RICHTER GERHARD (1932- )

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Une peinture sans affect ?

De nombreux commentateurs ont voulu voir dans Ema – son sous-titre est Nu descendant un escalier – un clin d'œil à Marcel Duchamp, Richter rebroussant d'une certaine manière le chemin accompli par le Français. À l'acte iconoclaste de Duchamp, Richter répond par une affirmation du médium pictural, démontrant que la peinture est loin d'avoir épuisé son potentiel et que de surcroît sa déclinaison figurative peut alimenter une rhétorique autoréflexive. Non seulement l'œuvre de Richter marque en effet un prétendu retour à une peinture « réaliste », dont elle épuise tous les genres traditionnels (portrait, nu, paysage, nature morte, etc.), mais elle assume pleinement, et en tire profit, le fait d'être contemporaine d'un art conceptuel avec lequel elle ne manque pas de correspondre.

À la suite de la réalisation d'Ema et conscient de la dimension intimiste qu'il n'a pas su réfréner, Richter accomplit l'un de ces tournants stylistiques qui jalonnent toute sa carrière. L'artiste conçoit en effet en 1966 sa première Farbtafel qui n'est autre qu'un nuancier agrandi. Décomposés en de nombreuses parcelles chromatiques égales, les Farbtafeln constituent pour ainsi dire le pendant abstrait de ses travaux figuratifs. Répondant à une froideur de la conception et à une dimension conceptuelle identiques à celles prévalant dans les tableaux photographiques, ces œuvres reflètent le même idéal d'une peinture neutre, dépouillée de tout affect ou signification. Elles condensent en outre au singulier l'exigence « démocratique », où chaque partie serait égale à l'autre, transparaissant au pluriel dans son corpus figuratif. L'absence de composition, le respect d'un programme systématique et la mise en avant d'une essence picturale sont les credo auxquels les Farbtafeln se plient scrupuleusement.

C'est à partir de la série des Farbtafeln que l'œuvre de Richter va prendre son véritable envol, l'artiste s'attachant dorénavant à appliquer aussi bien des recettes abstraites que figuratives à ses problématiques picturales. Richter va en effet renouer avec des pratiques figuratives sans pour autant abandonner ses propres abstractions qu'il va diversifier parallèlement. Tout au long de sa carrière, le peintre, qui est aussi sculpteur occasionnel, concepteur de vitraux pour la cathédrale de Cologne (2007) et créateur d'installations, notamment à partir de miroirs teintés (par exemple Acht Grau, 2002, Deutsche Guggenheim, Berlin), a expérimenté inlassablement une multiplicité d'approches et de variations, de genres et de méthodes, de factures et de matières qui témoignent d'une panoplie stylistique et thématique inégalée au xxe siècle.

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Écrit par :

  • : maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'université de Valenciennes, critique d'art, commissaire d'expositions

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Pour citer l’article

Erik VERHAGEN, « RICHTER GERHARD (1932- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gerhard-richter/