HONGRIE

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Nom officielHongrie (HU)
Chef de l'ÉtatJános Áder (depuis le 10 mai 2012)
Chef du gouvernementViktor Orbán (depuis le 29 mai 2010)
CapitaleBudapest
Langue officiellehongrois
Unité monétaireforint (HUF)
Population9 672 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)93 023

La littérature hongroise

La nostalgie d'une tradition

Si puissant que fut le royaume de Hongrie du xie au xvie siècle, depuis saint Étienne, apôtre du pays, jusqu'au règne des Turcs et des Habsbourg, on doit parler avec prudence d'une littérature médiévale, qu'elle soit en latin ou en hongrois, et l'on n'ose pas la comparer aux grandes littératures occidentales.

L'Oraison funèbre (1228), un des premiers monuments de l'ancienne langue hongroise ; quelques chroniques en latin, dont la première, celle de l'Anonyme, est l'œuvre d'un clerc ayant étudié à Paris ; un grand nombre de légendes, notamment à propos des saints et des saintes de Hongrie, comme celle du roi-chevalier saint Ladislas ou de la princesse Marguerite, fille de roi et religieuse ; beaucoup d'ouvrages d'édification, des chants religieux en latin et en hongrois (dont le plus beau, traduit du latin, une Lamentation de Marie, est en même temps le premier poème lyrique en langue hongroise), tel est l'essentiel de ce qui reste de la littérature hongroise d'avant le xve siècle. Dans cet héritage respectable et digne surtout de l'attention des érudits, à peine quelques traces modestes d'une poésie profane, épique ou lyrique. Aux confins du Moyen Âge et d'une brève Renaissance au xve siècle se détache la figure du poète-évêque Janus Pannonius qui, ayant vécu longtemps à Ferrare, fut lié aux milieux humanistes italiens. Il est, avec ses odes, ses élégies et ses épigrammes, un poète typique de la littérature néo-latine et un exilé dans son propre pays, car il gardera toujours son amour de la terre et de la culture italiennes. Jusqu'à la fin du xviiie siècle, pour se faire entendre des étrangers, les meilleurs savants hongrois, géographes, linguistes, historiens, écrivent en latin ; et si le latin ralentit l'évolution vers une littérature nationale propre, il fut néanmoins la seconde langue des lettrés, qui relia le pays à la civilisation européenne.

Au xixe siècle, les historiens de la littérature et même les écrivains romantiques ont fait des efforts émouvants pour retrouver soit les fragments, soit les preuves d'existence de chants héroïques ou d'une épopée nationale dans les chroniques du Moyen Âge et dans les vieilles ballades populaires, dont quelques-unes sont aussi belles que celles des Serbes ou des Écossais. Le résultat est mince, mais on doit cependant à ces recherches et à ces illusions la floraison tardive et considérable d'une poésie épique du xixe siècle qui puise ses sujets et ses décors dans un fonds à la fois mythique et historique, autour d'Árpád et d'Attila comme Zalán futása (La Fuite de Zalán, 1825) du poète Mihály Vörösmarty ou Buda halála (La Mort de Bude, 1864), chef-d'œuvre épique de János Arany, le maître, jusqu'à ce jour, de la poésie hongroise.

On peut également citer la légende de sainte Marguerite, transposée en un roman par Géza Gárdonyi ou chantée dans une belle élégie par le poète Endre Ady, au début du xxe siècle.

L'éclosion d'une littérature nationale

Une époque tourmentée

La littérature hongroise nationale et vraiment vivante ne prend le départ qu'au xvie siècle, l'une des périodes les plus malheureuses, mais aussi les plus intenses de la Hongrie. Les Turcs s'installent pour cent cinquante ans au milieu même du pays. De leur résidence de Vienne, les Habsbourg tiennent toute la partie ouest de la Hongrie ; ils luttent contre les Turcs aussi bien que contre les princes hongrois de Transylvanie qui, dans la mouvance turque, maintiendront pendant des siècles la conscience nationale, la langue et les traditions. En outre, ces trois Hongries sont éprouvées par les guerres de religion, entre catholiques fidèles à Vienne, luthériens et calvinistes répandus partout, mais surtout en Transylvanie, où ils sont en butte à leur tour aux sociniens et aux sabbataires.

Luttes politiques, conflits militaires incessants et polémiques religieuses pendant presque deux siècles insufflent aux écrits du temps – pamphlets, chroniques, chants historiques, œuvres satiriques, poésie lyrique – une vivacité, une ardeur combative qu'on sent encore aujourd'hui à travers leur écorce rugueuse, à travers leur langage noueux et leur logique passionnée. Si, au cours du Moyen Âge, seuls les clercs maintenaient dans les couvents une vie spirituelle, limitée, certes, et unilatérale, l'attachement au sol natal et à la foi héritée ou librement choisie mobilisa ensuite toutes les couches de la population, les nobles et les serfs aussi bien que les soldats et les missionnaires. Le type dominant de ces siècles ne sera plus le clerc anonyme, mais le savant itinérant : d'abord humaniste érasmien au xvie siècle, puis théologien protestant ou catholique, traducteur, imprimeur, philosophe ou pédagogue qui fréquente les grandes universités de l'Europe et rentre ensuite au pays, dans son école ou son presbytère, pour répandre ses connaissances bien que, faute de champ d'action ou de circonstances favorables, il réside souvent en exil, pour mieux s'instruire et aussi garder plus pure sa nostalgie du pays natal. On doit à ce milieu la première traduction complète de la Bible (1590), encore aujourd'hui l'une des sources du langage poétique hongrois, et une version des Psaumes sur le modèle du texte de Théodore de Bèze et de la musique de Claude Goudimel, toujours utilisée dans les temples protestants de Hongrie. L'un des psaumes, traduit au xvie siècle, sera connu dans le monde entier grâce au Psalmus Hungaricus du compositeur Zoltán Kodály.

Les chants pieux et les chansons militaires, les contacts réitérés avec l'Orient et l'Occident vont féconder l'imagination du premier poète lyrique, Bálint Balassi (1554-1594). Soldat, aventurier et patriote, nature violente, amoureux des femmes, de la nature, il chante comme Ronsard, mais en plus sauvage, ses maîtresses et ses remords religieux, avec des images fraîches ou savantes, en des strophes recherchées, toujours adaptées à quelque air connu. Il créa une école poétique et une tradition lyrique restée vivante jusqu'au début du xxe siècle.

Les chants historiques inspirés par l'action militaire furent cristallisés, en plein xviie siècle, par le comte Miklós Zrínyi (1620-1664) dans La Zrinyiade. Élève du cardinal Péter Pázmány (1570-1637) – chef de la Contre-Réforme en Hongrie et créateur par ses œuvres apologétiques de la prose littéraire hongroise –, Zrínyi, chef militaire notoire, ennemi farouche des Turcs et des Habsbourg, était aussi un fervent admirateur du Tasse et de Virgile. Il improvisa dans sa retraite hivernal [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : professeur à l'université de Londres (Royaume-uni)
  • : professeur honoraire à la faculté des lettres de Budapest
  • : directeur de recherche au C.N.R.S.
  • : chargée de cours à l'Institut d'études européennes de l'université de Paris-VIII, analyste-rédactrice aux éditions de la Documentation française
  • : directrice d'études à l'École des hautes études en sciences sociales
  • : professeur des Universités

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Pour citer l’article

Jean BÉRENGER, Lorant CZIGANY, Albert GYERGYAI, Pierre KENDE, Edith LHOMEL, Marie-Claude MAUREL, Fridrun RINNER, « HONGRIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hongrie/