BONAVIRI GIUSEPPE (1924-2009)

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Mineo, petite ville de la province de Catane, à l'est de la Sicile, est l'hypocentre de l'univers de Giuseppe Bonaviri, le lieu sans cesse observé en même temps que l'observatoire de l'histoire des hommes, des forces chtoniennes et de l'infinité stellaire. L'écrivain y est né en 1924. Son père était tailleur et poète. De sa mère qui lui narra tant de contes et de légendes, il s'est plu à dire qu'elle était un « Décaméron vivant ». Après ses premières années de scolarité à Mineo, il étudia la médecine et la chirurgie à Catane et se spécialisa en cardiologie. Si l'immersion de Giuseppe Bonaviri dans le paysage de la Sicile nourrit le panthéisme de son œuvre, si le petit monde familial de son enfance y est maintes fois mis en scène et transposé avec une délicate et chatoyante fantaisie, l'écho de son expérience professionnelle s'avère tout aussi déterminant.

Dans sa double vocation, narrative et poétique, l'œuvre de Giuseppe Bonaviri se distingue par l'éclatante originalité de son inspiration. Le Tailleur de la grand-rue (1954), publié dans la collection I Gettoni dirigée par Elio Vittorini, Le Fleuve de pierre (1964), La Divine Forêt (1969), Des nuits sur les hauteurs (1971), L'Île amoureuse (1973), Martedina (1976), Le Poids du temps (1976), Dolcissimo (1978), Le Dire céleste (1979), Nouvelles sarrasines (1980), Ô corps qui soupire (1982), Le Commencement (1983), La Dormeveille (1988) sont les principaux massifs d'un jardin enchanté qui se dessine au premier plan de la littérature italienne du xxe siècle. L'univers de Bonaviri conjugue les éléments les plus variés : le réel et le merveilleux, la terre et le cosmos, l'histoire et les mythes, la famille et le monde, l'Antiquité et la technologie moderne, l'enfance et la mort, la culture scientifique et les sources alchimiques. On y assiste à une érotisation absolue de la nature, à un cycle incessant de destructions et de renaissances, où deviennent sensibles les correspondances entre temps terrestre et temps astral, macrocosme et microcosme. L'homme s'y inscrit dans une réalité qui lui donne sa plus large respiration.

Les personnages de Bonaviri sont à la fois des êtres de chair et des figures semblables à celles qui peuplent les contes et la tradition épique. Parfois, à l'instar des enfants du Fleuve de pierre, roman situé dans le contexte du débarquement allié en Sicile, ils évoquent les elfes du Songe d'une nuit d'été. Dans La Divine Forêt, le protagoniste principal du roman n'est pas un homme mais une particule de matière au sein du chaos primordial, qui se métamorphose en un végétal puis en vautour. Martedina opère un parcours inverse en narrant le naufrage d'un vaisseau spatial dont les habitants redeviennent pure matière englobée dans l'infini. Les romans de cet écrivain s'avèrent ainsi être de singuliers voyages initiatiques, et peut-être est-ce la quête en eux de l'essence même du temps qui constitue leur cohérence fondamentale. C'est ainsi que chez Bonaviri le récit s'articule rarement selon une progression logique des faits, mais en suites d'épiphanies liées par une nécessité tout intérieure.

L'écriture frappe par son extrême sensualité et son sens aigu de la choralité. Elle est nourrie par des inventions langagières qui lui donnent son incomparable richesse chromatique. Le vaste éventail du lexique, les contaminations dialectales, les archaïsmes, les néologismes, les implants de termes étrangers à l'italien sont autant de moyens mis en œuvre pour atteindre à une langue que l'on peut dire atemporelle, dès lors qu'« elle puise sa sève en tous points du monde visible » et convoque simultanément les âges et les strates du temps dans une présence fluide. Cet « art magique » trouve une manière de sommet dans La Ruelle bleue (2003). L'évocation du lieu-ombilic par excellence, Mineo, à travers un récit malmené par le temps incertain de la mémoire, est souvent imprégnée d'un ton lyrique proche du récitatif ou de la poésie. Avec L'Histoire incroyable d'un crâne (2006), enfin, Bonaviri renoue avec le goût pour le conte scientifique travaillé par le mythe qui caractérise son œuvre.

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Jean-Baptiste PARA, « BONAVIRI GIUSEPPE - (1924-2009) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giuseppe-bonaviri/