MARCUSE HERBERT (1898-1979)

Vers la « pensée négative »

Une lente maturation a préparé les œuvres qui ont caractérisé son action philosophique et politique. Il a déjà cinquante-huit ans quand il publie Éros et civilisation, son premier livre « marcusien » ; soixante-six ans, quand paraît L'Homme unidimensionnel, manifeste de sa « théorie critique ». Dans les années qui suivent la guerre de 1914-1918 et la révolution bolchevique de 1917, inscrit au parti social-démocrate avant de le quitter après l'assassinat de Rosa Luxemburg, il est l'étudiant de Husserl et de Heidegger, avec lequel il prépare sa thèse sur L'Ontologie de Hegel et le fondement d'une théorie de l'histoire. Il acquiert une technique pour articuler ses questions, et une position d'où se faire entendre. Ce sera toujours un professionnel, aimant le travail bien fait et, paradoxe, redoutant les foules qui le cherchent. Il restera aussi un professeur, « le dernier professeur allemand », dit André Gorz, mais attentif et lié à la vie socio-politique, et bientôt marxiste, pour la vie, bien que sans adhérer au Parti communiste.

Il n'entre qu'en 1932 à l'Institut de recherches sociales de Francfort, dit École de Francfort, fondé en 1923 et dirigé depuis 1931 par Max Horkheimer. Mais il doit quitter l'Allemagne pour Genève (1932), Paris (1933), puis New York (1934), avec l'Institut. Les étapes de l'exil qui l'amène à enseigner tour à tour aux universités Columbia, Harvard et Brandeis comme professeur de philosophie et de science politique resserrent ses liens avec les autres exilés du groupe. En 1936, il publie avec Theodor Adorno les Études sur l'autorité et la famille. Son dernier livre, La Dimension esthétique (1977), reste très marqué par Adorno. La fidélité est un trait de Marcuse. Il doit beaucoup de ses idées centrales à Horkheimer aussi et, au seuil d'Éros et civilisation (1954), il affiche cette dette philosophique et amicale : « En ce qui concerne ma position théorique, j'en suis redevable à mon ami Max Horkheimer et à ses collaborateur[...]


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  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Michel de CERTEAU, « MARCUSE HERBERT - (1898-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 octobre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/herbert-marcuse/