LANTÉRI-LAURA GEORGES (1930-2004)

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Psychiatre et historien de la psychiatrie, Georges Lantéri-Laura est né à Nice dans une famille originaire de Tende (Alpes-Maritimes). Toute sa carrière est marquée par le souci de ne jamais dissocier l'expérience du praticien et la réflexion théorique. Il achève à Paris, par un double doctorat, ses études de médecine et de philosophie entreprises en Provence. Sa formation psychiatrique s'effectue de 1955 à 1960, au cours d'un internat dans les hôpitaux de la région parisienne, notamment dans le service de Georges Daumezon à Sainte-Anne. Nommé en 1960 médecin des hôpitaux psychiatriques, il sera assistant dans ce même hôpital pendant trois ans. Il présente cette année-là un rapport au VIe colloque de Bonneval sur « L'Inconscient et la pensée phénoménologique » suivi de la publication de La Psychiatrie phénoménologique, puis de la Phénoménologie de la subjectivité, textes qui situent sa réflexion sur les sciences de l'esprit dans le courant phénoménologique.

Nommé en 1966 médecin-chef de service à l'hôpital psychiatrique de Stephansfeld près de Strasbourg, il enseigne parallèlement la psychologie à la faculté de lettres de cette ville. Revenu en 1969 comme médecin-chef à l'hôpital Esquirol (Charenton) où il animera jusqu'à sa retraite en 1998 un séminaire clinique, il poursuit son enseignement théorique en tant que directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales où il dirige de nombreuses thèses de médecine, de psychologie, d'histoire des sciences. Sa propre thèse de lettres sur l'histoire de la phrénologie, sujet choisi sur le conseil de Georges Canguilhem, constitue le premier volume d'une série de quatre livres dont les deuxième et troisième furent écrits avec le neurologue Henri Hécaen sur les fonctions cérébrales. Il abordera à nouveau ce problème médico-philosophique dans le chapitre intitulé « Le Psychisme et le cerveau » du monumental ouvrage collectif, achevé en 1999 sous la direction de Mirko Grmek, Histoire de la pensée médicale en Occident.

Après avoir proposé une histoire de l'appropriation médicale des perversions, Lantéri-Laura rassemble de nombreux textes courts, publiés pour la majorité dans L'Évolution psychiatrique, revue de la société qu'il a présidée, en un recueil de trois volumes : sur le langage, sur les délires, sur la sémiologie. Au cours de la dernière décennie du xxe siècle, il consacre plusieurs ouvrages à l'abord épistémologique de questions que se pose la psychiatrie contemporaine : les hallucinations, la chronicité en pathologie mentale ou la sémiologie de la discordance. Il conclut cette réflexion par un essai sur les paradigmes de la psychiatrie moderne où il avance la thèse selon laquelle les révolutions scientifiques n'entraînent pas, dans cette discipline, la disparition complète du paradigme précédent, comme le soutenait Thomas Kuhn dans son modèle épistémologique. Les trois paradigmes identifiés par Lantéri-Laura en psychiatrie, celui de l'aliénation, celui de la maladie mentale et celui de la psychopathologie se sont en quelque sorte superposés, au lieu de se succéder.

Georges Lantéri-Laura a écrit de nombreuses mises à jour périodiques pour le Traité de psychiatrie de L'Encyclopédie médico-chirurgicale ; dans celle qui est parue peu avant sa mort, il développait l'idée d'une fin des théories générales dans la psychiatrie contemporaine, qui serait caractérisée par une multiplicité de théories ne portant plus que sur des domaines limités de la pathologie mentale et laissant entre elles des blancs.

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Écrit par :

  • : psychiatre honoraire des hôpitaux, membre honoraire de l'Association mondiale de psychiatrie

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Pour citer l’article

Jean GARRABÉ, « LANTÉRI-LAURA GEORGES - (1930-2004) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/georges-lanteri-laura/