BERNANOS GEORGES (1888-1948)

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L'expérience de l'enfance

Georges Bernanos naît à Paris, le 20 février 1888, au cœur de la « République opportuniste » (1879-1899), qui avait progressivement établi un régime républicain et promulgué une législation anticléricale opposée aux valeurs de l'Ancien régime, monarchiste et catholique, auxquelles adhéraient ses parents. Son ascendance – espagnole et lorraine par son père (tapissier-décorateur à Paris), berrichonne par sa mère (paysanne) – devait exercer sur lui une profonde influence.

Qui veut découvrir le secret de sa vocation d‘écrivain doit se pencher sur son enfance, où prennent naissance les sources d'une création littéraire, qui s'est accomplie sur une période relativement brève (1926-1948) : « J'ignore pour qui j'écris, mais je sais pourquoi j'écris. J'écris pour me justifier. – Aux yeux de qui ? – Je vous l'ai déjà dit, je brave le ridicule de vous le redire. Aux yeux de l'enfant que je fus. » (Les Enfants humiliés). L'enfance de Bernanos est, en effet, le temps et le lieu d'une expérience privilégiée : la prise de conscience de la nécessité de vivre une foi chrétienne authentique. Dispensée par ses parents, puis dans des établissements religieux – à Paris et en province – au cours de ses études secondaires, l'éducation catholique transmet à Bernanos une foi qui ne se réduit en aucune manière au respect traditionnel d'un code moral imposé, mais se révèle, au contraire, être l'adhésion de l'être entier à une personne : au Dieu « sensible au cœur » de Pascal.

Toute sa vie, dans ses romans (inspirés par Balzac, découvert et lu avec passion à l'âge de treize ans) comme dans ses essais politiques – où il veut porter témoignage par fidélité à Drumont, dont son père était un fervent lecteur –, Bernanos cherchera à transmettre, par le langage, une expérience de foi.

Catholique et monarchiste par tradition familiale, il n'est pas homme à séparer la pensée de l'action. Menant de front, à Paris, licence en droit et licence ès lettres, entre 1906 et 1913, il milite activement dans les rangs des camelots du roi de l'Action française, au point d'être arrêté par la police au cours d'une manifestation, et condamné à cinq jours de prison à la Santé, en mars 1909. Réformé pour raison de santé en 1911, il parvient, en août 1914, à se faire admettre au sein du 6e régiment de Dragons, engagé au front. Il est blessé en 1918 et reçoit la Croix de guerre.

Né de la Grande Guerre et des souffrances assumées dans les tranchées, Sous le soleil de Satan répond à une volonté de rendre au langage – dénaturé par de multiples formes de mensonges au cours des années de guerre et d'après-guerre – sa vérité, en lui donnant mission d'évoquer la réalité la plus haute et la plus pure à laquelle puisse accéder l'homme : la sainteté. Le succès inattendu de ce premier roman, publié en mars 1926, incite Bernanos à abandonner sa profession d'inspecteur d'assurances pour se consacrer à la création littéraire.

Jusqu'à sa mort, il lui faudra assurer l'existence de sa femme (rencontrée à Rouen, alors qu'il dirigeait, en 1913-1914, un petit hebdomadaire monarchiste, L'Avant-Garde de Normandie) et de ses six enfants. Ses soucis d'argent seront permanents. Si l'écriture est, pour lui, exigence de salut, elle est aussi nécessité de vie. C'est ce qui explique une vie itinérante, répondant au souci de rechercher les conditions économiques d'existence les moins onéreuses. Une vie qui conduit successivement Bernanos de Clermont-de-l'Oise à la Côte d'Azur (1930-1934), puis aux Baléares (1934-1937), où il observe les excès de la « croisade » franquiste. Rentré en France en mars 1937, il embarque à destination de l'Amérique du Sud, en juillet 1938, deux mois avant les accords de Munich. Il séjourne presque sept ans au Brésil (septembre 1938-juillet 1945), où il défend l'esprit de la Résistance par ses articles, ses conférences et ses messages radiophoniques. La dernière période de sa vie est marquée par une intense activité journalistique et un séjour en Tunisie, au cours duquel il compose les Dialogues des carmélites, avant de revenir à Paris, où il meurt le 5 juillet 1948.

Deux registres d'inspiration scindent son œuvre : les romans et les « essais et écrits de combat ». Ils sont réunis par un dénominateur commun : une fidélité à l'Évangile et au Christ qui garantit la dignité de l'homme.

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  • : docteur ès lettres, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, critique de cinéma

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Pour citer l’article

Michel ESTÈVE, « BERNANOS GEORGES - (1888-1948) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/georges-bernanos/