HÉMORRAGIES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Mécanisme de l'hémostase

On désigne sous le nom d'hémostase l'ensemble des phénomènes grâce auxquels l'organisme obtient l'arrêt d'une hémorragie. La formation d'un caillot au niveau d'une brèche vasculaire représente un mécanisme de défense indispensable à la vie ; elle se distingue de la thrombose (formation de caillot intravasculaire), qui, par suite d'embolie, met la vie en danger.

Pour que l'hémostase ne dépasse pas son but et n'aboutisse pas à une thrombose extensive, intervient l'équilibre très complexe entre les facteurs coagulants d'une part, les inhibiteurs de la coagulation et les facteurs de lyse (c'est-à-dire de dissolution du caillot) d'autre part.

L'hémostase se déroule en plusieurs temps, qui d'ailleurs s'imbriquent : temps vasculaire et temps plaquettaire constituant l'hémostase primaire, temps plasmatique, constituant l'hémostase secondaire.

Temps vasculaire

La lésion d'un vaisseau provoque une rétraction (pour les capillaires et veinules) ou une vasoconstriction (dans le cas des artères), ce qui aboutit à une réduction du calibre vasculaire. Cela a pour effet de ralentir le débit sanguin et de favoriser la formation du « thrombus blanc ».

Temps plaquettaire

Les plaquettes sanguines (ou thrombocytes) sont des corpuscules de deux à quatre microns contenus dans le sang. Ils sont dépourvus de noyau, mais contiennent des granulations azurophiles. Lorsque le collagène tissulaire est mis à nu par la rupture de l'endothélium vasculaire (couche monocellulaire non « mouillable » qui tapisse l'intérieur des vaisseaux), les plaquettes y adhèrent et s'agrègent entre elles pour former un amas qui obstrue la brèche vasculaire : c'est le « clou plaquettaire » de G. Hayem ou « thrombus blanc ». Cette agrégation entre les plaquettes est due essentiellement à la libération d'ADP (adénosine diphosphate), qui provient des cellules vasculaires lésées et des plaquettes elles-mêmes. Le bouchon formé est d'abord, ainsi qu'une éponge, perméable au sang. Sa contraction, liée à l'action d'une substance contractile (appelée thrombosthénine), contenue dans les plaquettes, assure son imperméabilisation et l'arrêt momentané du flux sanguin local.

Au sein de cet amas, les plaquettes perdent leur contour : c'est la « métamorphose visqueuse » ; elles libèrent alors des produits actifs tels que la sérotonine (5-hydroxytryptamine) vasoconstrictrice, et du facteur dit no 3 intervenant dans la coagulation.

L'adhésion des plaquettes au collagène du sous-endothélium nécessite la présence d'un facteur absent dans la maladie dite de Willebrand, ainsi qu'une structure normale des glycoprotéines de la membrane plaquettaire, lesquelles sont désormais bien définies. L'agrégation plaquettaire fait intervenir, outre l'ADP déjà mentionné, la thrombine et le système des prostaglandines.

Les prostaglandines sont des acides gras insaturés donnant rapidement naissance à des dérivés de l'acide arachidonique. Deux d'entre eux jouent un rôle important dans l'hémostase primaire : le thromboxane A2, agrégant plaquettaire, qui provient de la membrane plaquettaire, la prostacycline (ou PGI2) synthétisée par l'endothélium vasculaire, qui s'oppose à l'adhésion et à l'agrégation des plaquettes à la paroi vasculaire. Ces deux substances antagonistes jouent un rôle important. C'est ainsi que les médicaments à visée antithrombotique, telle l'aspirine, inhibent la formation du thromboxane A2, et a donc une action anticoagulante tandis que la prostacycline injectée par voie intraveineuse est susceptible de s'opposer à la coagulation intravasculaire.

Temps plasmatique

Le temps plasmatique constitue la coagulation proprement dite ; elle aboutit à la formation d'un « thrombus rouge » ou caillot de fibrine enserrant dans ses mailles les globules rouges. Elle fait intervenir de très nombreux facteurs numérotés de I à XIII par le Comité international de nomenclature (voir tableau). Tous ces facteurs sont des protéines.

Facteurs de coagulation

Tableau : Facteurs de coagulation

Les facteurs de coagulation. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Selon le schéma proposé par Morawitz en 1905, la fibrine se forme à partir d'un précurseur soluble, le fibrinogène, grâce à l'action de la thrombine ; celle-ci dérive d'un autre précurseur, la prothrombine :

Dans ce qui suit, on étudiera brièvement les différents stades de la séquence aboutissant à la fibrine.

Thromboplastinoformation

La transformation de la prothrombine en thrombine fait interven [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 7 pages

Médias de l’article

Coagulation sanguine

Coagulation sanguine
Crédits : Planeta Actimedia S.A.© Encyclopædia Universalis France pour la version française.

vidéo

Facteurs de coagulation

Facteurs de coagulation
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Coagulation du sang

Coagulation du sang
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Système fibrinolytique

Système fibrinolytique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Afficher les 4 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur d'hématologie, directeur du Centre national de transfusion sanguine

Classification

Autres références

«  HÉMORRAGIES  » est également traité dans :

ABDOMEN

  • Écrit par 
  • Claude GILLOT
  •  • 6 346 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Les syndromes vasculaires »  : […] Les syndromes vasculaires peuvent se ramener à trois variétés : la pancréatite aiguë hémorragique, l'infarctus intestinal, les hémorragies digestives de l'hypertension portale. La pancréatite aiguë hémorragique réalise une véritable autodigestion de la glande. On invoque un reflux biliaire dans le canal pancréatique principal (canal de Wirsung). Par suite les ferments pancréatiques sont activés ; […] Lire la suite

ANÉMIES

  • Écrit par 
  • Bruno VARET
  •  • 3 090 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Anémies par carence martiale »  : […] Elles sont différentes selon le contexte : – chez la femme réglée, c'est d'abord une cause gynécologique qu'il faut rechercher, et, si celle-ci est exclue, les étiologies sont les mêmes que dans le cas suivant ; – chez l'homme et chez la femme non réglée, rechercher d'abord un saignement digestif (dans l'ordre : estomac, côlon, grêle) ; sinon, malabsorption et, exceptionnellement, saignements vo […] Lire la suite

ANTICOAGULANTS

  • Écrit par 
  • Corinne TUTIN
  •  • 1 832 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Évaluer les risques du traitement »  : […] Le choix du « bon » anticoagulant est donc lié à l’évaluation du rapport entre risques et bienfaits. Tout médicament anticoagulant expose à des accidents hémorragiques – c’est cette caractéristique qui est justement utilisée dans la plupart des raticides. Les données des essais thérapeutiques ayant permis aux médicaments anticoagulants directs d’obtenir une autorisation de mise sur le marché euro […] Lire la suite

CANCER - Cancer et santé publique

  • Écrit par 
  • Maurice TUBIANA
  •  • 14 713 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Diagnostic et symptômes »  : […] L'histoire naturelle des tumeurs explique l'intérêt d'un diagnostic précoce afin de réduire la probabilité de dissémination métastatique car plus la tumeur est petite, plus les chances de guérison définitive, après un traitement locorégional, sont grandes. Un cancer peut se développer au niveau de n'importe quel tissu de l'organisme. Aussi les signes qui le feront suspecter ou découvrir varient-i […] Lire la suite

CHOC ÉTAT DE

  • Écrit par 
  • Geneviève LABORIT, 
  • Henri LABORIT, 
  • Jean PAUPE
  • , Universalis
  •  • 3 531 mots

Dans le chapitre « Caractères généraux »  : […] L'état de choc est caractérisé par l'association d'un état clinique et de profondes perturbations biologiques qui sont à la fois la conséquence d'une agression intense et prolongée et celle des mécanismes de défense de l'organisme, destinés pourtant à lutter contre cette agression, mais qui entraînent finalement des désordres graves indépendants de l'agression initiale. Le choc tel qu'on l'observe […] Lire la suite

ÉPISTAXIS

  • Écrit par 
  • François BOURNÉRIAS
  •  • 159 mots

Hémorragie prenant son origine au niveau de la muqueuse nasale : c'est le banal saignement de nez. Rarement dangereuse par son abondance, l'épistaxis peut être traumatique ou spontanée. L'épistaxis spontanée résulte souvent d'une fragilité capillaire localisée ; quoique parfaitement bénigne, elle peut cependant être à la fois symptôme et complication d'affections plus sérieuses. Celles-ci peuvent […] Lire la suite

FIÈVRES HÉMORRAGIQUES VIRALES

  • Écrit par 
  • Yannick SIMONIN
  •  • 4 738 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Symptômes généraux des fièvres hémorragiques virales »  : […] Les signes et symptômes spécifiques, ainsi que la gravité et la létalité de la maladie, varient selon le type de FHV. Néanmoins, ils incluent toujours un syndrome de maladie fébrile aiguë caractérisée notamment par une fièvre marquée, de la fatigue, des vertiges, des douleurs musculaires, une perte de force et un épuisement de l’organisme. Les FHV se signalent également par une augmentation de la […] Lire la suite

FOIE

  • Écrit par 
  • Jean ANDRE, 
  • Jacques CAROLI, 
  • Yves HECHT
  •  • 15 674 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Régulation de la circulation hépatique »  : […] Le foie dépend beaucoup de l'apport sanguin ; or, il n'en est maître que dans une faible mesure. Le débit sanguin à travers le foie est déterminé par des facteurs extrinsèques : à cet égard, « il se comporte comme un organe interposé dans un système de perfusion » (R. Brauer). Dans certaines circonstances, grâce à l'ampleur de sa vascularisation, le foie peut jouer un rôle de réservoir ; il amort […] Lire la suite

HANTAVIRUS

  • Écrit par 
  • Jean-François SALUZZO
  •  • 2 060 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Pathologie à Hantavirus chez l'homme »  : […] Chez l'homme, on distingue la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), qui sous sa forme sévère associe des hémorragies suivies d'un état de choc et une insuffisance rénale avec une mortalité de 10 à 15 p. 100. C'est principalement en Extrême-Orient que sont décrites ces formes cliniques, elles sont dues aux virus Hantaan et Séoul. On estime à 150 000 à 200 000 par an le nombre de FHSR ent […] Lire la suite

HÉMATÉMÈSE

  • Écrit par 
  • François BOURNÉRIAS
  •  • 217 mots

Vomissement de sang provenant du tube digestif, le plus souvent de l'estomac ou du bulbe duodénal. Son abondance peut mettre immédiatement la vie en danger et sa survenue nécessite toujours l'admission en milieu hospitalier où seront résolus au mieux les problèmes essentiels, tels que la recherche de l'origine exacte de l'hémorragie, la vérification de son origine digestive, l'appréciation de son […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

25-31 mai 2011 Allemagne. Épidémie meurtrière causée par « Escherichia coli »

), à l'origine du syndrome hémolytique et urémique – hémorragies dans le système digestif. Hambourg est le principal foyer de l'épidémie. D'autres cas seront signalés dans les pays voisins. Le 26, la Commission de Bruxelles met en garde contre la consommation de concombres espagnols, qui seraient l'un des vecteurs de transmission de la bactérie. Le 31, les autorités allemandes annoncent que les concombres importés d'Espagne ne sont pas responsables de l'épidémie. […] Lire la suite

12-26 mars 1985 Brésil. Maladie du président Tancredo Neves

Le 15, José Sarney, vice-président, prête serment à la place du président Neves et assure ensuite l'intérim tandis que la population brésilienne suit avec un grand désarroi l'évolution de la maladie du premier civil chef d'État depuis 1964 : le président Neves est à nouveau opéré le 20, puis transféré d'urgence, le 26, de Brasilia à São Paulo et opéré une troisième fois en raison d'hémorragies intestinales persistantes. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean-Pierre SOULIER, « HÉMORRAGIES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hemorragies/