GÉNIE MILITAIRE

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Histoire du génie militaire

Arme de l'aménagement du terrain, spécialiste de la conception et de la réalisation des infrastructures des armées, le génie militaire vient tout droit de la première urgence qui s'est imposée pour la survie de l'homme : aménager le site, construire pour s'abriter, se protéger ou attaquer. L'abri, la motte, le donjon de pierre, le château fort précéderont les enceintes des villes, puis le bastion qui transformera pour des siècles le visage des fortifications.

Il est difficile de dater précisément l'origine du génie militaire. Les Britanniques considèrent que le fondateur du génie de leur pays est l'évêque Gundolf, chef des ingénieurs de Guillaume le Conquérant (roi d'Angleterre de 1066 à 1087) qui construisit la tour Blanche de la Tour de Londres, le château de Rochester (Kent) et agrandit la cathédrale de cette ville. Cependant, le corps royal du génie britannique ne sera créé officiellement qu'en 1716 par George Ier.

En Allemagne, la première unité du génie apparaît en 1642 en Prusse, sous le règne de Frédéric II.

En France, certains historiens se réfèrent au règne de Charles VII et à l'esquisse en 1445 d'une organisation relative à l'inspection des fortifications. D'autres situent les origines du génie un peu plus tard, à l'époque de Henri IV, lorsque Sully, déjà surintendant des Finances, prend en 1606 le titre de surintendant des Fortifications. Mais ce n'est qu'en 1690 que le marquis de Vauban crée le corps royal des ingénieurs militaires. Cette date fixe l'origine de l'arme du génie militaire français. À la fois ingénieur, stratège et réformateur, Vauban personnifie la polyvalence et la modernité de l'arme. Les ingénieurs militaires payeront un lourd tribut au combat. Vauban imposera à ces martyrs de l'infanterie la lourde cuirasse et le pot-en-tête qui sont encore aujourd'hui les signes distinctifs de tous les sapeurs. Il instaure une nouvelle méthode de fortification : le front bastionné, selon le principe des « trois systèmes ». Pour défendre la place en profondeur, il détache au-devant des courtines, des demi-lunes (ouvrage fortifié en forme de demi-lune) et des tenailles (premier système). Ce principe de fortification est amélioré par un bastion détaché en avant de la fortification (deuxième système). Le troisième système, quant à lui, se caractérise par une demi-lune renforcée par un réduit (petit ouvrage fortifié à l'intérieur d'un autre). Pour défendre les côtes, Vauban implante, en avant des lieux à défendre, de petits forts semi-circulaires adaptés au tir rasant sur l'eau.

Les batailles de la guerre de la Succession d’Autriche (1740-1748) démontrent la nécessité de former les ingénieurs militaires. En 1748, le comte d’Argenson (Marc Pierre de Voyer de Paulmy d’Argenson), secrétaire d’État à la Guerre de Louis XV, écrit aux directeurs des fortifications afin que chacun d’entre eux organise la formation de ses ingénieurs. Plusieurs projets voient le jour. Celui de Nicolas de Chastillon, alors gouverneur des places de la Meuse et ingénieur en chef de la ville de Mézières, apparaît comme étant le meilleur. Le roi décide donc de créer à Mézières une école unique qui formera la totalité des futurs officiers et ingénieurs du génie. Fondée en 1748, cette école accueille ses premiers élèves (entre dix et quinze par an) dès le début de l’année 1749.

La durée de formation des ingénieurs militaires est de six ans : deux ans de formation académique ; deux années en compagnie de sapeurs et mineurs, en tant qu’aspirant puis sous-lieutenant ; enfin deux dernières années en tant que lieutenant au sein d’une brigade.

L’École du génie de Mézières, devenue École royale du génie de Mézières en 1777, formera de nombreux élèves dont certains marqueront l’histoire, tels Jean-Baptiste Marie Charles Meusnier de la Place, Claude Rouget de Lisle et Lazare Carnot. Transférée à Metz en 1793, elle prend le nom d’École d’application de l’artillerie et du génie puis sera dissoute l’année suivante.

Anciens de l’École du génie de Mézières, Gaspard Monge et Lazare Carnot se voient alors confier la mission d’organiser une nouvelle école. Ainsi naît en 1794 l’École centrale des travaux publics qui prendra le nom, un an plus tard, d’École polytechnique.

En Espagne, le génie est créé par décret royal en 1711 sous le règne de Philippe V. Il est essentiellement constitué d'ouvriers civils et de personnels issus de l'artillerie. Ce n'est toutefois que le 15 mars 1802 seulement, à Aranjuez, que la constitution du corps royal du génie d’Espagne et des Indes est approuvée et le 14 mars 1803 que le premier régiment royal de sapeurs-mineurs est créé.

Le génie joue un rôle capital pendant la guerre d'indépendance américaine. Un sapeur français, le général Du Portail (Louis Antoine Jean Le Bègue de Presle Du Portail), issu de l'École du génie de Mézières, est chargé par le général Washington de l'organisation du génie américain. Le 11 mars 1779, le Congrès américain crée le corps du génie avec le général Du Portail comme premier commandant. L'actuel insigne du génie américain comporte toujours la devise des ingénieurs français « Essayons ». De nombreux ingénieurs français contribuent ensuite à l'organisation de l'infrastructure des États-Unis. Par exemple, Pierre Charles L'Enfant (nommé au grade de commandant du génie américain) réalise les plans de la ville de Washington et Louis-Alexandre Berthier établit de nombreuses cartes topographiques de Newport à Yorktown. Ces documents sont toujours consultables aux archives de l’université de Princeton. À l’issue de la guerre de 1812 contre les Britanniques, le président James Madison nomme l’ingénieur militaire français Simon Bernard responsable de la construction du système de défenses côtières s’étendant du Maine à la Louisiane. Dans ce cadre, il édifie le fort Monroe, destiné à protéger la baie de Chesapeake (Virginie) de toute attaque navale. Il est alors surnommé le « Vauban du Nouveau Monde ».

Pendant le premier Empire, les sapeurs français écrivent leurs pages de gloire au siège de Dantzig (1807), au passage de la Vistule (1807) puis de la Berezina (1812), aux côtés des pontonniers du général Eblé. Après l'Empire apparaissent les premiers régiments du génie. En Belgique, les premiers bataillons de sapeurs-mineurs se forment au lendemain de l'indépendance et, dès 1868, des compagnies spécialisées regroupent diverses activités : pontonniers, télégraphistes, artificiers, aérostiers.

Héritier du corps des savants et ingénieurs qui ont valu au génie militaire l'appellation d'« arme savante », les sapeurs ont conduit les premières applications des techniques nouvelles.

Ainsi le génie crée l'aérostation militaire qui donnera naissance à l'ar [...]

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  • : lieutenant-colonel, spécialiste en communication et relations publiques

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Pour citer l’article

Patrice VENTURA, « GÉNIE MILITAIRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/genie-militaire/