HÉSIODE (VIIIe-VIIe s. av. J.-C.)

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Un poète révolutionnaire ?

Alors que la Théogonie se développe comme une louange rituelle de la souveraineté exercée par Zeus, Les Travaux et les jours (Ἐργα καὶ Ἡμέραι), composés par le même poète inspiré, renferment quelques-unes des paroles les plus violentes que l'on ait, en Grèce, jetées à la face des rois « mangeurs de présents ». Dans cette œuvre qui s'adresse à son frère Persès, un pauvre diable, cultivateur comme lui, Hésiode parle à la première personne et sur un ton qui évoque les prophètes d'Israël. Il interpelle les « rois de Thespies », il les accuse de se laisser corrompre, de commettre l'injustice et de cultiver les sentences torses : à Thespies, le droit, c'est la force, et c'est le peuple qui paie pour la folie de ses rois.

À l'image d'une humanité abandonnée aux forces de la démesure, de l'hubris, Hésiode oppose le règne de la Justice, de la dikè, en même temps qu'il enseigne le calendrier agricole, fixant pour chaque tâche le temps et le mode de son accomplissement. Ce poème d'Hésiode serait incompréhensible s'il n'était situé dans le contexte social et économique de la crise agraire qui rend si vive la hantise de la faim dans la Béotie du viiie siècle finissant. L'âge d'Hésiode est marqué par une série de mutations qui conduisent à l'état de dépendance absolue des petits paysans à l'égard des puissants et des nobles. La grande famille paysanne (joint family) se désagrège ; les pratiques successorales engendrent le morcellement des petites propriétés qui sont désormais insuffisantes pour nourrir même une famille restreinte ; le paysan trop pauvre doit recourir à l'emprunt auprès des voisins plus riches ; la société paysanne est soumise à l'endettement qui, dans une économie prémonétaire, prend la forme de rapports de clientèle et conduit à l'accaparement par les riches des terres de leurs « clients » ; la faim et la mendicité s'installent en permanence dans la maison du paysan d'Ascra.

On peut dès lors se demander si le poème d'Hésiode, par la violence de ses attaques contre les puissants et les rois de Thespies, n'est pas le premier symptôme [...]


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Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses)

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Pour citer l’article

Marcel DETIENNE, « HÉSIODE (VIIIe-VIIe s. av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/hesiode/