HÖLDERLIN FRIEDRICH (1770-1843)

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Nürtingen

Hölderlin est souabe. On imagine mal ce que cette désignation recouvre de préjugés pour une oreille allemande : l'idée d'une langue lourde, d'une mentalité introvertie. C'est sans doute cette référence régionale qui lui valut de ne pas même être pris en considération par Heinrich Heine, observateur curieux et cultivé, s'il en fut, de la littérature allemande de ce temps. L'enfant de Nürtingen emploie jusqu'à sa mort des expressions et des tournures propres au “parler natal” de ce Sud-Ouest allemand, qui ne font qu'un avec la langue de l'enfance. La nature – Suavis Suevia – est mère : accueillant pays de vallées riantes, de collines douces, ouvragé par les eaux, l'humide, arqué sur quelques fleuves encore à l'état de rivières. Même ceux-ci, Danube, Neckar, y sont adolescents, ondoyants et timides : compagnons de jeu. Les villes sont de grands villages familiers soudés par des coutumes réfléchies, où les parois blanchies des églises renvoient comme un écho ondulant du paysage extérieur le prêche sonore des pasteurs. Un pays, une parole, une nature, où il serait si bon d'habiter toujours que l'arrachement du passage à l'âge mûr et à la distance intellectuelle a quelque chose d'irrémédiablement tragique et indispensable : on pourrait y devenir bête à force d'y être bien, crever de sa Gemütlichkeit. Les grands Souabes s'en sont évadés, ils ont franchi l'horizon des collines.

C'est à Lauffen am Neckar que naît Hölderlin le 20 mars 1770, enfant de l'équinoxe, baptisé par le printemps (Frühling) d'une manière de rime fatale : longtemps il convoquera de lui-même le Jüngling, mixte d'adolescent et de jeune homme, que ses camarades d'école appellent “Hölder”, inscrivant dans leur parler sa parenté avec l'arbre tutélaire d'antique sacralité (le sureau se dit Holunder, il en figure un sur les “armes” de la maison “Hölderlin”) et la noblesse de son apparence et de son esprit : hold est un adjectif rémanent dans son œuvre, qu'il applique aux humains et à la nature, en particulier aux rives [...]


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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé d'allemand, docteur, maître de conférences à l'École normale supérieure

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Pour citer l’article

Jean-Pierre LEFEBVRE, « HÖLDERLIN FRIEDRICH - (1770-1843) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/friedrich-holderlin/