GAMME

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La gamme et les modes

Il est vraisemblable que les premières suites de hauteurs de sons (nommées actuellement fréquences) qui ont été employées par les hommes pour faire de la musique furent suggérées par les harmoniques « naturels ». Ces sons harmoniques peuvent être obtenus soit à partir de la vibration en un ou plusieurs fuseaux d'une corde unique, soit à partir de la vibration de l'air dans un tuyau non percé de trous. Les instruments les plus primitifs seraient donc un arc utilisé comme instrument à corde et une flûte formée d'un simple tube. De tels instruments existent encore dans certaines régions d'Afrique, d'Australie ou d'Amérique. Avec eux, les harmoniques naturels sont effectivement privilégiés. Mais on trouve aussi des instruments à sons fixes comme les balafons (xylophones) et même les lithophones. Les enregistrements recueillis permettent d'imaginer une musique qui serait celle des premiers âges de l'humanité. Les gammes qu'on y remarque semblent être le résultat de coutumes autant que de contingences physiques.

Il est toujours vraisemblable (mais seulement vraisemblable) que, à partir de ces données purement physiques, une première divergence se soit produite dans l'évolution. Ou bien on aurait admis la diversité des intervalles résultant des harmoniques naturels, quitte à les expliquer et à les codifier par des méthodes diverses, qui n'excluaient pas le symbolisme et les mythes religieux ou politiques ; ou bien, on aurait tenté un effort de rationalisation, au terme duquel on espérait découvrir une génération des intervalles les plus complexes par une combinaison des plus simples. De la première tendance seraient issus les innombrables modes mélodiques (parfois liés à des successions de durées, ou « modes rythmiques ») des musiques archaïques ou non européennes. De la seconde on aurait vu naître le « diatonique vulgaire » des Grecs, consolidé par les théories de Pythagore ou d'Aristoxène de Tarente. Mais, comme il est normal, à ce diatonique vulgaire, formé d'une suite de ce que l'on appelle aujourd'hui des tons et des demi-tons, serait venue s'ajouter une multitude de raffinements obtenus par des déplacements subtils (de l'ordre du quart de ton) des différents degrés de ces gammes. Maurice Emmanuel, dans ses ouvrages sur la musique grecque, oppose ainsi une technique qui aurait été celle des philosophes et du peuple à une technique des « professionnels » de la musique. Platon manifeste, d'ailleurs, son mépris pour les subtilités exagérées de ces derniers en les appelant, dans La République, des « tirailleurs de cordes ».

À considérer l'ensemble des gammes utilisées, on remarque la présence de deux caractères communs à toutes : un intervalle de base est choisi, qui est l'octave, c'est-à-dire le rapport le plus simple des longueurs de tuyaux ou de cordes vibrantes (1 à 2), et cette octave est divisée en intervalles plus petits d'inégale grandeur. En allant du plus simple au plus compliqué, on trouve donc un très grand nombre de divisions de l'octave, dont la plus élémentaire est formée de deux quartes et d'une seconde majeure (ut-fa-sol-ut) et dont les plus complexes sont des suites de tons, de demi-tons et de tierces mineures (ou secondes augmentées). La gamme pentatonique, par exemple, que l'imagerie musicale donne comme étant représentative de la musique chinoise, contient des tons et des tierces mineures (ut, , mi, sol, la, ut), et on peut découvrir de multiples modes orientaux possédant les trois intervalles cités plus haut, comme ce mode indien qui, traduit dans notre notation, donnerait approximativement : ut, bémol, mi, fa, sol, la bémol, si, ut. Enfin, la plus usuelle des gammes de la musique européenne occidentale à l'époque classique (environ du xviie à la fin du xixe siècle) est une suite de tons et de demi-tons (ut, , mi, fa, sol, la, si, ut).

Cette description des gammes est extrêmement rudimentaire, car on est obligé de se servir d'une notation fondée sur la division de l'octave en douze parties (douze demi-tons), alors que les intervalles constitutifs de l'ensemble des gammes sont infiniment variables et ne peuvent être véritablement représentés qu'à l'aide d'une division de l'échelle sonore en écarts plus petits que le demi-ton. Le choix de cet intervalle, qui serait le plus grand commun diviseur de tous ceux qui ont été utilisés, a donné lieu à des études et à des querelles multiples. Fort heureusemen [...]

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Écrit par :

  • : professeur de composition au Conservatoire national supérieur de musique de Paris

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Pour citer l’article

Michel PHILIPPOT, « GAMME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gamme/