HOMÉOSTASIE

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Les références du concept d'homéostasie

Les références de ce concept d'homéostasie sont multiples. On peut citer les postulats de la thermodynamique, l'état stationnaire, la finalité cybernétique, l'évolution.

C'est par rapport aux postulats de la thermodynamique que se manifeste la « singularité du vivant ». Par le jeu des dégradations et des régulations, le système biologique apparaît comme une zone irrégulière de surdétermination, où le phénomène banal d'entropie croissante se trouve entraîné dans une dynamique originale et hypercomplexe. « L'équilibre du vivant, c'est un pseudo-équilibre dynamique d'une multitude de déséquilibres naturellement compensés » (J. Piaget).

La notion d'état stationnaire (steady state), ou d'équilibre dynamique, est absolument essentielle. Un exemple simple peut fixer les idées. Soient les deux plateaux d'une balance : sur un plateau on met une tare constante, et sur l'autre un bocal d'eau tel que l'équilibre est obtenu. Si l'on munit le bocal d'un orifice par où il se vide, alors qu'on le remplit à la partie supérieure, on peut réaliser le même équilibre ; mais il est alors « dynamique », parce qu'il résulte du régime stable qui balance entrées et sorties de liquide dans le bocal. Ainsi, un état stationnaire n'implique nullement l'équilibre chimique ou thermodynamique (sauf si le système est fermé ; mais la plupart des systèmes biologiques sont ouverts).

Le système biologique tend à se donner les conditions optimales de son fonctionnement ; et il est difficile, dans cette perspective, d'éviter toute accusation de finalisme. On ne peut pas actuellement parler d'homéostasie sans faire référence à la cybernétique : le mécanisme à rétroaction négative (negative feed back) est essentiel pour dresser un modèle, au moins conceptuel, des phénomènes de régulation dans l'organisme.

La problématique biologique est celle de la genèse, de la permanence et de l'évolution de structures particulières a priori improbables.

La vie n'est pas un processus markhovien : l'histoire, le passé jouent un rôle. Le système biologique donné n'est pas seulement une structure actuelle d'espace-temps, il existe une « historicité biologique ». Toutes ses propriétés structurales et fonctionnelles ne s'expliquent que comme l'aboutissement actuel du passé évolutif d'une lignée issue des étapes successives des différenciations qui ont jalonné l'histoire de la vie. « C'est dire que si le secret du fonctionnement du vivant se trouve dans sa structure, le secret de sa structure se trouve dans la logique qui a présidé à son élaboration, à l'ordre de grandeur temporel des temps de la paléontologie » (J. Piaget).

Pour survivre, l'organisme doit nécessairement se tenir en équilibre chimique, alimentaire, thermodynamique, avec le milieu. Tout changement de ce dernier déclenche une adaptation appropriée de l'être vivant, qui jouit ainsi de la faculté de maintenir à la fois l'équilibre de son milieu interne et celui de ses rapports avec le monde extérieur. Cette survie permet à l'individu, d'une part de se reproduire, et peut-être même de subir les différentes modifications, bases de l'évolution ; d'autre part de manifester, au moins en ce qui concerne l'homme, son action sur le monde extérieur par son activité technique, scientifique et spirituelle. « Il faudra tôt ou tard que la biologie nous aide à comprendre comment les structures logicomathématiques sont possibles et comment elles s'adaptent de façon efficace au milieu extérieur » (J. Piaget).

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Mécanisme d'homéostasie rétroactif

Mécanisme d'homéostasie rétroactif
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Régulateurs du tonus des centres vaso-moteurs et adrénalino-sécréteurs

Régulateurs du tonus des centres vaso-moteurs et adrénalino-sécréteurs
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  • : professeur agrégé à la faculté de médecine de Paris

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Pour citer l’article

Jack BAILLET, « HOMÉOSTASIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/homeostasie/