FRUSTRATION RELATIVE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un schéma d’explication longtemps dominant

La sociologie s’est longtemps appuyée sur une idée simple : le changement social, surtout lorsqu’il est rapide et violent, produirait des effets désorganisateurs sur la société, auxquels l’action collective constituerait une réponse, parmi bien d’autres possibles. William Kornhauser (The Politics of Mass Society, 1959) soutient par exemple que l’urbanisation, l’industrialisation, la dépression économique ou la guerre, en désagrégeant le tissu social, auraient pour effet d’affaiblir les structures intermédiaires, religieuses, sociales ou politiques, au point que les individus seraient abandonnés à eux-mêmes, perdraient tout sens d’appartenance communautaire et deviendraient des proies faciles pour les groupes extrémistes qui voudraient les manipuler. Les mouvements sociaux fonctionnent dans ce modèle comme « communautés de substitution » pour des populations marginalisées et désorientées.

Dans Theory of Collective Behavior (1962), Neil Smelser est l’un des premiers à avoir tenté de penser les déterminants structurels de l’action collective en montrant que celle-ci dépend à la fois de la « conductibilité structurelle », c’est-à-dire des types de comportements possibles dans une configuration sociale donnée, et de l’apparition d’une « tension structurelle » au sein de cette configuration. Mais cette tension, si elle constitue un facteur nécessaire, n’est pas un facteur suffisant à la naissance d’une mobilisation. Il faut encore que se développe et se diffuse une « croyance généralisée » qui, en même temps qu’elle désigne des responsables imaginaires ou réels de la tension subie, met en avant des solutions radicales perçues comme seules possibles et efficaces. Au fond, les mouvements sociaux sont censés remplir une fonction psychologique de réassurance et de réduction des tensions provoquées par la désorganis [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages




Écrit par :

  • : professeur de sociologie politique au Centre de recherche sur l'action politique de l'université de Lausanne (Suisse), directeur de recherche au CNRS

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Olivier FILLIEULE, « FRUSTRATION RELATIVE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/frustration-relative/