GREFFES

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La greffe, conflit immunitaire

Le devenir d'une greffe animale est conditionné en effet par des phénomènes immunitaires, qui expriment un conflit biologique entre le receveur et le donneur. Ce conflit dépend de facteurs génétiques, car si les greffes d'un sujet à lui-même sont généralement acceptées grâce à la reconnaissance du « soi » par l'organisme, en revanche, la greffe d'un matériel provenant d'un donneur génétiquement différent est rejetée car le receveur reconnaît le « non-soi » et réagit contre le matériel exogène qui a été greffé.

Ces facteurs génétiques déterminent une antigénicité spécifique de l'individu. Aussi longtemps que le receveur n'a pas atteint sa maturité immunologique, ce qui est le cas chez les Mammifères pendant la vie embryonnaire, le greffon n'est pas rejeté. La réaction de rejet dépend en effet de l'activité d'une catégorie de globules blancs : les cellules de la lignée lymphoïde, qui ont reçu le nom de cellules immunologiquement compétentes (CIC).

La terminologie qui s'applique aux différentes modalités de greffes correspond aux caractéristiques du donneur et du receveur. On doit distinguer par ailleurs les greffes homovitales (le tissu vivant doit survivre chez le receveur) des greffes homostatiques, qui n'apportent qu'une charpente destinée à être colonisée par les cellules du receveur.

Autogreffe, xénogreffe, allogreffe et isogreffe

Dessin : Autogreffe, xénogreffe, allogreffe et isogreffe

Les quatre variétés de greffes et leurs résultats 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Vers 1850, G. Heine, L. Flourens, J. R. Wolfe réussirent des greffes d'os chez l'homme. Dans ce cas, il s'agissait de greffes homostatiques, car le greffon, lorsqu'il provient d'un autre organisme, joue le rôle de « tuteur » pour la reconstitution osseuse qui est assurée par le receveur. R. Virchow, C. Robin réalisèrent les premières greffes homovitales (peau) et J.-L. Reverdin s'intéressa aux autogreffes d'épiderme qui, par la suite, s'avérèrent très utiles pour la réparation rapide des plaies et des brûlures étendues. Vers la fin du xixe siècle furent tentées les premières greffes de tumeurs cancéreuses chez l'animal.

C'est au début du xxe siècle que fut soupçonnée l'origine immunologique du phénomène de rejet. Les progrès de l'asepsie et de la technique chirurgicale permettent à A. Carrel et P. Guthrie la reconstitution de gros vaisseaux et des réimplantations de membres ou d'organes. Durant la Première Guerre mondiale et les années suivantes, les greffes d'os font de grands progrès avec P. Leriche et A. Policard.

Puis survient une longue période d'incertitude durant laquelle les recherches se bornent à confirmer le rejet constant des allogreffes et des xénogreffes. Cependant, les greffes de vaisseaux sanguins furent perfectionnées en faisant appel à des fragments de vaisseaux de cadavre ou à des prothèses en matière plastique ; mais il s'agit là encore de greffes homostatiques « réhabitées » peu à peu par le tissu du receveur et où les seuls problèmes réels sont ceux de la prévention des thromboses secondaires.

Ce sont surtout les progrès de l'immunologie qui, depuis 1940 environ, ont considérablement fait avancer la compréhension des phénomènes observés ; d'une part sur le plan théorique, grâce aux travaux de J. Loeb, P. B. Medawar, J. J. Van Rood, R. Payne, J. Dausset et M. F. Woodruff ; d'autre part sur le plan pratique, du fait de l'introduction de la thérapeutique immunodépressive dont l'importance n'allait cesser de s'affirmer (J. P. Merrill et J. Hamburger, 1959). En 1958, G. Mathé parvient à greffer une moelle osseuse allogénique. Quant à la transplantation d'organes, elle devient un des objectifs essentiels de la chirurgie de remplacement.

Peter Medawar

Photographie : Peter Medawar

Le biologiste britannique Peter Brian Medawar (1915-1987). Spécialiste de l'immunologie, il reçoit le prix Nobel de médecine en 1960, qu'il partage avec l'Australien Franck Burnet (1899-1985), pour la découverte du phénomène de tolérance. 

Crédits : Central Press/ Hulton Archive/ Getty Images

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Autogreffe, xénogreffe, allogreffe et isogreffe

Autogreffe, xénogreffe, allogreffe et isogreffe
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Peter Medawar

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Greffon : acceptation et rejet

Greffon : acceptation et rejet
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  • : professeur de médecine expérimentale, chef du service d'immuno-allergologie infantile à l'hôpital Necker-Enfants malades

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Pour citer l’article

Jean PAUPE, « GREFFES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/greffes/