MILLER HENRY (1891-1980)

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Le choix d'écrire

Henry Miller est né de parents américains d'origine allemande en 1891, à Yorkville, quartier de New York où son père était tailleur. Quelques années plus tard, la famille déménage à Brooklyn. La rue devient alors le domaine du jeune Henry et il connaît une enfance assez turbulente mais, semble-t-il, heureuse, qu'il célèbre dans plusieurs livres, surtout dans Printemps noir (Black Spring, 1936) qu'il préface ainsi : « Ce qui ne se passe pas en pleine rue est faux, c'est-à-dire littérature. »

Il ne fait aucune étude particulière ; il fréquente le collège, c'est tout. Vers l'âge de seize ans, il connaît un premier amour... malheureux. Il y voit lui-même la cause première du destin singulier de sa vie, ainsi qu'il le raconte dans Tropic of Capricorn (1939). Il avoue avoir pris la fuite, « avoir préféré se punir », dit-il. « Si seulement j'avais dit le mot qu'il fallait, je suis sûr qu'elle aurait laissé tomber l'autre » (son fiancé). « Étrange histoire... masochisme pur », continue-t-il.

C'est pour aller vivre avec une femme de presque vingt ans son aînée qu'il quitte la maison paternelle, où il n'a jamais connu l'affection. À cette même époque, au cours d'un voyage dans l'Ouest, il fait la connaissance d'Emma Goldman, l'anarchiste célèbre. Elle lui ouvre tout un monde, dit-il lui-même : Nietzsche, Bakounine, Strindberg, Ibsen.

Les influences qui ont formé l'écrivain sont très hétéroclites. On veut toujours faire une sorte de généalogie qui, passant par D. H. Lawrence et W. Whitman, remonterait jusqu'aux transcendantalistes américains, tels R. Emerson, H. Thoreau, mais Miller ne se laisse pas capter ainsi. S'il est dans la tradition, c'est bien plutôt dans cette seule et unique – si typiquement américaine – du self-made man, l'autodidacte en tout. Il en fait état, d'ailleurs, dans Les Livres de ma vie (The Books in My Life, 1952), où l'on voit qu'il va tout aussi aisément de Knut Hamsun à Dostoïevski, de Cendrars à Giono que de Keyserling à Élie Faure. Tandis qu'il avoue n'avoir jamais lu Melville et ne pas avoir la moindre envie de le faire. Et ceux qu'on appelle les classiques le rebutent tout autant que la plupart de ses contemporains.

En 1917, Miller se marie une première fois ; c'est un échec avant même que cela ne commence : « ...Lorsque enfin je l'épousai, je me foutais éperdument d'elle », dit-il dans Le Monde du sexe (The World of Sex, 1940). Il ne connaîtra ainsi, au cours de sa vie, pas moins de cinq mariages. Mais une seule femme semble vraiment compter dans sa vie : June Edith Smith, qu'il rencontre dans un dance palace de Broadway en 1923. Il l'épouse l'année suivante et, quoique leur vie commune n'ait duré que sept ans, on peut dire qu'elle est présente dans tous ses livres. C'est elle la femme-dieu, la femme-vampire, la Mona-Mara des Tropiques et de Crucifixion en rose (The Rosy Crucifixion, Sexus, 1949). C'est durant son union avec elle qu'il quitte son emploi de gérant du personnel de la Western Union, après en avoir connu tant d'autres depuis l'âge de vingt ans, et qu'il fait le vœu « de ne plus jamais travailler pour personne ». Il jure de devenir écrivain ou d'en crever. Il tiendra son serment. Et c'est peut-être l'élément le plus important, aussi bien de sa vie que de son œuvre : ce besoin de liberté absolue, cette incapacité chronique de supporter quelque contrainte que ce soit. Il ne s'agit pas que de contraintes sociales ou morales ; même dans le domaine de la lecture ou de l'écriture, il lui faut tout revoir et tout refaire par lui-même. Son premier livre publié, ce fameux Tropic of Cancer (1934) est effectivement une œuvre d'auto-libération : « Ceci n'est pas un livre [...]. C'est une insulte sans fin, un crachat à la face de l'art, un coup de pied aux fesses de Dieu, la Destinée, l'Amour, la Beauté. » Il y dit aussi : « Qui peut avoir le moindre respect pour ces gouvernements, ces lois, ces codes, ces principes, idées et idéaux, totems et tabous d'aujourd'hui ? »

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TROPIQUE DU CANCER, Henry Miller - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Michel FABRE
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Le premier et le plus connu des ouvrages de Henry Miller (1891-1980), Tropique du Cancer , parut à Paris en 1934, grâce à l'aide de la femme de lettres américaine Anaïs Nin. L'auteur avait quarante ans, était marié et père de famille. Il aurait pu appartenir à la génération littéraire de Dos Passos et de Steinbeck si le contenu sexuel du livre n'avait pas différé jusqu'en 1961 sa publication aux […] Lire la suite

Pour citer l’article

Gérald ROBITAILLE, « MILLER HENRY - (1891-1980) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-miller/