PEREC GEORGES (1936-1982)

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Une littérature-monde

Les deux grands succès de Perec, Les Choses et La Vie mode d'emploi, lui ont valu la réputation de « peintre de la société actuelle », alors que son œuvre est finalement d'une intimité extraordinaire. À la suite de La Disparition et d'autres textes issus de son appartenance à l'Oulipo, on a surtout vu en lui le jongleur, le virtuose, image démentie par l'intensité et la candeur rares qui émanent de tous ses écrits, même les plus formellement complexes. Ces anomalies de lecture sont peut-être les conséquences inévitables de la singularité que Perec manifesta dans sa façon d'aborder l'écriture, attitude qu'on peut justement décrire comme non seulement originale, mais originelle : d'un bout à l'autre de sa carrière, plutôt que de faire siennes des traditions ou des formes disponibles, Perec a repensé et réinventé l'acte d'écrire lui-même. On peut voir à quel point son approche était radicale à travers le rôle fondamental joué (dans La Disparition, mais aussi dans des livres tels que W et La Vie mode d'emploi) par l'élément de base du langage, la lettre, qui devient pour Perec, par son maniement exceptionnel, le moyen d'exprimer (outil formel plus que symbole) le vide, l'absence, la mort qui sont au centre de son entreprise littéraire.

Georges Perec

Photographie : Georges Perec

« Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose... » De La Disparition à La Vie mode d'emploi, l'œuvre de Georges Perec multiplie les tentatives pour redonner sens à une réalité qui se dérobe. 

Crédits : Louis Monier/ Gamma-Rapho/ Getty Images

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Perec était l'enfant d'un des grands déchirements de notre histoire (« L'Histoire avec sa grande hache »), la tentative de génocide et de terreur qui aboutit aux camps de concentration des années 1940. Ce déchirement eut pour lui des conséquences intimes, blessures dont Perec tira son originalité : sans famille, sans collectivité où s'insérer, il a fait de la littérature le monde où il allait trouver, où il allait recréer, un foyer et même un pays. D'un livre lu et relu pendant son adolescence, il écrit : « Il m'a presque servi d'histoire, source d'une mémoire inépuisable, d'un ressassement, d'une certitude. » Et il dira, en parlant de ses parents : « ... j'écris parce qu'ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l'écriture ; l'écriture est le souvenir [...]

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Écrit par :

  • : visiting lecturer, Columbia University, New York, membre de l'Ouvroir de littérature potentielle

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Pour citer l’article

Harry MATHEWS, « PEREC GEORGES - (1936-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 octobre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/georges-perec/