GROTIUS HUGO DE GROOT dit (1583-1645)

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L'existence tourmentée d'un humaniste homme d'État

Né le jour de Pâques 1583, à Delft, de Jan de Groot, mathématicien et membre du magistrat de la ville, et d'Alida van Overschie, Hugo de Groot, dit Grotius, s'affirme dès ses premières années comme un enfant prodige. À huit ans, il compose ses premiers vers latins. À l'âge de onze ans, le 3 août 1594, il est immatriculé à l'université de Leyde, sous le rectorat de son oncle, Cornelis de Groot, professeur de droit et de philosophie. Au printemps de 1598, le jeune Hugo accompagne Justin de Nassau et Oldenbarnevelt dans leur ambassade auprès de Henri IV. À Angers, il est reçu par le roi, qui l'appelle le « miracle de Hollande ». À la suite de cette entrevue, Henri IV fait offrir au jeune homme, le 14 mai, à Paris, un médaillon à son effigie, suspendu à une chaîne en or. Quelques jours auparavant, le 5 mai, Grotius avait été promu, à l'université de droit d'Orléans (ainsi que le furent avant lui dans cette même université tant de ses compatriotes), docteur in utroque jure.

Grotius

Photographie : Grotius

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Crédits : Erich Lessing/ AKG

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En 1599, il publie à Leyde son premier ouvrage philologique : une édition annotée du Satyricon (recueil encyclopédique en vers et en prose très apprécié au Moyen Âge) de l'écrivain latin de la fin du ive siècle, Martianus Capella. Établi depuis le 15 décembre 1599 avocat à La Haye, Grotius est chargé, en novembre 1601, par les États de Hollande et de Westfrise, de rédiger une histoire de la rébellion des Pays-Bas contre l'Espagne. L'ouvrage, écrit entre 1601 et 1612, ne sera publié qu'en 1657, à Amsterdam, sous le titre, inspiré de l'œuvre de Tacite, de Annales et historiae de rebus belgicis (trad. franç., 1662 ; angl., 1665 ; néerl., 1681). À la requête de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, désireuse d'établir juridiquement son droit de capture sur les navires ennemis, Grotius compose, entre 1604 et 1606, le De jure praedae (Le droit de prise). Ce travail devait rester inédit jusqu'en 1868, à l'exception toutefois du chapitre xii, édité en 1609 (pendant les négociations de paix entre la république des Provinces-Unies et l'Espagne, et afin de défendre le droit des Hollandais de commercer librement aux Indes), sous le titre Mare liberum.

Nommé en décembre 1607 « avocat général du fisc » près la cour de Hollande, Grotius épouse en 1608 la fille du bourgmestre de Veere en Zélande, Maria van Reigersberch. En avril et mai 1613, il participe comme conseiller juridique à la conférence tenue à Londres entre les compagnies des Indes orientales anglaise et hollandaise. Il est encore le porte-parole de la délégation hollandaise à la seconde conférence, qui se tient à Londres deux ans plus tard. Lors de la première conférence, Grotius doit s'acquitter d'une mission officieuse des plus délicates auprès de Jacques Ier d'Angleterre. Ce « roi théologien », qui se pose en défenseur de l'orthodoxie réformée, est intervenu en 1611, lors de la nomination à l'université de Leyde du théologien Conrad Vostius, accusé de socinianisme, en faveur du parti contre-remontrant (ou gomariste), hostile à Oldenbarnevelt. Il incombe au fidèle collaborateur de ce dernier qu'est Grotius d'éclairer le roi sur la politique ecclésiastique des États de Hollande et de vaincre ses préventions. Il semble que la démarche de Grotius ait porté, au moins temporairement, quelque fruit. Cependant, dans une lettre inédite (Bibl. nat., Paris) au président français J. A. de Thou, Isaac Casaubon, bibliothécaire de Jacques Ier, évoquant, à la date du 5 septembre 1613, sa rencontre avec Grotius, émet le vœu que celui-ci se tienne à l'écart des controverses religieuses, s'il ne veut pas « risquer le naufrage » : Alioquin molestissimos experietur casus et naufragii periculum. Avertissement prophétique. Nommé dès son retour d'Angleterre, en juin 1613, « pensionnaire » (fonctionnaire principal et secrétaire) de Rotterdam, et siégeant en cette qualité, comme porte-parole de sa ville, aux États de Hollande, Grotius prend une part déterminante, aux côtés d'Oldenbarnevelt, « maître » des États de Hollande, au conflit politico-religieux opposant, sur le plan théologique ou ecclésiastique, les arminiens (ou remontrants) et les gomaristes et, sur le plan politique et, dans une certaine mesure, social, les partisans d'Oldenbarnevelt et tous les opposants au pensionnaire de Hollande, groupés finalement autour de Maurice de Nassau ; conflit qui débouchera sur la tragédie de mai 1619.

Parant aux attaques du théologien S. Lubbertus, de l'université de Franeker, Grotius publie, en octobre 1613, la Piété des États de Hollande (Ordinum Hollandiae pietas ab calumniis vindicata). Il est encore l'auteur du projet du décret promulgué en 1614 par les États de Hollande pour la paix des Églises, c'est-à-dire pour la réconciliation entre remontrants et contre-remontrants (Decretum illustrium ac potentum ordinum Hollandiae et Westfrisiae pro pace ecclesiarum). Ce décret devait stimuler l'hostilité de plus en plus vive des contre-remontrants. Emporté dans un mouvement irréversible, Oldenbarnevelt perd un à un ses atouts. Le ralliement, en 1617, de Maurice de Nassau aux contre-remontrants fait pencher définitivement la balance en faveur de ceux-ci, qui obtiennent la convocation d'un synode national, contre la volonté du grand avocat. Mis en minorité au sein même des États de Hollande, Oldenbarnevelt entraîne dans sa chute ses fidèles collaborateurs Grotius et Hoogerbeets. Arrêtés tous les trois à La Haye, le 29 août 1618, et emprisonnés, ils ne sont jugés qu'en mai 1619, alors que se conclut le grand synode de Dordrecht. Le 18 mai 1619, cinq jours après la décapitation d'Oldenbarnevelt, Grotius (comme Hoogerbeets) est condamné à la prison à vie et à la confiscation de ses biens. Grâce à l'audace ingénieuse de Maria van Reigersberch, il s'évade, dans un coffre à livres, de sa prison de Loevestein, le 22 mars 1621. Sous un déguisement, il gagne alors Gorkum et Anvers, puis Paris. Il ne reverra plus la Hollande que pour un furtif séjour entre octobre 1631 et avril 1632. Lui et les siens connaissent des années difficiles. Après la mort de Maurice de Nassau, en 1625, Maria van Reigersberch se rend à trois reprises en Hollande pour préparer le retour de son époux. Grotius reprend en octobre 1631 le chemin de la terre natale et séjourne un temps à Amsterdam, mais, refusant obstinément de solliciter sa grâce, il doit s'exiler à nouveau pour éviter d'être emprisonné. Il se réfugie à Hambourg. Nommé en 1634 résident de Suède à Paris par le chancelier Oxenstierna, il occupera ce poste jusqu'au terme de l'année 1644. Rappelé à Stockholm par la reine Christine, qui le reçoit avec grand honneur mais ne [...]

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  • : professeur de droit international à l'université de Paris-II-Panthéon-Assas
  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études

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Pour citer l’article

Mario BETTATI, Paul DIBON, « GROTIUS HUGO DE GROOT dit (1583-1645) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/grotius/