STREHLER GIORGIO (1921-1997)

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Sous le signe de Brecht

Au milieu des années 1950, le travail de Strehler prend un tournant décisif. Avec la trilogie de La Villégiature de Goldoni (1954), La Cerisaie de Tchekhov (1955), El nost Milan de Bertolazzi (1955) et L'Opéra de quat' sous de Brecht (1956), qui ont valeur de manifeste, il entend promouvoir un théâtre réaliste et épique. « Ce que Brecht m'a enseigné, dira-t-il, c'est un théâtre humain riche, entièrement théâtre, mais qui n'est pas une fin en soi, qui n'est pas seulement théâtre. Non pas un théâtre hors de l'histoire, hors du temps, non pas le théâtre éternel de toujours, non pas l'histoire contre le théâtre mais histoire et théâtre, monde et vie en même temps, en un rapport continu, difficile, parfois douloureux mais toujours actif, toujours attentif au devenir général. » C'est dans les années 1960 que son écriture scénique, forgée en aiguisant sa pratique au contact de la pensée de Brecht, trouve son accomplissement dans des travaux longuement médités comme La Vie de Galilée de Brecht (1963) Barouf à Chioggia de Goldoni (1964) et dans une relecture des Géants de la montagne de Pirandello (1966) dont il avait signé une première version en 1947. Dans la deuxième version des Géants, Strehler propose une nouvelle interrogation sur le destin de la théâtralité et sur ce que le théâtre doit représenter dans la société (questionnement toujours renouvelé dans son travail depuis plus de cinquante ans de pratique), et conclut que la volonté utopique de diffuser la poésie ne suffit plus à conquérir le monde. Il écrira à ce propos : « Au moment des Géants de la montagne, le cycle était clos. Ce spectacle marque la fin de la coïncidence entre mon histoire et celle du Piccolo Teatro d'alors. Le rideau de fer qui broyait la charrette des comédiens n'était pas la fin de la théâtralité, mais c'était la mort d'un rêve poursuivi et défendu pendant vingt ans, presque contre tous ou chaque jour davantage contre tous. Il fallait recommencer à zéro. »

En 1968, sous la pression de la contestation, Strehler abandonne le Piccolo Teatro, dont Paolo Grassi demeure le se [...]


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Écrit par :

  • : maître de conférences à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Myriam TANANT, « STREHLER GIORGIO - (1921-1997) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/giorgio-strehler/