GRÈCE ANTIQUE (Civilisation)Les arts de la Grèce

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La naissance de l'art grec

Il est aujourd'hui bien établi qu'étaient déjà grecs les peuples qui, dans le courant du IIe millénaire, ont développé sur les bords de l'Égée et bien plus loin encore la civilisation que nous appelons mycénienne. On reconnaît aussi qu'entre cette civilisation et celle proprement hellénique, il n'y a pas eu discontinuité comme certains le pensaient naguère. Cependant, l'apport massif d'un sang nouveau, du fait des invasions venues du Nord, la dissolution progressive d'un régime social et l'éparpillement d'une organisation politique que condamnait à mort son extension même, enfin un effondrement économique dont les causes durent être multiples ont eu sur le mode de vie et sur le goût de telles incidences que, s'il n'est pas possible de comprendre la naissance de l'art grec sans connaître celui qui l'a précédé, du moins est-on contraint de séparer nettement l'étude de chacun d'eux.

La période géométrique

Dès le début de la longue période qu'on qualifie d'âge obscur et qui s'étend de la fin du xiie jusque vers le viiie siècle, l'art princier auquel on devait, avec tout leur décor, les palais dont on a trouvé les ruines à Mycènes et dans bien d'autres sites s'éteint complètement ; plus de tombes luxueuses avec leur somptueux mobilier, avec les parures disposées sur le corps de souverains avides d'or ; et sur les vases peints au crépuscule de cette civilisation, la maladresse du dessin, la schématisation des figures montraient déjà que c'en était fini du raffinement des cours brillantes.

Avec le monde nouveau qui est en train de naître, la liaison artistique s'établit par les techniques les plus humbles, par la céramique, puisque toute civilisation, si primitive soit-elle, ne peut se passer de récipients, puisque la terre, dont les gisements utilisables sont nombreux en Grèce, est facile à modeler, puisque les ateliers, même de toutes petites villes, gardaient encore le souvenir des magnifiques productions du temps passé. Et, pendant tout cet âge obscur, la céramique est à peu près seule à nous renseigner sur les tendances et les goûts de ce temps.

On ne peut parler en effet d'architecture : les roitelets qui règnent alors sur les innombrables cantons de la Grèce sont trop pauvres pour faire édifier des constructions ; et les palais dont parle Homère sont ceux de l'époque mycénienne et non pas ce que le poète connaissait par lui-même. De temples, on n'a pas trace, les seuls passages de l'épopée qui en fassent mention, sont tardifs, et ce n'est guère qu'au début du viie siècle que l'on trouve les ruines de modestes chapelles où s'abritaient les dieux.

La sculpture, qui d'ailleurs avait été fort mal représentée durant la période mycénienne, est elle aussi presque inexistante : on ne peut faire état que de minuscules figurines de terre cuite ou de bronze qui seraient édifiées plus loin.

Les vases, au contraire, nous sont parvenus en notable quantité : certains accompagnaient le mort dans la tombe pour répondre aux exigences d'un être dont on pensait qu'il avait les mêmes besoins qu'un vivant, d'autres contenaient le cadavre lui-même ou ses cendres, d'autres enfin étaient placés sur la sépulture et, percés au fond, servaient d'entonnoirs aux libations qu'on versait dans la fosse pour apaiser le défunt.

On les fabriquait dans tous les secteurs du monde hellénique, et l'on a pu reconnaître, suivant les régions, des écoles, des ateliers qui se distinguaient les uns des autres par le choix des formes et surtout par la disposition du décor, un décor de couleur noire ou rougeâtre selon l'intensité de la cuisson et qui se détachait sur le fond grisâtre ou beige de la terre.

Décor très simple au début, qui se complique par la suite. Restreint d'abord aux parties les plus visibles du récipient – sur la panse au niveau des anses, sur le col –, il occupe peu à peu une place de plus en plus considérable, mais, dans son principe, il reste abstrait et géométrique : d'où le nom de période géométrique donné à cet ensemble des trois ou quatre siècles qui marquent le début de l'âge du fer.

Dans une première phase dite protogéométrique et qui couvre le xe et le ixe siècle, l'extrême pauvreté des motifs choisis par le peintre contribue à donner au vase [...]

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Pierre DEVAMBEZ, Agnès ROUVERET, « GRÈCE ANTIQUE (Civilisation) - Les arts de la Grèce », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/grece-antique-civilisation-les-arts-de-la-grece/