GENS DE PÉKIN, Lao SheFiche de lecture

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Une galerie de portraits

La galerie des personnages choisis est représentative de la société de Pékin au moment ou celle-ci bascule de l'Empire dans la République. Pour les habitants mandchous de la vieille capitale, le changement est considérable et particulièrement difficile à accepter. Privés de leur solde et de leur allocation en grains, la plupart sont obligés de vendre leurs maisons ou leurs biens pour pouvoir vivre. Les deux premiers textes de l'ensemble sont ainsi marqués par un profond pessimisme. Pour le maître d'arts martiaux de « La Lance de mort » comme pour l'honnête commerçant d'« Une vieille maison », jamais plus les choses ne seront comme avant. Les vieux principes qui fondaient l'existence humaine sont désormais bafoués, et plus personne ne songe à les transmettre.

Le long récit qui fait suite est écrit à la première personne. Cette « Histoire de ma vie » retrace l'inéluctable chute d'un artisan. Fier de son métier de colleur de papier (c'est lui qui confectionne les nombreuses effigies funéraires pour les enterrements), le malheureux découvre un jour que sa jeune femme le trompe avec un de ses compagnons. Il décide alors d'abandonner une profession qui ne rapporte plus autant que dans le passé et devient un simple agent de police, confronté à la lâcheté et à la bêtise de ses supérieurs.

Les autres nouvelles qui complètent le recueil sont autant de portraits. « Les voisins » mettent en scène deux familles que tout oppose, notamment leur différence d'éducation. « Dans la cour de la famille » décrit la promiscuité d'une maison sur cour, où une petite bru est martyrisée par sa belle-famille. « Un ami d'enfance » retrace le chemin d'un jeune homme que la vie a rendu misanthrope. « Un amateur d'opéra » est l'histoire d'un homosexuel, prêt à tout pour assouvir sa passion de la scène.

Le récit sur lequel s'achève le volume, « Le Croissant de lune », est un des textes les plus connus de Lao She. Comme « Histoire de ma vie », il est écrit à la première personne. Ici, c'est une jeune fille qui parle et qui raconte comment, à la suite de sa mère, elle a été amenée à se prostituer pour vivre. À intervalles réguliers, la pureté du croissant de lune vient rappeler à la malheureuse l'injustice de son destin : « Le croissant de lune qui brillait pour la mort de Papa, celui qui éclairait le palanquin de Maman, jamais je ne les oublierai. Cette faible lumière glaciale restera toujours dans mon cœur, plus pure et fraîche que tout, comme un morceau de jade, que je croirais pouvoir effleurer de la main. »

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Écrit par :

  • : professeur de littérature chinoise à l'université de Paris-VII

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Pour citer l’article

Paul BADY, « GENS DE PÉKIN, Lao She - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gens-de-pekin/