BUDÉ GUILLAUME (1468-1540)

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La ferveur des études

Guillaume Budé représentait en son temps un type nouveau d'écrivain, non point clerc, mais laïque, homme marié et père d'une famille nombreuse, préoccupé de l'administration de ses biens (sa maison de la rue Saint-Martin à Paris, ses maisons de campagne), assumant diverses responsabilités publiques au milieu desquelles il réussit difficilement, mais obstinément, à ménager le temps de l'étude. Il était né le 26 janvier 1468 d'une famille bourgeoise établie à Paris, ennoblie depuis la fin du xve siècle, et qui exerçait à titre pratiquement héréditaire des charges de trésorerie et de chancellerie. S'inscrivant dans cette tradition, Budé fit des études de droit à Orléans. Mais il en revint si déçu que durant plusieurs années il délaissa les livres et s'adonna avec ardeur à tous les arts de la chasse. Puis brusquement, autour de 1492, il abandonna ces plaisirs pour se consacrer à l'étude avec plus d'ardeur encore, au mépris de ses intérêts immédiats, et à celui de sa santé que l'excès de travail devait constamment maltraiter. Il apprit alors le grec pratiquement sans maître et presque sans instruments de travail. Toujours cultivant son propre mythe, il se peindra comme un autodidacte et un pionnier. L'étude avait été pour Budé l'objet d'une vocation tardive et impérieuse, elle fut toute sa vie l'objet d'une ferveur passionnée (il appelait la Philologie sa maîtresse, ses amours).

Sa recherche érudite se poursuivit dans deux directions. Tout d'abord un recensement des ressources de la langue grecque. Accumulé fiche après fiche, ce savoir aboutira en 1529 à la publication des Commentairii linguae graecae, mine de données offerte aux lexicographes futurs. Sa connaissance du grec est telle qu'il correspond en cette langue (nous possédons de lui près de soixante lettres grecques). Il se plaît aussi à mêler de grec son style latin, et même à forger des mots latins sur le modèle du grec. C'est dire que les deux langues sont devenues pour lui des langues vivantes. L'autre champ d'investigation est le Corpus juris. Guillaume Budé ne cessera jamais d'y travailler puisque, rendu célèbre en 1508 par ses Annotations aux Pandectes, il apporte un complément à celles-ci en 1526, puis laisse à sa mort des notes abondantes sur le vocabulaire juridique dont Robert Estienne tirera en 1544 un volume intitulé Forensia. Budé se soucie de retrouver la pureté des textes des jurisconsultes sous les alluvions des glossateurs. Toutefois (à la différence d'Alciat, puis de Cujas, juristes professionnels en quelque sorte), Budé mène son étude en philologue et en archéologue, et moins pour assainir la pratique judiciaire que pour saisir les faits de langage, et, derrière eux, les réalités de la vie antique. D'où la juxtaposition, dans les Annotations aux Pandectes, d'articles concernant la philosophie du droit et d'articles très concrets (sur le luxe, le sport, le vêtement, l'architecture, etc.).

C'est encore la réalité antique que Budé cherche à retrouver dans le plus célèbre de ses ouvrages, L'As (De asse et partibus ejus, 1515, réédité avec quelques augmentations et variations en 1516, 1522, 1524, 1527, 1532). Ce livre dont le point de départ est encore un texte des Pandectes répondait à la nécessité de bien interpréter dans les textes des jurisconsultes, des historiens, ou dans l'Histoire naturelle de Pline, les notations chiffrées (monnaies, mesures). Aucune juste représentation du passé n'était en effet possible sans ce genre d'évaluation. Mais l'entreprise impliquait un enchevêtrement de difficultés ; elle passait notamment par l'étude critique des manuscrits de Pline, tous très altérés, et sur lesquels les Italiens, en particulier Hermolao Barbaro, s'étaient déjà penchés. Laissant loin derrière lui ses prédécesseurs, Budé, au terme de son ouvrage, pouvait s'enorgueillir d'avoir par ses travaux « rouvert les sépulcres de l'Antiquité ». Mais le De asse est encore bien autre chose qu'un livre d'économie comparée ou de numismatique. À l'évocation du passé s'y mêle comme en contrepoint la satire du présent (celle de la cour, celle du haut clergé). Le livre se couronne d'un épilogue qui prend la forme d'un dialogue philosophique entre l'auteur et son meilleur ami. Il propose alors un « plus haut sens ». Il oppose aux biens de fortune les joies d'une vie studieuse qui, après avoir parcouru l'encyclopédie du savoir, découvre la beauté déroutante et sublime des textes sacrés, et trouve une paix heureuse (euthymie) dans leur méditation. C'est déjà tout l'essentiel du budéisme.

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Pour citer l’article

Marie-Madeleine de LA GARANDERIE-OSTERMAN, « BUDÉ GUILLAUME - (1468-1540) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/guillaume-bude/