BAUCHAU HENRY (1913-2012)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Apprentissage de la transformation

Fille du xxe siècle, la vie de Henry Bauchau s'ouvre au seuil de la Première Guerre mondiale qui met fin à la « Belle Époque » de sa classe d'origine et voit l'enfant séparé de ses parents au moment du repli de l'armée belge sur Anvers. En compagnie de ses grands-parents, il survit à l'incendie de Louvain perpétré par les troupes allemandes, dont il donnera une saisissante évocation dans son premier roman, La Déchirure (1965). Il ressent douloureusement le fait que son père ne soit pas revenu en héros du front de l'Yser. Cette blessure symbolique inspirera Le Régiment noir (1972), roman dans lequel il dote son père d'un destin mythique. Il y inscrit également son rapport à l'écriture, comme sa position par rapport à l'héritage industriel familial – héritage qui est celui de l'Occident conquérant des derniers siècles.

Sur le traumatisme de 1914-1918, l'écrivain est encore revenu dans En noir et blanc (2005). Il y souligne sa perception de la « présence étrangère » et du « petit pays menacé » dans sa substance même par des voisins jadis « admirés », devenus des « barbares » qui l'obligent non seulement « à découvrir le monde dans la haine » mais l'installent de force dans une « Babel » périlleuse. L'arrogance d'une langue qui ne donnait que des ordres, comme la menace d'annexion de la Belgique est tout à l'opposé de « la diversité que souhaitaient les gens de chez nous. Nous pressentions pourtant qu'il y avait aussi une espérance dans l'unité mais nous ne pouvions la reconnaître sous le masque de la force. J'avais peut-être découvert, dans de brefs mouvements intérieurs ou dans un dévoilement inattendu de la nature, la présence d'une unité bien différente de celle que les autres voyaient en moi ». Ces hantises, qui se retrouvent dans l'œuvre – explicitement dans Le Régiment noir, et en référence aux menaces de la langue et de la force, dans Œdipe sur la route (1990), ne sont pas étrangères à certains des problèmes rencontrés par Bauchau lorsqu'il se voulut homme d'action dans l'Histoire.

Le jeune homme de bonne famille se délivre du c [...]

1 2 3 4 5

pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages




Écrit par :

  • : directeur des Archives et du musée de la Littérature, Bibliothèque royale Albert-Ier, Bruxelles

Classification


Autres références

«  BAUCHAU HENRY (1913-2012)  » est également traité dans :

ANTIGONE (H. Bauchau) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Aliette ARMEL
  •  • 1 312 mots
  •  • 1 média

Dès « L'Archer », poème écrit en 1950, Henry Bauchau évoquait le « roi sourd endormi dans le champ des rameurs, et l'aveugle écoutant à la proue des navires, le rêveur exilé de l'histoire du vent ». Cette image annonçait une patiente progression en compagnie d'Œdipe et d' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/antigone-h-bauchau/#i_89578

BELGIQUE - Lettres françaises

  • Écrit par 
  • Marc QUAGHEBEUR, 
  • Robert VIVIER
  •  • 17 541 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « De la belgitude à la belgité ? »  : […] Cette perception du monde et de soi a bien sûr trouvé chez Pierre Mertens des transcriptions romanesques plus qu'intéressantes. Ainsi peut-on tout d'abord interroger Une paix royale (1995). Ce livre voit le jour après le bref et pur roman d'amour crypté que sont Les Lettres clandestines (1990), une fiction qui va de pair, dans le temps, avec la parutio […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/belgique-lettres-francaises/#i_89578

Pour citer l’article

Marc QUAGHEBEUR, « BAUCHAU HENRY - (1913-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 juillet 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-bauchau/