SCHÜTZ HEINRICH

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Une longue vie au service de la musique

De Köstritz à Venise et Kassel (1585-1613)

Heinrich Schütz (Henricus Sagittarius, de son nom latinisé) naît le 14 octobre 1585 (selon Otto Brodde) à Köstritz, près de Gera (entre la Thuringe et la Saxe). En 1591, la famille s'installe à Weissenfels, où son père possède une auberge à l'enseigne « Zum Schützen ». Il apprend les premiers éléments de musique auprès du cantor Georg Weber et de l'organiste Heinrich Colander ; il devient rapidement soliste du chœur de garçons. En 1598, le landgrave Maurice de Hesse est frappé par sa belle voix et lui propose d'assurer son instruction à Kassel. Il suit des cours de musique, de mathématiques, de théologie, de grec, de latin et de français au Collegium Mauritianum ; il est aussi chanteur et instrumentiste et participe aux festivités de la cour ; il bénéficie d'une excellente éducation humaniste. En 1608, il entreprend des études de droit à Marbourg. L'année suivante, son protecteur lui accorde une bourse de séjour à Venise, où Giovanni Gabrieli lui enseigne, dès 1609, le contrepoint vocal et instrumental. Il est tenté par la musique profane et par le madrigal. Son opus 1, Il Primo Libro di Madrigali, paru en 1611, est déjà un chef-d'œuvre. En 1613, il revient à Weissenfels, puis reprend ses études de droit à Leipzig, où il rencontre Johann Hermann Schein, cantor de Saint-Thomas. Il accepte le poste de second organiste à Kassel et il est également chargé de l'éducation des enfants du landgrave. Il voyage et se produit à la cour du prince électeur de Saxe qui l'engage à Dresde, en 1614, comme maître de chapelle.

Dresde et Venise (1613-1628)

À trente-deux ans, Schütz est à la tête de la plus importante chapelle luthérienne d'Allemagne. En 1619, il s'est déjà affirmé avec ses Psalmen Davids. La guerre s'est déclarée en 1618. Il se marie, compose en 1623 son Auferstehungshistorie, suivie, en 1625, de ses Cantiones sacrae et, en 1627, de la tragi-comédie Dafne sur le texte de Martin Opitz, d'après la version d'Ottavio Rinuccini. En 1628-1629, il séjourne pour la seconde fois à Venise, où l'atmosphère s'est modifiée ; la tragédie lyrique – dans le sillage de Monteverdi – est à l'honneur. Il y poursuit ses recherches, qui se concrétisent dans les Symphoniae sacrae I (1629).

Les voyages à Dresde et au Danemark (1630-1672)

Schütz retourne à Dresde en 1630. Malgré les rivalités et les difficultés dues à la guerre, il s'efforce d'y maintenir une vie musicale. En 1633, il sollicite un congé et se rend au Danemark, qui avait retrouvé la paix. Dans l'entourage de Christian IV, il compose des œuvres de circonstance pour les noces du prince Christian IV avec Magdalena Sibylla de Saxe, la dernière fille de Johann Georg. En 1635, il rentre à Dresde et écrit ses Musikalische Exequien, « concert en forme de messe allemande » pour les obsèques du prince Heinrich Posthumus von Reuss, édités en 1636, la même année que ses Kleine geistliche Konzerte I (la seconde partie de ces Petits Concerts spirituels paraîtra en 1639). Il effectue son deuxième séjour au Danemark en 1637, revient en Allemagne en 1639 ; malade, il réside à Weissenfels. Lors de son troisième voyage à Copenhague, il occupe le poste de directeur général de la musique auprès de Christian IV. En 1646 et 1647, il entreprend de brefs voyages ; le traité de Westphalie est signé en 1648. Les conditions de travail s'améliorent ; la même année, il écrit sa Geistliche Chormusik ; en 1650, il publie la troisième partie des Symphoniae sacrae. Âgé, il se retire à Weissenfels ; sa santé laisse à désirer ; il s'adonne à la composition d'œuvres mystiques et liturgiques : les Zwölf geistliche Gesänge, la Weihnachtshistorie, et les Passions selon saint Luc, saint Matthieu et saint Jean ; puis, en 1671, il compose son Opus ultimum, le Deutsches Magnificat, à huit voix, le Psaume 119 (publié en 1984 dans le vol. XXXIX de la Neue Ausgabe sämtlicher Werke) et le Psaume 100. Il meurt le 6 novembre 1672, et est enterré sous le porche de l'ancienne Frauenkirche.

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-Sorbonne, professeur à l'Institut catholique de Paris, docteur ès lettres et sciences humaines

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Pour citer l’article

Edith WEBER, « SCHÜTZ HEINRICH », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/heinrich-schutz/