PSYCHOLOGIE HISTOIRE DE LA

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Une diversification des approches : l’émergence de nouveaux courants

Le tournant du xxe siècle est une période charnière. Le mouvement psychologique s’internationalise et de nouvelles figures de la psychologie apparaissent qui vont marquer une époque. En Allemagne, la psychologie est dominée par l’école de Wundt qui considère que les processus mentaux sont complexes par nature. Désignant par les termes « éléments psychiques » les composés de ces complexes, il considère qu’il en existe deux types – les sensations et les sentiments –, et qu’ils possèdent chacun les déterminants de qualité et d’intensité. La tâche de la psychologie expérimentale de Wundt est d’étudier les combinaisons de ces éléments ; les plus simples étant les perceptions formées par association d’une combinaison plus ou moins complexe de sensations. Les mécanismes d’association sont habituellement de nature automatique, mais peuvent être de nature active lorsque des processus aperceptifs sont déclenchés par l’attention. C’est un élève de Wundt, le psychologue anglais Edward Bradford Titchener (1867-1927), qui importera aux États-Unis le mouvement structuraliste allemand. Partisan d’une approche expérimentale stricte de nature descriptive, Titchener amendera la psychologie élémentariste de Wundt sur plusieurs aspects et ignorera notamment sa Völkerpsychologie destinée à étudier les processus mentaux supérieurs. Des sociétés de psychologie expérimentale au sens strict seront ainsi créées aux États-Unis sous l’égide d’Edward Bradford Titchener et en Allemagne sous l’égide de Georg Elias Müller (1850-1934).

En Allemagne, la psychologie de Wundt et de ses émules commence cependant à s’essouffler et de nouveaux courants apparaissent. Le premier d’entre eux est celui de l’école de Würzburg, qui emprunte beaucoup aux écrits de Binet, qu’un de ses élèves, Victor Henri (1872-1940), contribue au début des années 1890 à faire connaître, notamment au laboratoire de Wundt à Leipzig où officie Oswald Külpe (1862-1915). Nommé ultérieurement professeur à Würzburg, Külpe va s’entourer de collaborateurs de renom dont Karl Marbe (1869-1953) et Karl Bühler (1879-1963), qui vont s’intéresser à l’étude expérimentale de la pensée en utilisant la méthode d’introspection expérimentale. Cette école déclarait trop étroites les limites de l’associationnisme et affirmait l’existence d’un contenu de pensée irréductible à la sensation, et d’une activité psychique plus complexe que le mécanisme des associations. Le second courant est celui de la fameuse école de la Gestalt (psychologie de la forme). Christian von Ehrenfels (1859-1932) fut le premier à parler des « qualités de forme » en les distinguant des sensations. Ainsi, la perception n’est pas seulement un composé de sensations élémentaires comme le pensaient les psychologues de l’époque. Par exemple, en écoutant une musique jouée sur un instrument, on perçoit non seulement les notes particulières dont elle est composée, mais également une impression spéciale, qui n’est pas un ton parmi d’autres, qu’on appelle la mélodie et qui représente la forme de la musique. Le débat portera sur l’émergence de la forme, certains auteurs, tels ceux de l’école de Graz, notamment Alexius Meinong (1853-1920) et Vittorio Benussi (1878-1927), affirmeront qu’elle est issue d’un acte de production du sujet via les sensations élémentaires, alors que d’autres psychologues allemands, appartenant à l’école de Berlin, soutiendront l’idée d’une donnée primitive. L’école gestaltiste de Berlin était constituée d’un groupe de psychologues dont les leaders étaient Max Wertheimer (1880-1943), Kurt Koffka (1886-1941), Wolfgang Köhler (1887-1967) et Kurt Lewin (1890-1947). C’est contre la doctrine associationniste qui pose les sensations à la base de la vie psychique que va s’ériger la psychologie de la Gestalt. Pour les gestaltistes, les éléments de base de la vie psychique sont constitués par des formes et non des sensations. Comme les formes résident surtout dans la stimulation elle-même, les gestaltistes étudieront les diverses lois de structuration perceptive, dont la loi de bonne forme et les diverses lois de gro [...]

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Les Quatre Tempéraments, Livre des barbiers-chirurgiens de la ville d’York

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Une leçon clinique à la Salpêtrière, A. Brouillet

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Écrit par :

  • : professeur de psychologie, université de Paris-V-René-Descartes

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Pour citer l’article

Serge NICOLAS, « PSYCHOLOGIE HISTOIRE DE LA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/histoire-de-la-psychologie/