GRÈCE ANTIQUE (Histoire)La Grande-Grèce

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Rivalités politiques et prospérité économique

L'histoire et le développement des cités grecques d'Italie du Sud présentent encore de très nombreuses obscurités, que les recherches actuelles, tant archéologiques que numismatiques, s'efforcent de dissiper. Leurs institutions sont mal connues, et seulement à une époque relativement tardive. Leur histoire politique se ramène au récit des conflits souvent stériles qui les opposèrent les unes aux autres et qui leur furent fatals. Malgré une information insuffisante sur leur évolution économique et sociale, on peut essayer de dégager les principales lignes de leur histoire.

Développement de l'agriculture et du commerce

L'époque archaïque semble avoir été celle de l'opulence des cités italiotes. Cette prospérité tenait essentiellement à leur richesse agricole, et les premières monnaies qui apparaissent en Grande-Grèce, dans la première moitié du vie siècle, portent des symboles agraires (l'épi de Métaponte) ; les cultes de divinités étroitement liées à la culture des céréales, telles Déméter et Coré-Perséphone, revêtent une importance considérable. La richesse reposait aussi sur le trafic commercial dont la Grande-Grèce était la plaque tournante. Sur les voies de ce trafic, les opinions divergent ; certains insistent sur le rôle privilégié du détroit de Messine et des « escales » de la côte tyrrhénienne sur la route de l'Étrurie et de la Gaule méridionale, d'autres mettent l'accent sur les voies intérieures de portage à travers la péninsule calabraise, voies contrôlées par les habitants de Sybaris.

Cette richesse n'était pas également répartie entre tous les habitants des cités grecques. Force est d'avouer notre ignorance presque complète des structures sociales. Des recherches récentes permettent d'entrevoir un partage assez systématique du sol, mais les éléments de datation sont encore trop incertains pour qu'on puisse tirer des conclusions définitives. Il est d'ailleurs évident que, s'il y eut, au départ, répartition à peu près équitable du sol entre les colons, cet état de choses ne dura pas. On comprendrait mal sinon les troubles qui agitèrent les cités italiotes au vie siècle et révèlent l'existence de violents antagonismes sociaux. Cette agitation fut provisoirement réprimée par des « législateurs » dont l'œuvre demeure obscure, mais dont les noms étaient fréquemment évoqués par les Anciens, tels Zaleucos de Locres, ou Pythagore, qui, réfugié à Crotone, y aurait établi une communauté aristocratique qui inspira peut-être Platon. De même on ignore les raisons précises qui amenèrent les gens de Crotone à détruire Sybaris à la fin du vie siècle, faisant disparaître ainsi une des plus opulentes cités de Grande-Grèce. L'impression demeure néanmoins qu'à Crotone, à Locres, à Sybaris comme à Tarente, la cité était dominée par une oligarchie de riches propriétaires fonciers, la masse du dèmos demeurant, jusqu'à une époque assez tardive, tenue à l'écart des affaires politiques de la cité.

Il en va un peu différemment dans les cités de la côte tyrrhénienne et du détroit de Messine, et cela confirme peut-être la thèse qui en fait des relais importants sur la voie du commerce phocéen. À la fin du vie siècle en effet, à Rhégion avec Anaxilas, à Cumes avec Aristodémos, se sont instaurées des tyrannies portées par un mouvement de caractère populaire : à Rhégion, les Messéniens soutiennent Anaxilas contre l'aristocratie chalcidienne, à Cumes, le dèmos des pauvres suit Aristodémos. Mais la tyrannie est un régime éphémère, et les troubles reprennent après la mort du tyran, aggravés par la menace barbare qui s'affirme à partir du ve siècle.

Tyrannie syracusaine et prépondérance athénienne

La Grande-Grèce connaît alors une période de ralentissement de son activité et de sa prospérité, ralentissement qui est peut-être lié aux nouvelles conditions d'équilibre dans l'ensemble du monde méditerranéen.

En Occident, le déclin du commerce phocéen s'accompagne d'un début de prépondérance syracusaine, qu'inaugure la tyrannie de Gélon et de Hiéron. Celui-ci, vainqueur des Étrusques à Cumes, établit désormais son contrôle sur les côtes tyrrhéniennes et sur les rives du détroit. En Orient, la prépondérance athénienne se dessine ; d'abord limitée à l'Égée, elle se tourne, à partir du milieu du siècle, vers l'Occident. En 444-443 une expédition panhellénique, dirigée par Athènes, fonde, à proximité des ruines de l'ancienne Sybaris, la cité de Thourioi, qui compte parmi ses citoyens l'historien Hérodote, et dont le plan est dessiné par le célèbre architecte Hippodamos de Milet. Thourioi reçut une constitution démocratique, mais très vite elle abandonna sa métropole et se trouva mêlée aux conflits qui agitaient alors la Grande-Grèce. Ces luttes furent interrompues vers 430, lorsque, pour faire face au danger lucanien, une alliance se forma autour de Crotone, à laquelle adhérèrent les principales cités italiotes. Mais la ligue ayant noué des relations avec les Carthaginois de Sicile, Denys, devenu tyran de Syracuse depuis 407-406 et soucieux d'assurer son autorité sur l'Italie méridionale, n'hésita pas à s'allier aux Lucaniens pour venir à bout des cités grecques d'Italie. En 386, il s'empara de Rhégion, en 379 de Crotone et du sanctuaire fédéral d'Héra, au cap Lacinien, devenant ainsi le maître de toute la partie méridionale de la Grande-Grèce. Seule, Tarente demeurait encore libre. Elle n'avait jusqu'alors joué qu'un rôle assez effacé dans l'histoire des cités grecques d'Italie du Sud, du fait de la menace constante que faisaient peser sur elle Messapiens, Iapyges et Peucétiens, du fait aussi de l'hostilité des cités achéennes, puis de Thourioi. La disparition provisoire de ses rivales marqua le début de sa prospérité et de sa grandeur. Le ive siècle est en effet le grand siècle de l'histoire de Tarente. Il s'ouvre avec le gouvernement d'Archytas, philosophe, musicien, ingénieur, ami personnel de Platon, et qui donna à la cité un équilibre dont elle tira le plus grand parti. Non seulement Tarente brille alors d'un vif éclat dans tous les domaines de l'art et de la pensée, mais elle étend son hégémonie, après la mort de Denys, sur les cités italiotes libérées du joug du tyran, cependant que son port devient l'un des centres commerciaux les plus actifs du monde méditerranéen occidental.

Rome et Tarente

L'hégémonie tarentine fut de courte durée. Depuis le début du ive siècle, les conditions politiques en Italie centrale avaient changé. Une cité, Rome, réalisait autour d'elle l'unité de l'Italie et soumettait à sa domination les peuples du centre de la péninsule. En 306, un traité conclu entre Rome et Carthage reconnaissait à la cité du Latium une zone d'influence qui s'étendait à toutes le [...]

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Claude MOSSÉ, « GRÈCE ANTIQUE (Histoire) - La Grande-Grèce », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/grece-antique-histoire-la-grande-grece/