiplièrent aux XIIe et XIIIe siècles, associés à des structures religieuses, d'où le nom générique d'hôtel-Dieu. Ce cliché représente la salle des malades de celui de Tonnerre, bâti en 1295. La salle contenait plusieurs rangées de lits et... 

Crédits : L. Durand/ Archives départementales de l'Yonne

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Le monde islamique se construit et s'organise du viie au xiie siècle : après l'expansion maximale qui suit la mort de Mahomet en 632 et qui est arrêtée au milieu du viiie siècle, un système d'assistance évolué se développe dans les pays convertis à l'islam, reposant sur la contribution pour les pauvres du dixième du revenu (zakat) et la constitution de biens de mainmorte (waqf, habous, vakif). Dans toutes les villes, un centre social s'édifie, comprenant mosquée, hôpital, école théologique, bibliothèque, cuisines publiques, caravansérail et bain [...]

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Salle des malades, hôtel-Dieu de Tonnerre

Salle des malades, hôtel-Dieu de Tonnerre
Crédits : L. Durand/ Archives départementales de l'Yonne

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Hôpital de Bicêtre

Hôpital de Bicêtre
Crédits : Musée de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris/ F. Marin

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Plan de l’hôpital Lariboisière

Plan de l’hôpital Lariboisière
Crédits : BIU Santé/ Paris

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Hall de l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris

Hall de l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris
Crédits : Gilles Bassignac/ Gamma-Rapho/ Getty Images

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Écrit par :

  • : docteur en médecine, inspecteur général adjoint des Affaires sociales, expert de l'Organisation mondiale de la santé.

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Robert-Frédéric BRIDGMAN, « HÔPITAL (HISTOIRE DE L') », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hopital-histoire-de-l/