GRÈCE ANTIQUE (Histoire)La Grande-Grèce

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L'installation des colons grecs

Le pays

L'Italie méridionale se présente comme une région au relief assez tourmenté, dont l'arête est constituée par l'Apennin méridional, massif calcaire aux formes âpres, qui est flanqué à l'ouest par des collines d'origine volcanique descendant jusqu'à la mer et séparées par de petites plaines alluviales particulièrement hostiles, tandis qu'à l'est s'étend un plateau calcaire sec et aride, et, au sud, résultant d'un affaissement tectonique, se trouve la plaine de la Basilicate, que les alluvions sableuses et argileuses ont rendue propice aux cultures céréalières et arbustives. Le climat est méditerranéen et chaud, avec des pluies violentes qui dégradent la montagne.

Le pays était habité dans les temps les plus anciens par des peuples de pasteurs et d'agriculteurs. Les premiers pratiquaient la transhumance. Les seconds occupaient les plaines les plus fertiles ; jusqu'à l'arrivée des Grecs, la mer ne paraît avoir exercé aucune attraction sur les populations italiques. Les Grecs s'installèrent dans des plaines côtières où ils pouvaient pratiquer les cultures de leur pays d'origine, ils ne cherchèrent donc pas à coloniser les Pouilles. La mer demeurant leur principal lien avec la Grèce, ils ne tentèrent pas non plus d'occuper les plaines fertiles de l'intérieur, telles celles de Capoue ou de Nola. C'est sur les petites plaines côtières alluviales qu'ils jetèrent leur dévolu, ne s'enfonçant dans l'intérieur que poussés par la nécessité de se défendre contre les incursions des habitants et de créer des postes de surveillance.

Fondation des établissements

La chronologie de la colonisation grecque de l'Italie méridionale a suscité bien des discussions. Il est incontestable qu'à l'époque mycénienne des navigateurs venus de Grèce ont abordé les côtes italiennes. Il est plus douteux qu'ils y aient installé des établissements permanents. L'existence de ces derniers paraît certaine à partir du milieu du viiie siècle, et l'archéologie est venue, sur ce point, confirmer les données de la tradition littéraire. Le premier établissement grec en Italie du Sud fut celui que fondèrent des Eubéens venus d'Érétrie, sur l'îlot de Pithécusses (Ischia), à une date que les fouilles ont permis de fixer aux environs de 770 avant J.-C. Installés dans le nord-ouest de l'île, sur le promontoire de Monte di Vico, ils entretinrent, semble-t-il, d'assez bonnes relations avec les indigènes, au moins dans les premiers temps, puisqu'un établissement indigène subsista dans l'île. Ayant reçu de nouveaux renforts de Chalcis et d'Érétrie, les Eubéens s'établirent vers 730 sur le continent face à Ischia où ils fondèrent Cumes, à l'entrée de la riche plaine campanienne. Très vite, les Chalcidiens s'imposèrent comme les seuls fondateurs de cette cité, qui devait rapidement étendre son territoire vers l'intérieur et entreprirent la mise en valeur des riches terres volcaniques de la chôra. Si Cumes était essentiellement une colonie agricole, sa possession permettait également aux Chalcidiens de s'assurer le contrôle des routes maritimes vers l'Étrurie. Pour renforcer cette surveillance, ils établirent peu après deux autres cités sur les rives du détroit de Messine, Zancle en Sicile et Rhégion (Reggio) à l'extrémité de la péninsule calabraise. Quelques années plus tard, des Péloponnésiens fondaient d'autres établissements dans le golfe de Tarente : Sybaris, au centre d'une riche plaine alluviale, dont les colons venaient d'Achaïe, Crotone, plus au sud, sur un promontoire rocheux, et dont l'oikistès (fondateur), Myscelos, était originaire de Rhypes, également en Achaïe, Métaponte, au fond du golfe, Tarente enfin, fondée vers la fin du viiie siècle par des colons venus de Sparte, sans doute à la suite des troubles qui éclatèrent dans la grande cité péloponnésienne au lendemain de la première guerre de Messénie. À l'aube du viie siècle, des Locriens Opuntes ou Locriens Ozoles, venus de Grèce centrale, s'installèrent près du cap Zéphyrion, à Locres Épizéphyrienne, et – mais la question est discutée – des Ioniens fondèrent Siris entre Sybaris et Métaponte.

Ces établissements grecs connurent très vite une grande prospérité et essaimèrent à leur tour. Déjà Métaponte appa [...]

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Pour citer l’article

Claude MOSSÉ, « GRÈCE ANTIQUE (Histoire) - La Grande-Grèce », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/grece-antique-histoire-la-grande-grece/