GARBO GRETA (1905-1990)

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Greta Garbo nous apparaît combien plus émouvante sous la direction de George Cukor, dans Le Roman de Marguerite Gautier (1937), où elle incarne une superbe Dame aux camélias, et même dans la trop décriée Femme aux deux visages (1941).

Le Roman de Marguerite Gautier, G. Cukor

Photographie : Le Roman de Marguerite Gautier, G. Cukor

Réalisée en 1937, cette nouvelle adaptation de La Dame aux camélias marque une apothéose pour la mise en scène raffinée de George Cukor et l’interprétation de Greta Garbo (ici avec Robert Taylor) dans un de ses plus grands rôles. 

Crédits : Metro-Goldwyn-Mayer Pictures/ Sunset Boulevard/ Corbis/ Getty Images

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Son jeu s'avère étonnamment moderne : Garbo prouve, dans cette comédie où elle incarne la femme américaine type, qu'elle est capable de battre sur leur propre terrain une Joan Crawford ou une Katharine Hepburn. S'il y a un érotisme qui lui est propre, c'est là, à coup sûr, qu'il faut aller le chercher. Enfin, il faut mentionner Ninotchka (1939), où elle rit de bon cœur, à l'instigation narquoise de Lubitsch. On pourrait ajouter les quelques mètres d'essai pour La Duchesse de Langeais (1948), le film que devait tourner aux États-Unis Max Ophüls.

Ninotchka, d'Ernst Lubitsch

Photographie : Ninotchka, d'Ernst Lubitsch

Greta Garbo et Melvyn Douglas dans Ninotchka (1939), d.Ernst Lubitsch. 

Crédits : Metro-Goldwyn-Mayer Inc./ Collection privée

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Paradoxalement, ce ne sont pas ces films-là qui ont fait la gloire de Garbo, mais les autres, qui baignent dans une mythologie désuète. Ainsi de ces mélodrames vieillots que sont Le Torrent (M. Bell, 1926), son premier film américain, La Belle Ténébreuse (Fred Niblo, 1928), Terre de volupté (Sidney Franklin, 1929), le grotesque Mata-Hari (George Fitzmaurice, 1931), qui ne supporte pas la comparaison avec l'admirable Agent X 27, de Josef von Sternberg, le décevant Comme tu me veux (G. Fitzmaurice, 1932), où Greta Garbo « pirandellise » sans conviction, au côté d'Erich von Stroheim, ou encore le très surestimé Grand Hôtel (Edmund Goulding, 1932). Il faut dire que Garbo a presque partout affaire ici à des petits-maîtres, figés devant son apparence.

Le cas de La Reine Christine (1932) est sans doute plus complexe, encore que Rouben Mamoulian n'y soit pas au meilleur de sa forme, et que les stéréotypes y abondent : on n'oubliera pas, cependant, la bouleversante séquence de la chambre, où Garbo préfère le souvenir de l'amant à l'amant lui-même, qui se trouve auprès d'elle. La nostalgie d'un amour défunt, et peut-être impossible, est ici à son point culminant.

Greta Garbo – comme avant elle, dans un registre voisin, Rudolph Valentino ou, plus près de nous, Gérard Philipe – a été victime de son image : on a voulu la statufier, on y est parvenu au-delà du raisonnable. Elle est devenue très jeune, trop jeune, une légende vivante. « J'ai abandonné le cinéma, dira-t-elle un jour, parce que j'en avais assez de faire des grimaces. »

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Anna Christie, C. Brown

Anna Christie, C. Brown
Crédits : Donaldson Collection/ Moviepix/ Getty Images

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Le Roman de Marguerite Gautier, G. Cukor

Le Roman de Marguerite Gautier, G. Cukor
Crédits : Metro-Goldwyn-Mayer Pictures/ Sunset Boulevard/ Corbis/ Getty Images

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Ninotchka, d'Ernst Lubitsch

Ninotchka, d'Ernst Lubitsch
Crédits : Metro-Goldwyn-Mayer Inc./ Collection privée

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  • : docteur ès lettres, professeur émérite à l'université de Paris-I, historien du cinéma

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Pour citer l’article

Claude BEYLIE, « GARBO GRETA - (1905-1990) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/greta-garbo/