FUTURISME

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L'épopée futuriste

La préhistoire du mouvement débute à Rome en 1901 ; Umberto Boccioni et Gino Severini deviennent les élèves du peintre Giacomo Balla, qui les initie au divisionnisme. En 1906, tandis que Severini s'installe à Paris, Boccioni entame un large périple européen qui s'achève l'année suivante à Milan. Là se noueront bientôt d'autres amitiés picturales : avec Carlo Carrà, puis Luigi Russolo, Romolo Romani et Aroldo Bonzagni. Cette même année 1909 se produit encore la rencontre décisive avec Marinetti, le remuant directeur de Poesia, dont Le Figaro a publié le 20 février précédent le manifeste fondateur.

Les fondateurs du futurisme

Photographie : Les fondateurs du futurisme

Les fondateurs du futurisme en 1912. De gauche à droite, Luigi Russolo, Carlo Carrà, Filippo Tommaso Marinetti, Umberto Boccioni, Gino Severini. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Le futurisme

Photographie : Le futurisme

Un exemplaire de Poesia, la revue internationale lancée en 1905 par le poète symboliste italien Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), fondateur du futurisme. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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La communication

Le 11 février 1910 paraît sous forme de tract publié par Poesia la proclamation : Agli artisti giovani d'Italia (connu comme Manifeste des peintres futuristes). Marinettien dans sa forme agressive, le texte est cosigné par les « Milanais » Boccioni, Carrà, Russulo et s'adjoint les noms de Severini puis de Balla. Suit, le 11 avril, La Peinture futuriste (dit Manifeste technique) qui précise les options thématiques et esthétiques du groupe. Plusieurs dizaines de manifestes artistiques se succéderont jusqu'à la fin de la guerre : sur la sculpture (Boccioni, 1912 et 1913), l'architecture (Sant'Elia, 1914), la photographie (Bragaglia, 1911), le cinéma (Balla, Corra, Chiti, Ginna, Marinetti, Settimelli, 1912), la musique (Pratella, 1911) et le bruitisme (Russolo, 1913), la danse (V. de Saint-Point, 1914)... Il n'y a guère de thèmes de la vie sociale, politique et morale, littéraire, artistique ou scientifique qui ne soient abordés dans la perspective futuriste.

Les futuristes ne manquent aucune occasion de s'exprimer au cours de soirées organisées dans les capitales italiennes. Ils lisent textes et manifestes, se délectent de « la volupté d'être sifflés » et y échangent « presque autant de coups de poing que d'idées » (celui de Boccioni, qui « fait merveille », se verra célébré dans une sculpture de Balla). Ils possèdent néanmoins l'art de communiquer et, se servant abondamment de la presse qui ne saurait les ignorer, se répandent dans toute l'Europe en interviews, déclarations et conférences. Si Poesia, devenu en 1909 « organe du futurisme », disparaît dès la fin de l'année, les éditions qui lui survivent diffusent largement tracts et brochures. Un peu plus tard, Lacerba – fondé à Florence en 1913 par Giovanni Papini et le peintre écrivain Ardengo Soffici – deviendra rapidement un lieu d'expression et de polémique pour le mouvement, mais également le support d'expériences graphiques telles les parolibere (« mots en liberté »).

Les expositions

Les expositions du groupe répondent à sa volonté de communication publicitaire et tapageuse. Si en 1911 à Milan on lacère La Risata de Boccioni, l'accueil du milieu international semble plus favorable. Partant en 1912 de la galerie parisienne Bernheim-Jeune, la première grande exposition futuriste va sillonner l'Europe et traversera même l'Atlantique pour être présentée à Chicago. La Préface au catalogue, Les Exposants au public, répand et développe la théorie futuriste dont elle marque nettement la spécificité, notamment à l'égard du cubisme. En 1913, le groupe participe encore à l'exposition des avant-gardes qu'organise Der Sturm à Berlin.

La guerre et la fin d'une aventure

L'hétérogénéité du mouvement et son élargissement à de nouvelles personnalités (les peintres Enrico Prampolini, Fortunato Depero, Ottone Rosai et le photographe Anton Giulio Bragaglia) exacerbent les tensions. Tantôt la capacité manœuvrière de Marinetti, tantôt son autoritarisme réussissent à réduire les conflits. Mais finalement des sécessions interviennent : dès 1914, celle du poète Aldo Palazzeschi ; puis, l'année suivante, le texte Futurisme et marinettisme marque celle des Florentins de Lacerba et prive le reste du mouvement de sa tribune.

Marinetti

Photographie : Marinetti

L'Italien Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), poète symboliste puis fondateur du futurisme, mouvement prônant la recherche de la modernité dans tous les domaines. Marinetti alla jusqu'à la glorification de la guerre et se rapprocha du fascisme. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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À ce moment crucial, les futuristes se livrent à la propagande belliciste et interventionniste. « La guerre, seule hygiène du monde », qu'ils avaient réclamée à cor et à cri, fournit à présent la thématique récurrente. L'engagement idéologique ne suffit pas. Boccioni, Sant'Elia, Marinetti et Russolo, entre autres, s'enrôlent : les deux premiers sont tués dès 1916.

Avec la guerre, une page est définitivement tournée : Carrà se consacre à la « peinture métaphysique », Russolo aux recherches musicales, tandis que Severini évolue vers le classicisme. Seul parmi les fondateurs, Balla s'attache à développer (avec son disciple Depero) les principes du mouvement dans une voie personnelle non figurative. Avec les animateurs que sont Gerardo Dottori, Fillia et Prampolini se profile, dans les années 1920, l'image d'un « second futurisme », postdadaïste. Une fois encore, en 1929, Marinetti rassemblera ces énergies pour un nouveau manifeste, L'Aéropeinture futuriste. Mais l'élan révolutionnaire du mouvement initial apparaît désormais brisé et son inlassable animateur largement engagé dans la compromission fasciste.

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Escrimeur, É.-J. Marey

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  • : réalisateur et critique de cinéma
  • : professeur émérite des Universités, président du centre de recherche Pierre-Francastel
  • : agrégé de l'Université, maître assistant à l'université de Grenoble

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Pour citer l’article

Jean-Louis COMOLLI, Claude FRONTISI, Claude KASTLER, « FUTURISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/futurisme/