BERNARDIN DE SAINT-PIERRE HENRI (1737-1814)

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Une culture humaniste, puis l'École royale des ponts et chaussées

Bernardin de Saint-Pierre reçoit sa première instruction des prêtres diocésains du collège du Havre dont le programme est proche de la Ratio studiorum de la Compagnie de Jésus. Ensuite, il continue ses études chez les jésuites de Caen puis de Rouen. Parallèlement à l'enseignement du collège de Rouen, il suit à l'Académie royale des sciences, belles-lettres et arts les cours de dessin du peintre Jean-Baptiste Descamps et ceux de mathématiques.

L'éducation jésuite impliquait un appui sur l'humanisme littéraire des Latins et sur l'œuvre d'Aristote christianisée par Thomas d'Aquin. La vision participative de l'univers que Bernardin de Saint-Pierre présentera plus tard dans les Études et les Harmonies n'est pas étrangère à celle de la Somme contre les Gentils, achevé en 1264. Mais l'enseignement des jésuites, s'il privilégiait un humanisme contemplatif, n'excluait pas l'action. La théologie naturelle de Bernardin de Saint-Pierre est également fondée sur des informations géographiques dont les éléments et l'art de les mettre en scène doivent directement au programme d'un ordre ayant en charge la préparation des cadres de l'armée. L'énergie missionnaire des membres de la Compagnie, leur art de théâtraliser les idées offraient aux collégiens l'enthousiasme d'une vision lyrique et optimiste dont l'écrivain paraît s'être souvenu. Cependant, l'œuvre de Bernardin de Saint-Pierre n'est pas uniquement portée par l'éducation jésuite. L'École de dessin de l'Académie de Rouen fut une école du regard dont se souviennent les pages descriptives des Études et des Harmonies, et peut-être plus encore celles des mémoires d'ingénieur rassemblés par L.-Aimé Martin sous le titre de Voyages en Hollande, en Pologne et en Russie dans la première édition des œuvres complètes, ou encore le Voyage à l'île de France, à l'île Bourbon, au Cap de Bonne-Espérance, etc., avec des observations nouvelles sur la nature et sur les hommes, par un officier du roi.

Le séjour de Bernardin de Saint-Pierre à Rouen s'achève en 1758, année où il intégra, à Paris, l'École royale des ponts et chaussées. Celle-ci est alors dirigée par un proche de Descamps, Jean-Rodolphe Perronnet. Bernardin de Saint-Pierre y séjourne peu puisque, en 1760, il est recruté comme ingénieur géographe par le département de la Guerre pour la campagne de Westphalie. Son œuvre témoigne néanmoins de la philosophie des ingénieurs des Ponts : unifier l'espace, accroître la circulation des biens, participer au développement de l'agriculture par l'amélioration et l'extension des voies commerciales. Pour un élève formé à la vision de Thomas d'Aquin, la mise en relation des hommes par le désenclavement des terres pourrait ressembler à une extension de la participation universelle. C'est du moins ce que donnent à penser les


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  • : docteur ès lettres, maître de conférences à l'Institut universitaire de formation des maîtres de l'Académie de Rouen

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Pour citer l’article

Gabriel-Robert THIBAULT, « BERNARDIN DE SAINT-PIERRE HENRI - (1737-1814) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henri-bernardin-de-saint-pierre/