KLEIST HEINRICH VON (1777-1811)

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Une existence errante

Kleist n'a pas encore onze ans quand meurt son père, capitaine de l'armée prussienne. Dans cette famille de grande aristocratie, son avenir est marqué d'avance : aussitôt après sa confirmation, à quinze ans, il entre comme caporal dans le régiment de la garde. Sa mère meurt à son tour quelques mois plus tard. On est alors en 1792 : c'est le début de la guerre contre la France révolutionnaire. Kleist est envoyé sur le Rhin ; il est présent lors de quelques escarmouches, et participe au siège de Mayence. Mais la carrière militaire n'est pas de son goût : il appelle de ses vœux le retour de la paix pour emplir le temps, écrit-il, par des « actions plus philanthropiques ». Le ciel l'exauce : la paix de Bâle le renvoie en Brandebourg. Et bientôt il demande son congé. Le lieutenant von Kleist l'obtient en 1799 ; on lui laisse entendre qu'il ne tardera pas à recevoir un emploi civil en échange. Élevé jusqu'alors par des précepteurs, il entre à vingt-deux ans et pour trois semestres à l'université de Francfort-sur-l'Oder, sa ville natale. Il y étudie les mathématiques, la physique, le droit naturel.

En 1800, Kleist se fiance à une jeune fille de l'aristocratie, Wilhelmine von Zenge. Installé pour quelque temps à Berlin, il échange avec elle une abondante correspondance. Lui qui hésitera toujours sur la conduite de son existence exige de sa fiancée qu'elle lui envoie son propre « plan de vie ». Il attend d'elle, écrit-il, une confiance absolue, une fidélité aveugle. Il se conduit vis-à-vis d'elle en pédagogue et en tyran. Au cours de l'été 1800 – il est fiancé depuis six mois environ –, Kleist part en voyage sous un nom d'emprunt en compagnie d'un ami. Le terme du périple est Würzburg ; le 9 septembre, il vit, dit-il, le « moment le plus important de sa vie ». Il écrit deux jours plus tard à Wilhelmine : « Ô chérie de mon cœur, oh ! si je pouvais te dire combien je suis heureux. Mais je n'en ai pas le droit. Sois heureuse, toi aussi. Mais brisons-là. Bientôt, bientôt, tu en sauras davantage. » Pourquoi tant de mystère ? Selon toute apparence, Kleist s'e [...]

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Claude DAVID, « KLEIST HEINRICH VON - (1777-1811) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 octobre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/heinrich-von-kleist/