GRÈCE ANTIQUE (Civilisation)Théâtre et musique

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La musique grecque antique

Le temps des dieux

Comme celle de tous les peuples anciens ou primitifs, l'histoire de la musique grecque commence par des légendes. Son origine met en scène dieux et déesses, en une longue série d'histoires souvent aussi variées qu'inconciliables entre elles. On y trouve Hermès et Apollon, Dionysos et Héraclès. Des héros mythiques, comme Orphée le chanteur thrace ou Amphion le bâtisseur de Thèbes qui faisait mouvoir les pierres au son de sa lyre, ont peut-être été des personnages réels avant que l'imagination ne les idéalise.

L'étude comparée de ces légendes laisse assez bien deviner le conflit de deux couches de civilisations, s'exprimant chacune par une musique propre et des instruments caractéristiques. L'une, sédentaire et agricole, engendre des mythes chthoniens célébrant en symboles le retour des saisons et la croissance des récoltes, principalement la vigne. Elle s'exprime par des percussions et des instruments à vent, dont l'aulos deviendra le chef incontesté. Autour de Déméter et Perséphone s'édifient les mystères (ceux d'Éleusis sont les plus célèbres, mais non les seuls) et se montent de véritables drames liturgiques à valeur d'initiation, où la musique tient un rôle fondamental. Autour de Dionysos s'organisent des processions carnavalesques où l'on chante, boit et danse, et d'où bientôt sortiront le dithyrambe, puis le drame satyrique, enfin la comédie et la tragédie classiques, même si, de temps à autre, cette origine se voit sporadiquement discutée.

Sur ces peuples sédentaires déferle, périodiquement, la masse tantôt pacifique et tantôt belliqueuse d'une autre civilisation, pastorale et nomade, qui possède elle aussi ses dieux, ses mythes et ses coutumes. Ses instruments préférés ne sont plus l'aulos à anche végétale, mais la lyre ou la cithare aux cordes de boyau animal. À Hermès et à Pluton, ils opposent Apollon, et le combat cruel de ce dernier avec le satyre Marsyas, joueur d'aulos, symbolise la lutte des deux conceptions ; leur réconciliation finale marquera l'avènement d'une autre période, coïncidant à peu près avec l'entrée dans l'histoire.

L'archéologie a permis de constater, notamment dans les fouilles crétoises, la présence entre 4 000 et 2 000 avant J.-C. d'instruments de musique tels que l'aulos double ou la harpe triangulaire, cette dernière détrônée ultérieurement par la lyre et la cithare.

La lyre n'est attestée que plus tard, vers 1 400 avant J.-C., mais elle a déjà sept cordes à ce moment, et cela suffirait pour infirmer les légendes sur l'accroissement du nombre de ses cordes à l'aube de l'époque historique, accroissement qui aurait atteint sept cordes, avec Terpandre, vers le viiie siècle avant J.-C. On a même trouvé des cithares de très grandes dimensions, dont l'une plus haute qu'un homme, posée à terre et jouée par deux exécutants simultanés, dessinée en relief sur un vase hittite daté du IIe millénaire. Ce vase provenant d'Inandik est exposé au musée d'Ankara.

La guerre de Troie (xiie s. av. J.-C.) et les légendes homériques qui la suivirent à deux ou trois siècles de distance nous mènent au seuil de l'époque historique. La musique figure alors dans tous les témoignages comme partie intégrante et essentielle de la vie religieuse ou sociale. Il faut attendre le viiie ou le viie siècle avant J.-C. pour qu'apparaissent dans l'histoire des noms d'artistes : Terpandre, Archiloque, Tyrtée ou Olympos. Une nouvelle période s'ouvre avec l'arrivée de Pythagore au vie siècle. C'est alors que la musique revêt l'aspect réfléchi et spéculatif qui la met tout à fait à part dans la masse des vieilles civilisations.

Le temps des philosophes

Pythagore (vie s. av. J.-C.), « le sage de Samos », est une figure multiforme et, bien qu'il n'ait laissé aucun écrit, son influence a été énorme. Chef religieux (il avait été initié aux mystères égyptiens), philosophe, mathématicien, il introduisit dans la pensée la mystique du nombre et, par une série d'expériences célèbres, sut y rattacher la musique dont il découvrit la loi physique fondamentale, à savoir la relation existant entre les consonances et les rapports de fréquences (exprimés par lui, inversés, en longueurs de cordes vibrantes). Toute une philosophie à base numérique ne tarda pas à se greffer sur ces découvertes de physique. L'« harmonie », c'est-à-dire la structure engendrée par les rapports entre les sons, devint pour les « harmoniciens », ou mesureurs d'intervalles, l'image même de l'univers et, en étudiant les graduations des cordes sonores, ils étaient persuadés partir à la découverte des lois secrètes régissant le mouvement des mondes et les révolutions des planètes. Le Timée de Platon fut, au ive siècle avant J.-C., l'expression la plus célèbre de cette croyance. Celle-ci se maintint très longtemps, au point que la « musique des sphères » était encore pour Boèce, au vie siècle après J.-C., l'une des trois divisions fondamentales de l'étude de la musique. À cette mystique du nombre se rattachait aussi une « éthique ». La musique ayant une valeur éducatrice fondamentale, les lois qui la régissent étaient parmi les plus importantes pour la cité ; Platon est, sur ce point comme sur d'autres, un fidèle disciple de Pythagore. Il était lui-même musicien ; et si son maître Socrate avouait son inexpérience musicale, il s'était donné un conseiller en la matière, Damon l'Athénien, pour s'épargner la honte de laisser la musique hors de son enseignement.

Modes, genres et instruments

Le ve siècle, celui de Périclès, est pour la musique grecque aussi brillant que pour les autres arts. Du moins, les témoignages contemporains l'affirment-ils ; car de cet art fugitif il ne reste rien. Contrairement à ce qu'on a cru longtemps, il n'y avait encore à l'époque classique ni théorie ni notation, ou du moins, si une notation existait, comme on commence à le pressentir, il ne pouvait s'agir de celle que décrivent les traités qui nous sont parvenus, la seule que nous puissions aujourd'hui déchiffrer avec sécurité. Les célèbres prescriptions de Platon relatives à l'« éthos des modes » ne pouvaient pas s'appliquer à une conception de ceux-ci qui n'existait pas encore (à supposer qu'elle eût jamais existé). Elles se référaient par contre à une tradition archaïque disparue à l'époque suivante, et dont on ignorerait tout si, par bonheur, un musicographe hellénistique, Aristide Quintilien, n'y avait fait be [...]

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Statuettes grecques représentant des acteurs comiques

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Eschyle - Athènes

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Pour citer l’article

Jacques CHAILLEY, François JOUAN, « GRÈCE ANTIQUE (Civilisation) - Théâtre et musique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/grece-antique-civilisation-theatre-et-musique/