GENRES LITTÉRAIRES, notion d'

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La classification des genres

Tout commence avec Platon, qui, dans La République (385-370 av. J.-C.) distingue trois genres en fonction de leur mode d'énonciation : narratif pur (le dithyrambe), mimétique pur (la tragédie et la comédie) et mixte (l'épopée, homérique par exemple, qui fait alterner récit et dialogues). Mais c'est à Aristote que nous devons, avec La Poétique (env. 340 av. J.-C.), la première véritable classification des genres, qui servira de référence au long des siècles suivants, et dont nous restons largement tributaires. Aristote reprend de Platon le critère de la situation d'énonciation, qu'il double d'un critère à la fois social et moral. D'où les quatre fameuses catégories : imitation (ou représentation, selon la traduction du mot mimèsis) d'actions de personnages supérieurs en mode dramatique (la tragédie), imitation d'actions de personnages supérieurs en mode narratif (l'épopée), imitation d'actions de personnages inférieurs en mode dramatique (la comédie), imitation d'actions de personnages inférieurs en mode narratif (la parodie). Aristote se démarque de Platon par la suppression du narratif pur (le narratif étant chez lui assimilé au régime mixte de l'épopée), et, comme on le sait, par sa réhabilitation de l'imitation. Il revient, au xxe siècle, à Gérard Genette d'avoir mis en évidence le silence d'Aristote – comme de Platon d'ailleurs – sur la poésie lyrique, qui s'explique par le fait que tous deux assimilent la littérature à la représentation d'actions, à la relation d'événements, excluant ainsi les genres non représentatifs.

Pour l'essentiel, ce silence se poursuit jusqu'au xviiie siècle. Les théoriciens de l'âge classique n'ignorent évidemment pas l'existence de la poésie lyrique, comme l'atteste, parmi d'autres, l'Art poétique (1674) de Nicolas Boileau. Mais, en partie parce qu'ils s'intéressent surtout aux genres « supérieurs » (tragédie, épopée), en partie parce que, héritiers d'Aristote (qu'ils connaissent surtout par l'intermédiaire d'Horace), ils ne savent que faire des formes non imitatives, ils se contentent, la plupart du temps, de les mentionner en les énumérant (ode, sonnet, élégie, satire, etc.), sans leur accorder une véritable place dans le système général. À la fin du xviiie siècle, Charles Batteux s'efforcera d'intégrer les genres lyriques en démontrant qu'ils ressortissent, eux aussi, à l'imitation – en l'occurrence de sentiments. Assez peu convaincante, cette théorie n'en contribue pas moins à officialiser la fameuse triade lyrique-épique-dramatique (attribuée donc souvent à tort à Aristote), qui servira par la suite, et jusqu'à aujourd'hui, tantôt de référence, tantôt de repoussoir, et souvent des deux à la fois.

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Guy BELZANE, « GENRES LITTÉRAIRES, notion d' », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/genres-litteraires-notion-d/