ARMÉNIENS GÉNOCIDE DES

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Le processus de radicalisation du parti-État jeune-turc

Sous le long règne du sultan Abdülhamid (1876-1909), tôt marqué par le traité de Berlin (1878) qui privait l'empire ottoman d'une partie de ses possessions européennes, les massacres en masse d'Arméniens perpétrés entre 1894 et 1896 ont longtemps laissé supposer qu'il y avait une continuité entre la politique anti-arménienne de l'ancien régime hamidien et celle des Jeunes-Turcs (au pouvoir de 1908 à 1918). La thèse de la destruction programmée de la population arménienne entamée sous Abdülhamid et parachevée par les Jeunes-Turcs a été écartée lorsque les historiens ont pu mettre en évidence leurs ressorts idéologiques respectifs. On ne peut en effet comparer les pratiques hamidiennes de répression par la terreur de révoltes déclenchées par les indépendantistes arméniens – qui visait principalement les hommes en âge de porter les armes, pour en quelque sorte décapiter le mouvement nationaliste arménien –, et la politique d'homogénéisation ethnique de l'Asie Mineure conçue et exécutée par le C.U.P. près de vingt ans plus tard. On cerne à présent un peu mieux le processus aboutissant à l'élimination de la population arménienne, balisé par des décisions successives qui marquent la radicalisation du parti-État jeune-turc. Il faut d'abord souligner que le projet de turquisation de l'espace anatolien caressé par les chefs du C.U.P. avant même leur accession au pouvoir, en juillet 1908, ne semble pas avoir été conçu, à l'origine, comme une entreprise d'extermination systématique. Le plan de déportation des Grecs des rives de la mer Egée et des Arméniens des provinces orientales élaboré par le Comité central jeune-turc, en février 1914, répondait à sa volonté de transformer la composition démographique de l'Asie Mineure, d'en faire un espace « turquisé », mais pas nécessairement d'en exterminer ses éléments non-turcs. D'abord placés au second rang des priorités du parti, derrière les Grecs, les Arméniens étaient alors destinés à aller peupler les déserts de Syrie et de Mésopotamie, [...]

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Écrit par :

  • : docteur et HPR en histoire, directeur de la bibliothèque Nubar, professeur associé à l'institut français de géopolitique de l'université Paris VIII

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Pour citer l’article

Raymond KÉVORKIAN, « ARMÉNIENS GÉNOCIDE DES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 octobre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/genocide-des-armeniens/