GUERRE FROIDE (notions de base)

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La naissance de la guerre froide

C’est le divorce entre les deux grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale qui est à l’origine de la guerre froide. L’alliance entre les États-Unis et l’URSS, qui avait permis de l’emporter contre les puissances de l’Axe (Allemagne, Italie, Japon), ne survit pas à la victoire : on assiste rapidement à une montée de la méfiance entre les deux anciens alliés, aboutissant à leur rupture, en 1947, puis à la constitution de deux blocs antagonistes.

Opposition progressive entre les vainqueurs

La Seconde Guerre mondiale n’est pas terminée que la méfiance s’installe entre les deux grands artisans de la victoire sur l’Allemagne et le Japon. Si l’entente entre les États-Unis et l’URSS prévaut encore à la conférence de Yalta, en février 1945, elle n’est plus de mise quelques mois plus tard, à Potsdam (juillet-août 1945), dernière grande conférence interalliée, où de nombreux désaccords apparaissent.

Du côté des États-Unis, la mort du président Franklin D. Roosevelt, en avril 1945, constitue un premier facteur de détérioration des relations, son successeur, Harry Truman, étant beaucoup moins enclin aux concessions. Ensuite, la capitulation de l’Allemagne nazie, le 8 mai 1945, rend la nécessité de l’alliance avec l’URSS moins pressante, d’autant plus que la maîtrise de l’arme atomique, acquise durant l’été, confère aux États-Unis une supériorité militaire écrasante.

Du côté de l’URSS, Staline se méfie de plus en plus du poids croissant de son ancien allié, dont la puissance l’inquiète. En outre, il voit dans la volonté américaine d’assurer des élections libres en Europe de l’Est une ingérence dans les affaires intérieures de ces États, alors que les Soviétiques, au contraire, veulent profiter de leur récente position de force pour bâtir un glacis protecteur autour de leur pays ; de même qu’ils entendent sortir de leur isolement d’avant-guerre pour étendre l’idéologie communiste et se réserver un accès aux mers chaudes.

1947, l’année de la rupture

L’expansion soviétique en Europe et au Moyen-Orient précipite la rupture. En Iran, tout d’abord, les Russes poussent les Kurdes à la révolte, puis occupent l’Azerbaïdjan, tandis qu’ils revendiquent de partager le contrôle des détroits avec la Turquie, et que les communistes grecs tentent de s’emparer du pouvoir. Mais c’est surtout en Europe de l’Est que la poussée est la plus marquée. L’installation progressive de régimes communistes, favorisée par la présence de l’Armée rouge, conduit à l’élimination des forces démocratiques et à la mainmise russe sur tous ces pays, qu’on appellera les démocraties populaires.

Cette mainmise provoque l’indignation des Anglo-Saxons. Dès 1946, le Britannique Winston Churchill dénonce le « rideau de fer » qui s’est abattu sur l’Europe ; l’année suivante, les États-Unis réagissent avec vigueur : au nom de la doctrine Truman d’endiguement du communisme, ils décident de fournir à la Grèce et à la Turquie une aide financière qui, en juin 1947, est étendue à toute l’Europe avec le plan Marshall, destiné à permettre la reconstruction du continent. L’URSS contraint alors les pays de l’Est à rejeter cette aide, tandis que les partis communistes des États occidentaux sont chassés du pouvoir et qu’une violente vague de grèves secoue ces pays. Parallèlement, en réplique à la doctrine Truman et au plan Marshall, les Soviétiques élaborent la doctrine Jdanov, lors de la conférence des partis communistes européens réunie en Pologne en septembre 1947. Andreï Jdanov, principal collaborateur de Staline et chargé de la propagande, expose la division du monde en deux camps : le camp impérialiste américain, d’une part, accusé de pousser à la guerre, et le camp socialiste, d’autre part, dont l’URSS doit prendre la tête. Rompant la politique de collaboration avec la gauche non communiste, il annonce par ailleurs la création du Kominform, bureau d’information chargé de coordonner l’action des communistes européens. Il s’agit, en fait, d’affirmer la tutelle du « grand frère » soviétique sur les partis communistes nationaux, consacrant la bipolarisation du monde et marquant le début de la guerre froide.

Formation de deux blocs antagonistes

Très vite, l’opposition entre les États-Unis et l’URSS aboutit à la constitution de deux blocs rivaux qui divisent le monde. Cet antagonisme est d’abord idéologique : le modèle capitaliste des États-Unis, fondé sur la démocratie parlementaire, la libre entreprise et la société de consommation, s’oppose au modèle communiste de l’URSS, fondé sur le parti unique, l’économie collectivisée et l’idéal d’une société sans classes. Ces deux doctrines se matérialisent géographiquement avec, à l’Ouest, une aire soudée économiquement par le plan Marshall puis par l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) et, à l’Est, une aire dont le Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM) assure l’unité et la cohérence. Deux systèmes d’alliances diplomatiques et militaires complètent le dispositif : les États-Unis contractent d’abord une série de pactes défensifs sur tous les continents : Organisation des États américains (OEA) en Amérique latine ; Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) en Europe ; Australia, New Zealand, United States Security Treaty (ANZUS) ; Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE) en Asie ; pacte de Bagdad au Moyen-Orient. L’URSS réplique en 1955 par le pacte de Varsovie, renforcé par la maîtrise de l’arme atomique, acquise six ans auparavant. En moins de dix ans, un monde bipolaire émerge des ruines de la Seconde Guerre mondiale. Il va durer plus de quarante ans.

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« GUERRE FROIDE (notions de base) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/guerre-froide-notions-de-base/