INVASIONS GRANDES

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La première vague (IVe-Ve siècle)

La première vague des invasions fut la plus importante, car presque toute l'Europe en fut affectée. Au début du ive siècle, l'Empire romain avait réussi une consolidation à peu près générale de ses frontières, après les très graves percées du iiie siècle. Sans doute les escarmouches et même les engagements sérieux n'avaient-ils jamais cessé entre l'armée impériale et les Barbares, notamment le long du Rhin, face aux Francs et surtout aux Alamans, mais l'équilibre général n'en avait pas été modifié. Rien n'annonçait en Occident un renforcement imminent du danger germanique.

Grandes Invasions, IVe-Ve siècle

Dessin : Grandes Invasions, IVe-Ve siècle

Aux IVe et Ve siècles, l'Empire romain subit les assauts de nombreux peuples, qui établissent des royaumes sur le territoire de l'Empire. 

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C'est à l'autre bout de l'Europe, dans la steppe pontique, que se déclencha alors le mécanisme qui devait mettre le feu à tout le continent : en 375, les Huns se ruèrent sur le royaume ostrogotique d'Ukraine. Par une suite de ricochets, l'extrême Occident était atteint à peine une trentaine d'années plus tard ; l'Afrique même était ébranlée à la génération suivante. Jamais Rome ne devait se remettre de cette catastrophe.

300 à 400. Christianisme

Vidéo : 300 à 400. Christianisme

Le christianisme. Constantinople. Pression de la steppe. Empire gupta en Inde.Au IVe siècle, les empires occidentaux et orientaux connaissent une période de répit, marquée par un fort développement religieux.L'Empire romain réformé se stabilise.Le christianisme, survivant aux dernières... 

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Les Huns et les Alains

On ne sait rien de sûr au sujet des Huns avant la fin du iie siècle. Ce peuple nomadise alors dans la steppe au nord du Caucase. Il vient probablement de l'Asie centrale, mais les spécialistes actuels hésitent à l'identifier, comme on le fit longtemps, avec des nomades connus par les textes chinois, les Xiongnu. Vraisemblablement de langue turque, les Huns sont en tout cas le type accompli des nomades cavaliers, tirant à l'arc, maniant le fouet et le lasso ; ils sont rasés, déforment les crânes de leurs enfants, tuent leurs vieillards et apparaissent aux Méditerranéens comme l'incarnation même de la barbarie. Peut-être sont-ils cependant porteurs d'un art original, élaboré entre l'Altaï et la forêt sibérienne, l'« art des steppes », qui se diffuse rapidement vers l'ouest après leur passage et qui a profondément influencé la majorité des peuples germaniques.

En 374-375, les Huns se jettent brusquement sur le royaume constitué depuis un siècle par les Gots dans l'Ukraine orientale. Le roi Ermanaric est vaincu et se tue, événement dont l'épopée germanique a gardé durablement le souvenir. En vingt ans, les Huns occupent l'Ukraine entière, puis les plaines roumaines ; enfin, à travers les Carpates, ils abordent vers 396 la plaine hongroise et s'y consolident rapidement. L'Empire romain, satisfait de la ruine de ses vieux ennemis, les Gots, entretient d'abord d'assez bonnes relations avec les nouveaux venus, d'autant que ceux-ci n'ont pas à proprement parler d'intentions conquérantes : le butin seul les intéresse. Mais, vers 408, les Huns commencent à razzier le territoire romain au sud du Danube : l'Empire d'Orient rompt alors avec eux, mais l'Occident nourrit encore assez longtemps l'illusion qu'une entente est possible, embauche des auxiliaires hunniques et apprend à leur école une nouvelle tactique de cavalerie.

Après 425, un empire hunnique commence à prendre consistance sur le Danube moyen. Un embryon d'État, peut-être sur des modèles iraniens, se forme autour de la cour itinérante du roi Mundziuch. Quelques scribes romains passent à son service. De nombreuses peuplades germaniques acceptent son protectorat et font campagne aux côtés de la cavalerie hunnique ; certains, tels les Burgondes, adoptent des coutumes caractéristiques, comme la déformation crânienne. En une génération, le royaume des Huns devient le premier du monde barbare.

C'est surtout l'œuvre d'Attila dont le nom est germanique, et qui règne de 434 à 453. Ce souverain, loin d'être le barbare sans frein que l'on a souvent décrit, exploite avec une remarquable intelligence les dissensions du monde romain, dont il est fort bien informé. Jusqu'en 449, ses raids presque annuels se tournent surtout vers l'Empire d'Orient ; ils ruinent presque toutes les villes de l'intérieur des Balkans et rapportent un immense butin. À partir de 450, Attila se jette, plus brutalement, sur l'Occident abasourdi, où les sollicitations imprudentes d'une sœur de l'empereur lui donnent un prétexte pour intervenir. En 451, il franchit le Rhin aux environs de Mayence, ravage la Gaule de l'Est, pousse jusque devant Orléans, qu'il ne peut enlever ; au retour, il est battu par le « maître de la milice » romain, Aetius, et ses auxiliaires gotiques en Champagne, aux champs Catalauniques (le 20 juin 451). En 452, un second raid se dirige vers l'Italie, la plaine du Pô est dévastée, mais après une entrevue sur le Mincio avec le pape Léon le Grand, Attila fait demi-tour et rentre en Hongrie, peut-être rappelé par les affaires d'Orient. Il meurt peu après.

Son empire, dont l'influence s'était étendue à presque toute l'Europe centrale, ne lui survécut pas. Les satellites germaniques se révoltèrent, les fils d'Attila, Ellac et Ernac, se battirent entre eux et, après 454, les Huns furent réduits à un rôle secondaire. Ils disparurent tout à fait de l'histoire avant la fin du ve siècle, laissant un souvenir fulgurant qui entoura d'un halo de terreur les autres entreprises que les peuples de la steppe dirigèrent vers l'Europe. L'épopée germanique célébra Attila sous le nom d'Atli (en scandinave) ou d'Etzel (en allemand) et l'historiographie chrétienne n'oublia jamais le « fléau de Dieu ».

Dans le sillage des Huns, un second peuple cavalier, les Alains, s'ouvrit la route de l'Ouest. C'étaient des Iraniens qui nomadisaient depuis le iiie siècle au nord du Caucase et qui s'étaient longtemps intéressés à la Perse plus qu'à l'Europe. On les retrouve brusquement en 406 franchissant le Rhin moyen et se ruant sur la Gaule, où leurs bandes se divisent et se regroupent au gré des possibilités de pillage et des offres qui leur sont faites de servir comme auxiliaires de Rome. Aetius les employa contre les Huns et certains furent cantonnés en Armorique. Ils sont peut-être responsables de l'introduction en Occident d'objets d'art nettement orientalisants. Dès 409, la masse du peuple passa en Espagne ; après des heurts avec les Visigots, elle se regroupa avec les Vandales, d'abord en Galice, puis en Andalousie et enfin, après 406, en Afrique. Elle y perdit vite son identité et se fondit avec la classe dirigeante du royaume vandale de Carthage.

Les Gots

Parmi les peuples germaniques impliqués dans la première vague des invasions celui des Gots fut le principal. Au ive siècle, ils avaient déjà derrière eux un long passé de migrations, qui les avaient conduits des côtes méridionales de la Baltique à l'Ukraine, où ils s'étaient [...]

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Royaumes germaniques, seconde moitié du VIe siècle

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Pour citer l’article

Lucien MUSSET, « INVASIONS GRANDES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/grandes-invasions/