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GODARD JEAN-LUC

Jean-Luc Godard est certainement le cinéaste qu'on associe le plus volontiers à l'art contemporain. Son travail avec la vidéo a renforcé cette tendance. À la fin de 1992, le musée d'Art moderne de New York a organisé une exposition sur son œuvre. Ce cinéaste admiré, adulé même, a la réputation d'être obscur et alambiqué. Ses propos paradoxaux, ses interventions à la télévision, souvent provocatrices, ont donné de lui une image qui occulte l'œuvre. Celle-ci, considérable, rassemble des textes nombreux et une centaine de films de nature aussi différente que possible : des longs et des courts-métrages, des « ciné-tracts », des émissions de télévision, des publicités (pour des couturiers suisses, les Girbaud), un clip (pour France Gall), des vidéos, des films de commande (pour France Télécom, Darty...), des essais, un autoportrait, etc. Cette œuvre comporte des moments de grande beauté et des réussites multipliées qui justifient qu'on place Godard au rang des quelques cinéastes de sa génération qui comptent en France – et dans l'histoire de l'art du cinéma.

Jean-Luc Godard

Jean-Luc Godard

Jean-Luc Godard

Jean-Luc Godard

Les génériques élaborés, disloqués, le travail sur les signes de la vie moderne, le discontinu et le fragmentaire, le goût pour les jeux verbaux, les citations et les incrustations de tous ordres sont autant de constantes qui permettent de mettre en avant une identité d'auteur. Mais le discontinu et le fragmentaire, ainsi que les notions fondamentales (rapport, montage, image...) qui gouvernent l'œuvre, changent de sens selon l'époque.

Le feu d'artifice des années 1960

Jean-Luc Godard est né à Paris le 3 décembre 1930 dans une famille de la bourgeoisie protestante, pour moitié suisse. Il reçoit une éducation littéraire et musicale classique, et conduit sa scolarité à Nyon (Suisse), puis au lycée Buffon, à Paris. Après l'adolescence, il rompt avec sa famille et s'installe à Paris. Là, après avoir collaboré à la Gazette du cinéma et à Arts, il prend contact avec Jacques Doniol-Valcroze, l'un des fondateurs de la revue Cahiers du cinéma nouvellement créée. Comme il l'a dit plus tard, écrire pour lui c'était déjà faire des films. Pendant cette période, où il multiplie les articles critiques pour les Cahiers du cinéma, il affûte ses idées au contact de celles des autres et fréquente la Cinémathèque, rue de Messine.

Le premier contact de Godard avec la pratique du cinéma s'effectue via le documentaire. Alors qu'il travaille sur le chantier de construction du barrage de la Grande-Dixence en Suisse, il réalise en 1954 Opération béton en 35 mm. Ce court-métrage sera suivi de quatre autres.

<em>À</em><em> bout de souffle</em>, J.-L. Godard

À bout de souffle, J.-L. Godard

Il présente au producteur Georges de Beauregard un projet intitulé À bout de souffle, d'après une histoire originale de François Truffaut. Le projet est accepté, et le feu d'artifice des années 1960 peut débuter ; il durera jusqu'en 1966. Déjà, une méthode se définit : « Tout pouvait s'intégrer au film », a dit Godard. « On recueille pendant des années des tas de choses, et on les met tout à coup dans ce qu'on fait. » Et encore : « Je me disais : il y a déjà eu Bresson, il vient d'y avoir Hiroshima, un certain cinéma vient de se clore, il est peut-être fini, alors mettons le point final, montrons que tout est permis. »

Cette première période débute et s'achève avec deux œuvres entrecroisées : À bout de souffle (1960) et Le Petit Soldat (ibid.), d'une part, Made in USA (1966) et Deux ou trois choses que je sais d'elle (ibid.), d'autre part. À bout de souffle et Made in USA relèvent de ce que Godard appelle un récit du type « Alice au pays des merveilles » ou « Petit chaperon rouge », qui recourt au film noir et à ses stéréotypes. Dans les deux cas, d'ailleurs, une référence explicite est faite à Humphrey Bogart. Mais le parcours[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Jean-Luc Godard

Jean-Luc Godard

Jean-Luc Godard

Jean-Luc Godard

<em>À</em><em> bout de souffle</em>, J.-L. Godard

À bout de souffle, J.-L. Godard

Autres références

  • HISTOIRE(S) DU CINÉMA (J.-L. Godard)

    • Écrit par Marc CERISUELO
    • 1 186 mots

    Les méchantes langues diront sans doute qu'à presque soixante-dix ans Jean-Luc Godard avait enfin réussi, avec la publication de ses Histoire(s) du cinéma (Gallimard-Gaumont, 1998), à entrer dans la prestigieuse collection « blanche ». Elles n'auront pas tout à fait tort dans la mesure où l'édition...

  • JEAN-LUC GODARD. RÉTROSPECTIVE

    • Écrit par Basile TROUILLET
    • 1 436 mots
    • 1 média

    Projeter une intégrale de Godard reste, en 2020, un geste de programmation exceptionnel, tant par sa rareté que par son ampleur. C’est la tâche à laquelle s’est attelée la Cinémathèque française du 8 janvier au 1er mars 2020. La précédente rétrospective intégrale avait eu lieu en 2006 au...

  • JEAN-LUC GODARD (exposition)

    • Écrit par Raphaël BASSAN
    • 1 396 mots

    L'exposition qui s'est tenue à Paris au Centre Georges-Pompidou, du 11 mai au 14 août 2006, – Voyage (s) en utopie, Jean-Luc Godard, 1946-2006, à la recherche d'un théorème perdu – affiche ses ambitions : mettre en espace, en quelque sorte, les Histoire(s) du cinéma, l'œuvre-somme...

  • LE MÉPRIS, film de Jean-Luc Godard

    • Écrit par Michel MARIE
    • 1 101 mots

    Adapté du roman d'Alberto Moravia (Il Disprezzo, 1954), qui décrit la préparation du tournage de L'Odyssée d'Homère par un producteur italien et un réalisateur autrichien, le sixième long-métrage de Jean-Luc Godard – et son film le plus « classique » – ouvre sur une analyse personnelle...

  • LE MÉPRIS (J.-L. Godard), en bref

    • Écrit par Joël MAGNY
    • 226 mots

    Jean-Luc Godard adapte un roman psychologique d'Alberto Moravia, Le Mépris (1954). La presse s'empare de l'événement. Non pas à cause de Moravia, mais parce que « l'enfant terrible de la Nouvelle Vague » tourne avec Brigitte Bardot, star devenue « mythe », à qui ...

  • NOTRE MUSIQUE (J.-L. Godard)

    • Écrit par Marc CERISUELO
    • 874 mots

    Éloge de l'amour (2001), en dépit de ses grandes beautés, apparut comme une sorte de relâche dans l'inspiration godardienne, les précieuses confessions de l'auteur ne parvenant pas à masquer un désir décroissant de faire encore des films. Après avoir célébré « l'art du ...

  • AVANT-GARDE

    • Écrit par Marie-Laure BERNADAC, Nicole BRENEZ, Antoine GARRIGUES, Jacinto LAGEIRA, Olivier NEVEUX
    • 10 106 mots
    • 11 médias
    ...culturelle, c'est-à-dire l'asservissement du cinéma à des fins idéologiques, avec ce que cela suppose de standardisation stylistique. Comme le résume avec malice Jean-Luc Godard : « Si j'ai une définition à donner du cinéma, c'est celle-là : le cinéma est devenu l'agit-prop du capitalisme » (...
  • BEAUREGARD GEORGES DE (1920-1984)

    • Écrit par Jean-Pierre JEANCOLAS
    • 674 mots

    La révolution technique et esthétique résumée dans l'expression « nouvelle vague », de 1959 à 1963, aurait eu lieu quels qu'en fussent les agents ou les vecteurs. Le producteur Georges de Beauregard lui a cependant imprimé un caractère original, en concentrant les individus et les formules autour...

  • BELMONDO JEAN-PAUL (1933-2021)

    • Écrit par Universalis, Joël MAGNY
    • 1 167 mots
    • 1 média
    ...de souffle. Belmondo interprétait déjà un pique-assiette cynique bousculant les conventions bourgeoises dans À double tour (Claude Chabrol, 1959) ; dans À bout de souffle, Jean-Luc Godard pousse à l'extrême de la provocation, de la désinvolture physique et morale le personnage de Michel Poiccard,...
  • CARAX LEOS (1960- )

    • Écrit par Joël MAGNY
    • 1 477 mots
    • 1 média
    ...Girl (1984), ne cache pas ses sources et ses références : en vrac, Cocteau, le Laughton de La Nuit du chasseur, Keaton, Philippe Garrel, et surtout Godard... Le titre de Boy Meets Girl (« un garçon rencontre une fille... »), qui rend compte de l’unique sujet du film, décliné à travers plusieurs couples,...
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Voir aussi