GASSIOT-TALABOT GÉRALD (1929-2002)

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Gérald Gassiot-Talabot, né à Alger le 13 novembre 1929, est mort à Paris le 13 juin 2002 ayant accompli une double et brillante carrière. Éditeur imaginatif (il fut notamment l'inventeur du Guide du Routard lorsqu'il dirigeait les Guides bleus chez Hachette) et critique d'art capable d'imprimer sa marque à l'histoire (il fut le concepteur de la Figuration narrative), Gérald Gassiot-Talabot fut aussi co-fondateur de la revue OPUS International en 1967 pour continuer le combat qu'il menait sur la scène artistique depuis le début des années 1960. Il s'agissait prioritairement pour lui de la défense de l'artiste engagé, qui devait préserver « le droit privilégié de regarder sans complaisance ce qui se fait sous ses yeux » (OPUS, no 3, octobre 1967). C'était écrit à propos du fameux Mural de La Havane, après un voyage à Cuba, au moment où culminait le prestige de Fidel Castro parmi toutes les intelligentsia du monde. Mais Gassiot-Talabot discernait bien, déjà, les dangers de l'adhésion aveugle des artistes à tout mouvement politique, fût-il révolutionnaire : la fonction critique de l'art ne saurait, selon lui, rien épargner.

C'est ce qui explique que la Figuration narrative, née en 1965 avec l'exposition organisée par lui, galerie Creuze à Paris, sous le titre La Figuration narrative dans l'art contemporain, n'ait jamais pris la forme d'un groupe d'artistes adhérant à une théorie, ni même l'apparence d'une tendance plastique. « La Figuration narrative n'est pas une tendance plastique, déclara Gérald Gassiot-Talabot en 1967, elle ne se caractérise pas non plus par une philosophie commune, par une attitude semblable en face du monde. »

Les peintres qui se reconnaissaient dans son combat, ceux qu'il invitait aux expositions qu'il organisait et à propos de qui il écrivait volontiers, étaient tous des individualistes, des artistes critiques qui effectivement « n'épargnaient rien », au moins jusqu'à la fin des années 1970. Parmi les plus proches de Gassiot-Talabot, il faut citer au premier rang Bernard Rancillac et Hervé Télémaque, ceux-là mêmes qui, jeunes peintres anticonformistes en 1964, étaient venus le chercher pour organiser avec eux la mémorable exposition des Mythologies quotidiennes au musée d'Art moderne de la Ville de Paris. Ils inaugurèrent alors une complicité qui ne se démentit jamais malgré quelques orages, et qui contribua grandement à la vitalité de l'art en France. Gassiot-Talabot ne leur en voulut pas de devenir progressivement moins franchement critiques : il avait par exemple placé devant sa table de travail un grand collage de 1981 de Télémaque sur le thème des « Tentes et voiles » dont il appréciait l'hermétisme ironique.

D'autres complices avaient réussi, grâce à lui, des actes fondateurs qui laissèrent des traces durables : ce fut le cas d'Aillaud, Arroyo et Recalcati qui profitèrent de l'exposition de la galerie Creuze pour accrocher une série de tableaux narratifs les représentant dans les différentes phases d'un passage à tabac de Marcel Duchamp. Duchamp, toujours vivant, était alors l'idole des avant-gardes et le geste du trio fut considéré comme sacrilège. Mais Gassiot-Talabot assumait l'initiative de ses amis, et laissait dire par Arroyo que Duchamp représentait « le laxisme, la facilité, les choix approximatifs... »

Un peu plus tard, membre du groupe de Gassiot-Talabot à la Biennale de Paris 1967, Arroyo récidivait en s'attaquant avec la même verve iconoclaste à Miró à travers un des tableaux du maître catalan considéré comme « engagé », La Ferme. Mais Gassiot-Talabot et Arroyo le jugeaient comme « une œuvre de l'artiste type, donc inacceptable. »

Puis le temps passa et les artistes de la Figuration narrative, qui avaient pris une part active aux événements de 1968 (Rancillac fut l'auteur d'une des affiches les plus célèbres de « l'atelier populaire » de l'École des beaux-arts), connurent les désillusions de ce que Gérald Gassiot-Talabot appela « les années grises ». L'action collective était terminée, et chacun retourna dans son atelier. Quant au critique, il quittait, en 1982, le groupe Hachette (il y était alors en charge des éditions du Chêne) et devenait inspecteur général de la création artistique au ministère de la Culture et délégué-adjoint aux Arts plastiques jusqu'en 1987. Il demeurait cependant fidèle aux réunions de rédaction d'OPUS puis, à partir de 1996, à celles de la revue VERSO Arts et Lettres. Il y avait créé une chronique qu'il avait intitulée « Odeur du temps », dans laquelle il commentait l'actualité des arts plastiques, n'hésitant pas à polémiquer avec les institutions qu'il soupçonnait toujours de vouloir occulter les artistes qui lui étaient chers : Erró, Jacques Monory, Peter Klasen, Vladimir Velickovic, Cueco, Valerio Adami, Gérard Fromanger, et tant d'autres qui n'appartenaient pas forcément à l'histoire de la Figuration narrative, comme Constantin Byzantios.

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FIGURATION NARRATIVE, Paris 1960-1972 (exposition)

  • Écrit par 
  • Anne TRONCHE
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Depuis l'exposition de 1965 présentée à la galerie Creuze, à Paris, qui accompagna la naissance de la figuration narrative, aucune rétrospective au niveau national n'avait permis de prendre la mesure de ce courant qui, en affirmant une nouvelle « imagerie », inventa un langage pictural. Longtemps considérée comme une réponse française au formalisme du pop art, la figuration narrative souffrit qu […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean-Luc CHALUMEAU, « GASSIOT-TALABOT GÉRALD - (1929-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gerald-gassiot-talabot/