SCHLIEMANN HEINRICH (1822-1890)

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Un autodidacte de génie

Heinrich Julius Schliemann est né le 6 janvier 1822, à Neubukow dans le Mecklembourg (Allemagne). Avec ses six frères et sœurs, il passe son enfance dans un village plus petit encore, Ankershagen. Son père, pasteur, en a reçu la cure. Il la quitte après un scandale : une liaison avec sa servante, qu’il épouse, après la mort en couches de sa femme, en 1831. L’orphelin se console en regardant, dans un livre reçu en cadeau, une gravure montrant l’incendie de Troie et la fuite d’Énée. Élevé par son oncle, il est mis en apprentissage dans une épicerie de Fürstenberg. À l’aube de ses vingt ans, il veut gagner le Nouveau Monde. Mais, tel Candide, il est ballotté au gré des circonstances. À Rostock, il suit un cours de comptabilité. Il rejoint ensuite Hambourg ; là, il s’embarque pour le Venuezela, mais son navire fait naufrage sur les côtes hollandaises. À Amsterdam, il manque d’être enrôlé. Il est embauché en 1844 par la maison de commerce Bernard Henry Schroder & Cie.

L’employé de bureau comprend que le monde est régi par l’échange de signes. Il cultive son goût pour les chiffres et les langues. Maîtrisant l’anglais, le français, le portugais et l’italien, il se met au russe en traduisant Le Voyage de Télémaque de Fénelon. Il est envoyé à Saint-Pétersbourg, où il fait de bonnes affaires pour la firme qui l’emploie et pour lui-même. En 1849, il ouvre à Moscou une succursale de la maison de vente. Trois ans plus tard, il fonde une famille. Le mariage est malheureux, qu’importe. Ce spécialiste de l’indigo, indispensable pour les tenues des soldats russes, est devenu riche grâce à la guerre de Crimée.

Dès 1851, l’aventurier s’est rendu en Californie pour reprendre les intérêts de son frère décédé. Plutôt que d’exploiter une concession, il aide les chercheurs d’or dans leurs achats de matériel par des prêts à 12 p. 100 ! Revenu en Russie, Schliemann se lance sur le marché du coton, un trafic rentable depuis le blocus des ports américains, au début de la guerre de Sécession. Sorti victorieux de poursuites judiciaires, il liquide sa maison de commerce en 1863. Il se trouve à la tête d’une fortune à laquelle « [son] ambition n’aurait jamais osé prétendre ».

L’explorateur est alors partagé entre le désir de voir le monde et celui de faire retour aux origines de l’Europe. Il parcourt pendant six mois la Chine et le Japon, un voyage qui lui fournit en 1867 la matière de son premier livre. Il étudie à la Sorbonne, mais suspend un cursus de philologie pour conduire des investissements en Amérique, à Cuba notamment. De retour à Paris en 1868, il entreprend un Grand Tour. Il est fasciné à Pompéi par Giuseppe Fiorelli, qui pratique des injections de plâtre pour faire réapparaître les corps de ceux que les laves ont emprisonnés lors de l’éruption du Vésuve. Après une étape à Ithaque, où il croit avoir mis la main sur les restes d’Ulysse et de Pénélope, le fouilleur novice visite le Péloponnèse et se rend en pays ottoman. Il publie en 1869, à compte d’auteur et en français, une chronique de son périple qui lui vaut le titre de docteur de l’université de Rostock.

Remarié à une Grecque, la jeune Sofia Kastroménos, il entreprend avec elle, dès avril 1870, l’exploration de la colline d’Hissarlik en Troade, à l’entrée des Dardanelles. Il le fait sur les conseils d’un familier des lieux, Frank Calvert, consul des États-Unis. Pendant vingt ans, au cours de sept campagnes, il va mettre au jour les vestiges d’une citadelle. La superposition de ruines appartenant à neuf habitats successifs (entre 3000 avant J.-C. et l’époque romaine) et une série d’objets précieux – dont le « trésor de Priam » surgi en 1873 et transféré de manière rocambolesque à Athènes, puis à Berlin, avant d’être emporté à Moscou en juillet 1945 – le persuadent d’avoir ranimé la Troie homérique. Le volume Antiquités troyennes, paru en 1874, est le journal illustré de fouilles impressionnantes. Lors de la deuxième campagne, 150 ouvriers déplacent, chaque jour, 300 mètres cubes de terre. La tranchée nord-sud, profonde de 15 mètres, mesure 40 mètres de large et parcourt tout le site. Pour donner plus d’éclat à ses travaux, Schliemann achète à Calvert (ce qui achève de les brouiller) « la métope du Soleil » – une sculpture appartenant au temple d’Athéna qui dominait, à l’époque hellénistique, la cité d’Ilion.

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  • : professeur d'histoire ancienne, université de Bourgogne, Dijon

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Hervé DUCHÊNE, « SCHLIEMANN HEINRICH - (1822-1890) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/heinrich-schliemann/